ESPÈCE DE PKEUVES QUI, DANS TOCTB SORTE DE CONTESTATIONS
« EST ORDINAIREMENT d'un GRAND POIDS. Je VOUS citerai d'abord « I'antiquité; plus elle touchait de près l'origine des choses et la « race divine, mieux elle connaissait la vérité des choses [Çuaest. Tuscid, lib. I, cap. 12). »
Enfin, le père d'Horace disait à son fils étourdi, qui n'en profila
(I) «video SAPlE^TtssIU0R1JM FciESE SENTENTiAM Icgem NEQUE HOMINUM « INGICNIIS EXCOGITATAM , nec scitnm aliquod esse popr.Iorum , sed a'teru num quiddam qiiod iiniversum miuidiini régit , iinpemndi proliibeiidiqiie " sapientia. lia principem li'gcm iliam et iiltimani nionteni esse dicebant omn nia ratione cogentis aut vefantis Dei, ex qua illa lex qiiam dii hiimauo genci i « dedere (De Legib., lib. n, c. iv). »
19i LES SEMI-TPÉLAGÎENS DE LA PHILOSOPHIE.
guère : « Mon fils, c'est au philosophe à vous expliquer le pourquoi « des choses : pourquoi il faut faire le bien et éviter le mal. Pour « moi , je serai content si je puis vous apprendre à observer les « mœurs et la conduite que nous ont fi'ansinises nos ancêtres, et pré- « server votre honneur tant que vous serez sous ma direction (Hobat., « Satyrar. lib. I , Satyr. iv). »
Que dites-vous donc, messieurs les semi-rationnlistes, de ces déclarations, de ces aveux des anciens philosophes? Pouvaient-ils s'expliquer en termes plus formels, plus clairs, plus énergiques pour apprendre à leurs admirateurs aveugles que le moyen commun, la règle générale de l'humanité, —dont on ne peut s'écarter sans tomber dans l'erreur, — c'est que la connaissance des premières vérités de l'ordre moral et religieux ne s'obtient point par le raisonnement, mais qu'elle s'obtient par la parole des ancêtres, transmise aux hommes par l'enseignement domestique et social? Pouvaient-ils, avec plus d'abnégation, s'effacer eux-mêmes devant l'autorité et la sagesse de l'enseignement traditionnel, pour laisser croire que, dans l'affaire de leurs connaissances des premières et plus importantes vérités sur la religion et les devoirs, leurs recherches, leurs efforts, leurs raisonnements, la considération du spectacle de la nature n'ont été pour rien; qu'ils n'ont pas demandé à leur parole intérieure, à leur âme, mais qu'ils ont reçu de la parole extérieure, de la société la connaissance de Dieu, de ses lois, de l'origine et de la destinée de l'homme pendant la vie et après la mort; enfin qu'ils ont appris tout cela par la croyance aux traditions? Pouvaient-ils plus nettement distinguer l'ordre de la foi et l'ordre de la conception? Pouvaient-ils être plus explicites à affirmer que le rôle de la philosophie n'est pas d'atteindre le quoi^ mais le pourquoi des choses; qu'il n'est pas de trouver les plus importantes vérités, mais de s'en rendre compte et de les développer? Pouvaient-ils refuser, avec plus de solennité, au nom de leur raison, comme ne leur étant point due, la gloire que vous leur décernez d'avoir, eux, retrouvé, inventé la vérité par leur raison? Pouvaient-ils vous donner d'avance un démenti plus éclatant au sujet de vos affirmations sur l'origine de leurs connaissances religieuses et morales? ]\'tst-il donc pas évident qu'en faisant honneur à la raison des philosophes d'avoir trouvé, par elle seule, tout ce qu'elle a connu de vérités les phis essentielles vous donnez à voir que vous n'avez pas compris ces mêmes philosophes que vous nous opposez; que vous êtes en contradiction flagrante avec leurs déclarations et leurs aveux, et qu'à cet endroit votre système est historiquement faux ?
tlN<^>LltMt CHAniRE. lOo
§ 31. Digression sur un curieux reproche que le semi-ralionalisine /ail au traditionalisme or. ne tas ad;jiiiek les i Bitcsopries païens. Les traditionalistes sont dignes d'excuse de ne pas ximin^a des hommes qui, d'après saint Paul, les saints Pères, les interprètes et un docteur setni-ralionaliste lui même, étaient des monstres d'impudicité et d'orgueil, n'ayant fait que du mal à la religion et aux peuples. Le même docteur est digne de partager, lui aussi , les ciiaInes et la huson dont il veut gratiner les tradUionalistes.
