XIV INTRODUCTION
ont modifié le régime de nos examens) provoquent des réflexions sérieuses. Aussi ai-je plusieurs fois regardé comme un devoir de faire ici devant vous une sorte d'examen de conscience (1) ; et aujourd'hui en particulier, c'est à quoi je vous convie, avant de m'engager dans l'étude du sujet que mon programme vous annonce pour les leçons du lundi.
Veuillez, messieurs, remonter par le souvenir à ce qu'était l'éducation de la jeunesse chez les anciens. Le jeune Hellène n'allait chercher dans les écoles et il n'y recevait qu'une éducation purement hellénique. Hésiode et Homère lui apprenaient sa religion en même temps que l'histoire primitive de sa race, qu'il tenait pour autochthone et douée tout exprès par les dieux pour le culte de la poésie, de l'éloquence et des arts. Autour du domaine de l'Hellénisme, on connaissait bien quelques nations ennemies ou rivales, mais que le nom de barbares signalait au dédain sinon à la haine de l'Hellade civilisée. Très simple était donc alors le rôle des instituteurs de la jeunesse.
Dans l'Italie romaine, dès le temps des guerres puniques, qui est celui même où l'on peut dire que commence chez les Romains un régime national et tant soit peu savant d'éducation, ce régime ne comprend encore que deux langues et deux littératures. La langue latine n'existe guère que dans la pratique journalière du peuple; elle n'a que peu d'oeuvres littéraires qui puissent servir à l'instruction de la jeunesse studieuse; le temps approche seulement où les modèles vont paraître et se multiplier, et cela sous l'influence des Grecs, grammairiens, poètes, orateurs, dont le talent ou le génie s'impose à la jeunesse romaine et va désormais se partager avec les lettres latines l'attention et les loisirs du peuple-roi. En dehors de ces deux traditions, toute notion des langues et des civilisations étrangères tient fort peu de place dans l'éducation d'un Romain. L'Étrurie à peine y compte pour quelque enseignement religieux ou plutôt liturgique; avec le reste des peuples, on communique tout au plus par interprètes pour les néces-
(1) Voir, dans ce volume, le n« XX, p. 262.