NÉBALEMENT TBÉS-DIFFICILE, ET QU'IL LUI EST .MORALEMENT
IMPOSSIBLE d'arriveh par elle seule a un résultat satisfaisant ; et enfin que, si même un esprit solide ne peut se passer d'un viailre qui l'enseigne pour faire des progrès dans la science mathématique, à plus forte raison l'universalité des hommes ne peut-elle se passer d'un mailre qui l'enseigne lorsqu'il s'agit d'une science morale. Mais, mon Dieu ! nous ne disons pas autre chose! Seulement, en disant que l'homme f/o(ï nécessairement pouvoir arriver au vrai par lui seul, notre auteur établit comme certain ce qui est en ques-
tion. Seulement, avec la pétulance d'un enfant, il ose affirmer qiie la méthode traditionnelle, qui, d'après l'avertissement de l'Évangile, juge de la nature de Varbre par ses fruits, de la puissance de la raison par les faits ordinaires et universels de la raison, est un excès aussi condamnable que le rationalisme^ la grande hérésie du monde, ce rationalisme qui, &d^n?i tenir aucim compte de l'expérience des siècles et de sa propre expérience, prononce que la raison se suffit à elle-même. Seulement, de la même plume avec laquelle il a tracé l'affreux tableau des mécomptes et des forfaits de la raison voulant marcher seule et n'ayant enfanté que des erreurs et des vices, il ose encore accuser les traditionalistes comme s'ils étaient des insensés , parce qu'en consultant — la réalité, malgré la théorie et l'histoire, malgré la logique que lui-même a consultée, — ils disent que la raison voulant marcher seule n^est propre à enfanter que des erreurs et des inces. Seulement il nous parle de ce que peuvent des esprits solides dans des cas extraordinaires, tandis qu^a question est de savoir ce que peuvent^ pour Vordinaii'e, tous les esprits, même les plus ordinaires. Car il s'agit de ce que peut l'homme, et non de ce que peut le philosophe, comme lui , par exemple. A part ces petites absurdités que cette remarque renferme, c'est un nouvel aveu, c'est un aveu complet, éclatant, par lequel le semi-rationalisme proclame l'impuissance de la raison seule à découvrir même quelques vérités : impuissance que Yhistoire de la philosophie ancienne et moderne ne prouve que trop.
L'illustre auteur qui s'est récemment posé en champion du semirationalisme et en adversaire décidé du traditionalisme a fait la même distinction. Mais, possédant plus de science et de sens droit, il en a fait l'application avec plus de franchise et de vérité. Il s'est surtout bien gardé de placer sur la même ligne de réprobation le traditionalisme et le rationalisme. « C'est la puissance logique de la raison, « a-t-il dit, que nous voulons établir, et non son développement his- « torique. Nous voudrions savoir ce que la raison peut ABSOLU- « MIîNT, si on n'envisage que la nature de l'esprit humain et les « principes; et ce (\\x't[\e.\)%\xl relativement lorsque les circonstances « sont favorables. La question de savoir si la raison a besoin d'un se- « cours étranger et divin, etc., se trouve réservée. Nous arriverons « aujourd'hui à un résultat plutôt abstrait que réel, plutôt logique « qM' historique , et cependant très-important pour nous former une « idée juste de la puissance de la raison (i). » C'est nous dire
(1) Plus loin il a dit encore ceci : « 11 y a nn autre écueil que nous évite- « rons; ce sera de transformer en loi de V esprit humain, en nécessités