Avant de quitter les anciens philosophes, nous avons à régler uo petit compte avec le semi-ratioualisme, touchant une singulière querelle qu'il nous cherclie à leur sujet. Il ne pardonne pas à la Tradition , comme il appelle notre système, de ne poiat partager sou engoueuieut païen pour ces philosophes. Au aièuie endroit où, comme on vient de l'entendre, il a réduit à des proportions si îuinimes la vérité qui se trouve dans leurs livres, l'auteur de la f aleur, etc., les recommande à notre admiration, comme ayant eniin connu Dieu, sa toute- puissance, sa providence et sa justice, s'e.\erçaut sur l'homme par les remords de la conscience et par les peines et les récompenses de l'autre vie. Il nous les vaute, comme ayant saisi et ciistigné la loi naturelle et ses obligations, ainsi que bon nombre d'autres vérités morales et religieuses, « quoique, ajoute-t-il, elles soient déparées, dans leurs écrits, par n mille erreurs et mille absurdités. » Il réclame noire enthousiasme au nom des anciens Pères de l'Église et de saint Augustin en particulier, qu'il nous cite comme ayant professé dans sa jeunesse un ruthousiasme absolu pour Platon et sou école et comme ayant eu toute sa vie une grande estime, une sincère et légitime admiration pour ce philosophe. Enfln,du haut.du piédestal qu'il s'est élevé à lui-même, il lance contre contre nous un anathème philosophique en règle, dans ces termes : o Assuréu)ent , nous serions fort embarrassé pour dresser le tableau « des vér tés que les philosophes o)U découvertes (il a prouvé que les « philosophes n'en oal découvert aucune) et pour relever tout ce qu'ils « ont dit de vrai, de beau et quelquefois d'admirable. Mais nous pou- * vous afflrmer ceci sans crainte d être démenti par toute ta Tradi- « tion : Celui qui n'a pas admiré souvent les philosophes grecs et ro- « mains, celui-là n'est pas digne de parler de philosophie (pag. 3âGj. » Et plus loin , s' associant à un théologien connu par ses sympathies pour les auteurs païens, il pousse son rôle de vengeur de la gloire des philosophes grecs et romains jusqu'à nous décréter les chaînes et la prison (sic) (pag. 360) !
Heureux saint Paul de ne pas se trouver encore sur celte terre! De par le semi-rationalisme, il lui eût été interdit de parler phi-
losophie, et il n'aurait pas échappé, lui non plus, aux chaînes et à la prison dont nous sommes menacés!
Car cet imprudent apôtre non-seulement a eu le malheur de ne pas admirer les philosophes ,grecs et romains, mais il s'est oublié au point d'en faire l'horrible portrait que voici, dont nous avons plus haut (page 148) indiqué seulement quelques traits : « Ayant connu « Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, ou ne lui ont point « rendu grâces; mais ils se sont évanouis dans leurs pensées, et leur « cœur égaré s'est obscurci. Se disant sages, ils sont devenus fous. Ils ont « changé la gloire du Dieu incorruptible à la ressemblance de l'image « de l'homme corruptible, et des oiseaux, et des quadrupèdes, et des tt reptiles. C'est pourquoi Dieu les a livrés aux désirs impurs de leur « cœur, s'outrageant eux-mêmes dans leur corps, eux qui ont trans- « formé la vérité de Dieu en mensonge, et adoré et servi la créature « au lieu du créateur. Fœminse eorum immiitaverunt naUiralem « usxim in eum usum qui est contra naturam. Similiter autem mas' « culi,reUcto naturali vsu fœtJiinae, exarserunt in desideriis suis in « invicem, mascidi in mascidos lurpitudiyiem opérantes. C'étaient des « hommes remplis de toute iniquité, de malice, de fornication, d'ava- « rice, de méchanceté, pleins d'envie, de meurtre, de contention, de «fraude, de malignité; susurraleurs, détracteurs, haïs deDieu,vio- « lents, superbes, arrogants, inventeurs de toute sorte de mal (voilà « de vraies découvertes de leur part), désobéissants à leurs parents, « mse/ise.s-, dissolus, sans affection, sanslien, sans iniséricorde, etc.» Ailleurs saint Paul, revenant à ces mêmes philosophes, a dit : « Prenez garde que quelqu'un ne vous abuse par le moyen de la phi- « losophie et par de vaines déceptions, qui sont selon la tradition des « hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ.» Or, apparemment, celui qui s'exprimait d'une manière si violente contre les philosophes ne les admirait pas. Mérite-t-elle donc la tradition chrétienne les chaînes et la prison si, au sujet de ces mêmes hommes, elle ne fait que partager les sentiments de saint Paul.!*
A ces témoignages accablants de la part du plus grand des apôtres contre la philosophie ancienne in globo et contre les philosophes grecs et romains en particulier notre auteur oppose l'autorité de Thomassin afiirmant» que, dans ces endroits, saintPaul n'a pas condamné la bonne, « mais la mauvaise philosophie; qu'il pa/'fl?^ excepter le platonisme et « ne sévir que contre le stoïcisme connue autorisant l'idoliitrie, et con- « tre l'épicuréisme comme décernant des honneurs divins à la volupté. » Mais cette opinion de Thomassin n'a aucune valeur en présence de l'autorité des interprètes de s.iint Paul , disant le contraire, et de Cornélius à Lapide tout spécialement. Cet interprète — dont notre auteur
CINQIIÊUB CHAPITRE. 107
aurait dil préférer, ce semble, l'opinion à celle deTlioniassin, et parce qu'il est l'une des plus grandes et légitimes j^loiresdesa corporation et parce que c'est le plus grand des commentateurs modernes des Livres saints, — cet interprète alïirme positivement et prouve queSocrate,qui sacriliait aux dieux, et en particulier à Esculape, que Platon, qui a fait profession de rendre un culte aux cieux, aux astres et aux démons, et queCicéron, qui prêchait la vénération des divinités de Rome, étant de vrais idolâtres, ont été à juste ^i/rg compris, eux aussi, dans l'anatlième par lequel saint Paul a tonné si fort contre les philosophes (1).
D'ailleurs, et d'après le même interprète, appuyé sur des témoignages nombreux et irrécusables, les mœurs de Socrate, de Platon et de SCS disciples étaiei.t aussi abominables que leurs doctrines étaient erronées. Bien plus, cette école prétendue spiritualiste était particulièrement atteinte de la maladie de la superbe. Ces philosophes, pendant que l'école d'Epicure se livrait à la volupté, qui est l'orgueil des sens, s'abandonnaient à l'orgueil, qui est la volupté de l'esprit; ils s'évanouissaient dans leurs pensées, et tenaient à passer pour les plus sages des hommes. Et c'est pour les punir de leur orgueil que Dieu les livra à tous les désordres des sens.
« Alcibiade, dit ce grave auteur, était, d'après Laërce, les délices de Socrate. Selon Aristippe, Platon lui-même s'était épris de Dion et de l'astrologue nommé « Étoile. » Aristote lit de honteux sacriûces à Nermie. Saint Chrysostome nflirme que ces philosophes (ainsi que Cicéron et Plutarque le donnent à entendre) prêchaient le crime infâme autant par leurs préceptes que par leurs exemples, et qu'ils en avaient fait un noble amusement, interdit aux esclaves et propre seulement aux gens libres et à l'aristocratie de la naissance et du savoir. »
Pour les saints Pères, l'auteur de la Faleur lui-même a dit : « ÎVous « savons avec quelle force, avec quelle insistance les Pères et les Doc- « teurs de l'Église ont condamné la philosophie païenne tl avec quel « soin ils se sont appliqués à prémunir les fldèles contre les dangers « de cette philosophie (page 350). >> Quant à Platon en particulier, les Pères non-seulement ne l'ont pas plus épargné que saint Paul, mais ils l'ont flétri nominativement. Tertullien l'a appelé lb pa- TRiABCHB DE TOUS LES HÉBÉTiQUES, Patriarchani omnium haereticorum {contra Hermog., 1). L'ancien apôtre des Gaules, saint Irénée, l'a dit l'assaisonnement de toutes les hébésies, Condimenta-
(1) « Socrates diis genliuiu sacrilicavlt, et iuter aliagallum Esculapio. Plato, ' in Epinomide, tliviniim cullnm triltiiit cœlis, astris et dœmonibus. Cicero simu- « lacra colendadocuit. lia ut lueriloi.N Eos liicita detonet ai)ostolus. « (A Lapide, « incap. I,Y. 23, ad Roman.)
7Hum omnium hsereseon {de liœresib.). Nous entendrons plus loin saint Augustin regretter amèrement, dans sa vieillesse, les louanges que, dans sa jeunesse, il avait données à Platon, à son école et aux académiciens, et appelant tout cela, en masse, des hommes impies dont les doctrines sont les plus opposées aux dogmes chrétiens (I).
Rien n'est donc moins fondé et plus gratuit que l'opinion semirationaliste « que , dans sa terrible accusation contre les philosophes païens, saint Paul ait voulu épargner le platonisme. «C'est triste à voir nos adversaires se trompant grossièrement toutes les fois qu'ils cherchent à exploiter en faveur de leur système et à tourner contre nous l'histoire delà philosophie. Mais c'est la juste punition de leur injustice à l'égard de la Tradition!
Après avoir stigmatisé Socrate, Platon et Aristote au sujet du dévergoiidage de leurs mœurs, le même et grand commentateur de la Bible stigmatise, au même titre, les principaux philosophes païens leurs suecessenis et leurs imitateurs; et il fait précéder par ce Kyrie cette affreuse litanie des saints de la philosophie : « Afin de voir que rien « n'est plus juste ni plus vrai que cet arrêt de saint Paul , et que les « philosophes anciens étaient lks plus impudiques et les plus « immondes des hommes, considérez, lecteur, les portraits, par se- « rie, qu'en a laits Diogène Laërce, et Ihorrible emblème par lequel « chacun s'est distingué (2). »
L'arrêt apostolique auquel on fait ici allusion est ainsi conçu : « Comme ils rcpt^ouvèrent la connaissance légitime de Dieu, Dieu les « livra à leur sens réprouvé, et les laissa commettre des choses incon-
(I) Quant à l'objection qu'on nous pourrait faire : << Que bien des anciens Pères « ont beaucoup recommandé la philosopliie, » notre antagoniste y a catégoriquement répondu pour nous dans ces termes : « On ne peut s'autoriser du ian- « gage des premiers Pères de l'Église, qui ne donnaient point au mot pliiiosopliie « le môme sens qu'on lui donna universellement depuis, l^uur Justin, Origène, « Eusèbe, et môme pour saint Augustin (il aurait pu ajouter saint tiasiie et saint « Cbrysostome), la philosopliie est la rocherclio du divin-, tel qu'il se trouve « exposé dans le christianisme. Selmi Clément d'Alexandrie, la vraie philosopliie « ne vient que du Fils de Dieu.ll est évident que la philosophie, qu'ils enten- « daient opposer à la plillosophie grecque, était généralement la vérilé chré- « ^/enne, l'ensemble des enseigneuientsdii Christ, la doctrine nouvelle, la véri- « table GNOSE, dit saint Irénée. Ce langage, ce nom gi^ncral donné à la pUiloso- « phie était compris ••ilors, il était accepté ttn'oîfiait aucun danger. (Cii. Les TradUionalhles, etc , p. 1)9). »
(5) « LU vidcas verissiniam esse liane apostoli senfenliam, atque pliilosophos « l'L'issK i>ipci'.issiuas ATQCi; si'cncissiMos, aiidi ex uno l.aertio seriatiui eonim c liac de te emblemata {Loc. cit.) »
ChN(Ji;iÈME CHAPITRE. Ift9
« venantes; sicut non rROiiAVEny.NT Deum liabere in notifia^ tradi" « dit illos Deusin beprobum sensimiy ut faciant ea quœ. non conve- <• niiiut. " Uemarqucz bien, d'.i sur ce point le même illustre interprète, la relation philosophique (plus frappante encore dans le grec) qui existe entre ces deux mots de saint Paul : Reprouvèrent la cop.naissance, et le Sens réprouvé. L'apôtre a voulu opposer ici réprobation à réprobation ; il a voulu nous faire comprendre, comme l'a observé saint Grégoire, que la vraie connaissance de Dieu est la grande règle des actions de l'homme, et qu'en réprouvant cette règle spéculative rien n'est plus juste que l'abandon de In part de Dieu au sens réprouvé qui nous fait errer dans la pratique; Qui errant in JPei CO' gnitione juste traduntur ut errent pçiviter in agendis; i| 9 voulu nous enseigner que la conduite profondément innnorale des philosophes a été la chose la plus logique dès l'instant qu'ils se formèrent une idée profondément erronée de Dieu , et que la corruption de leur jugement, qui les poussa à attribuer la divinité à l'homme et aux brutes, dut produire en eux la corruption de leur règle morale qui les entraîna à approuver et à pratiquer, comme des choses honnêtes et permises, les plus grandes scélératesses. Mais rien n'est plus important ni plus à propos, dans cette discussion , que le lugubre et grave épiphonème par lequel le savant et zélé interprète termine l'explication de ce passage de saint Paul. « Maintenant, dit-il, que nos politiques et nos naturalistes viennent, s'ils en ont le courage, nous représenter comme des hommes de bien les anciens philosophes et canoniser, comuiedes bienheureux et des saints, ces mêmes hommes qu'Asmodée a dominés et a relégués dans l'enfer, comme des esclaves de l'impudicité la plus inouïe! Qu'ils écoutent ces belles paroles que saint Bernard a prononcées contre Pierre Abélr.rd, s'étont tant passionné pour Platon : « Par cela même qu'il a fait tant d'efforts d'éloquence pour faire de Platon un CHRÉTIEN, le malheureux Abélard nous prouve que lui-même n'fst qu'un PAIKX (l). »
(1) ■' Eant nunc poiitici et nattiralista; nosiri, pliilosophos hosce iit viros probos ^ praedicent, eosqiie ut sanctos el hcatoscanoiiizenl, (iiios iiifanike Veiieris qiau- « cipia Asmodaeiis auctoravit, Orcoqnft ad.iixit. Prieclare Bernardus CQnlra Pe- « triini Âl)rl3id(nn platoniz-iiilem (Episto!. 109 ad Inuoc. poiitiric.) : Uhi, inquit, •< duDi nmilum swdat (|nomo lo rlatoiieia faciat christiaoum se probat, etltiii « cum (ALAp. jH 1. s. Pauli ad nom.) ■-.
Nous prions le savant semi-rationaliste qui , tout récemm^t, e$t venu nous pailorilos j/randw vertus (f« pA//oso/)Aes, comme si c'étaient des saints, i\f. vouloir l)ipii lédécliir à cette grande parole de saint Bernard. Ab! rie» n'est pins vrai ! Les grands panégyristes de la morale des païens ont, s^ns s'en douter,
Quant à la triste influence que les philosophes païens ont exercée sur la foi des peuples, un savant de premier rang nous en a dit assez dans ces deux mots : « La philosophie, surtout celle des Grecs, était Cl plus capahle d'ôter au peuple toute idée de religion et d'effacer « entièrement jusqu'aux, moindres traces des anciennes traditions M que de lui donner de vrais principes et de rectifier des erreurs sur « les points les plus importants du dogme et de la pratique (Laland., « Nouvel. Démonstr., p. 1, c. xi). »
Ainsi , si la Tradition n'a pas de V admiration, mais de la compassion pour des hommes si détestables et si funestes, son crime n'est pas grand ; et dans tous les cas ce crime lui est commun avec saint Paul, avec les Pères et les docteurs de l'Église. Et si, à ce titre, elle doit s'interdire à^ parler philosophie et se résigner à subir les chaînes et la prison, elle se trouvera, du moins, en très-bonne compagnie!
Mais ce qui est encore plus piquant, c'est que l'auteur lui-même, qui reproche à la tradition sa froideur et son indifférence pour les philosophes grecs et romains, ne paraît pas les avoir, lui non plus, en grande estime, et moins encore en opinion de sainteté ! Non content de s'être exprimé plus haut d'une manière très-sévère sur leur compte, il a aussi tracé ces lignes, qui ne respirent pas le plus grand enthousiasme pour ses protégés : « Bien plus, a-t-il dit, les philosophes anciens se firent en- « tre eux une guerre continuelle et eurent les uns pour les autres un <i dédain moins injuste (1) encore que funeste. Chaque école affecta « de se distinguer des autres écoles, chaque philosophe de tous les « philosophes ses devanciers ou ses contemporains. Résolus de ne a rien devoir à autrui, même au génie, ils furent pleins à'une con- « fiance aveugle en eux-mêmes; et chacun, se croyant capablede tout, « s'abandonnait à ses raisonnements et à ses rêves. Cest là ce que « leur reproche l'apôtre : En se croyant sages , ils sont devenus in- V sensés. C'est par suite de cet orgueil qu'ils trahirent le génie que a Dieu leur avait réparti (2) et qu'ils n'en tirèrent point les connais-
quelque chose de païen en eux-môines. C'est le sens païen qui n'a rien de commun avec le sens de Jésus-Christ, ce sens que, d'après saint Paul, ont tous les vrais chrétiens : Nos aulem sensum Christi habemns. Les écrits de tous les incrédules dnderniev siècle et du nôtre, et des rationalistes en particulier, ne le prouvent ([ue trop. Il est donc facile de voir que les senii -rationalistes, partageant tous de pareilles sympathies, laissent soupçonner qu'ils ont des rapports secrets de ressemblance avec tous les rationalistes absolus et tous les incrédules !
(l Ce mot est impayable. Le dédain que les philosophes se renvoyaient mutuellement était de h justice qu'ils se rendaient les uns aux autres. Se connaissant, ils se traitaient en conséquence.
(2) Ces hommes de génie ne furent que Plalon et Aristote. Ainsi voyez le
CINQUIÈME CHAPITBE. ^|
« sances utiles ^u'il était âestiiié'à produire, parce qu'ils s'attache- « rent a poursuivre moins la cérité ^ke la célébrité , toujours plos^ « dociles aux sollicitations de la vanité qu'à la voix de la conscience
• et de la raison {pag. 385). »
Il est vrai que^ plus loiu, le même auteur a consacré un chapitre entier à nous proiirer VutilUé providentielle de la science païenne, et a dit : «En fait de vérité religieuse et morale, la philosophie pouvait « TOUT, la philosophie ne pouvait RIE>', c'est la double erreur du « rationalisme et du traditionalisme [pag. 422). » Mais tout cela a été solennellement rétracté par lui dans le passage suivant, où il reconnaît dans les termes les plus explicites , comme une vérité certaine, ce qu'il venait de reprocher au traditionalisme comme une erreur, â savoir que la science païenne n'a été d'aucune utilité, et qu'e« fait de vérité religieuse et morale la philosophie n'a rien fait, parce qu'elle ise pouvait bie\. Voici ses paroles : « Chaque philo- « sophe possédait sans doute quelque vérité. Mais quelle autorité son « enseignement/JOMfa//-//at"o//' sur la population ? Ce ne sont pas des a arguments et des démonstrations savantes qu'il faut au peuple, « c'est un enseignement positif, dont l'autorité lui est garantie d'a- ■ vance. Or, les philosophes «'e/i avaient aucune. Ils en avaient d'au- « tant moins que chacun d'eux était contredit par les autres. Com- « ment le peuple aMratY-///)M choisir entre eux? Les sages méprisaient
* assez le peuple pour l'abandonner à toutes ses misères intellectuelles « et morales. Aussi n'a-t-on JAMAIS pu citer un peuple, une bour- « gade qui ait été instruite et convertie par les philosoplies. Bien « loin (le là, les philosophes, au lieu d'arracher les peuples à l'erreur,
tt les yCOFIBMÈRBNT PAR LEURS LEÇONS ET PAR LEURS EXEMPLES.
« Tout le monde sait qu ils mirent TOUTE LEUR SCIENCE au
« SERVICE d'uXE religion DÉTESTABLE (pagr. 421-423^ »
Or, à coup sûr, celui qui, se faisant, lui di\xss\,\' écho des chrétiens exaltés des premiers siècles et de saint Paul même, a osé parler avec si peu de révérence des philosophes grecs et romains., et a déclaré en des termes si énergiques que leur philosophie n'a été d'aucune utilité morale pour les païens, et quelle fut pour eux un présent (f enfer, n'a pas dû admirer souvent, lui non plus, ces philosophes ! Allons donc, mon révérend père, reconnaissez que vous n'êtes pas digne non pius, vous,' de parler philosophie, et, en voulant être juge , venez, venez partager les chaînes et la prison qui vous nous sont si charitablement décernées. D'autant plus qu'au crime qui vous est commun
même auteur avouer ici ce qu'il avait nié plus haut : que saint Paul n'a pas excepté de son auatlièoae Platon et son école !
avec nous vous en avez ajouté un autre, dont nous sommes innocents : c'est le crime d'avoir ici encore menti à l'iiistoire et à vousmême !
Mais revenons à la preuve que le semi-rationaliste prétend tirer en sa faveur des prétendues découvertes de la philosophie incrédule.
§ 32. Insolent reproche adressé au tradUionalisme, el réfiUé par le semirationalisme. Les philosophes modernes aussi impuissants que les anciens à découvrir la pli's pelile vérité morale et reiirjieuse par leur raison. Horribles tableaux de leurs erreurs cxécxité d'une main semirationaliste.
La philosophie moderne fait également défaut au semi-rationalisme. L'exemple sur lequel il s'appuie des philosophes du jour, ayant, selon lui, découvert quelques vérités par leur raison seule et en dehors de toute révélation et de toute tradition chrétienne, n'en prouve pas inoins que l'exemple des anciens philosophes, invoqué par lui, que la hase historique du système semi-rationaliste est fausse, autant que, comme on l'a vu^ sa hase logique est ahsurde.
« Nous ne sommes pas de ceux/ nous dit-il dans un épanchement « touchant de sa charité; nous ne sommes pas de ceux qui enseignent « que le ratioiialiste et l'incrédule sont incapables de découvrir par « eux-mêmes et d'établir aucune vérité religieuse, morale, intellec- « tuelle (1). Nous ne sonimes point de ceux qui disent qu'à moins de « s'appuyer sur la révélation et sur la tradition on aboutit, comme « nécessairement et par le poids de la raison , à l'erreur, au pan- « théisme, au scepticisme. Ce sont là des exagérations qu'il faut « laisser à un traditionalisme extrême, en déplorant que des exa- « gérations semblables, aussi fausses en elles-mêmes qw' injurieuses à « la raison et à Dieu, son auteur, soient venues trop souvent étonner « ceux qui sont encore loin du chrisliauisi|ie et les éloigner de plus « en plus de la vérité !
« Oui, un penseur, incroyant petit découvrir par la raison et cou- « naître et démontrer la vérité dans l'ordre naturel. Et certes qui « oserait dire qu'aucun penseur de notre époque n'a découvert^ par « LUI-MEME et par le travail de son esprit, aucune des vérités qu'il « expose dans ses cours ou dans ses livres? L'assurer ne serait-ce pas
( 1) Nous le savons bien. Vous avez ou la bonlé de nous le dire sur tous les Ions, tt tant de Ibis que vrainiont nous ne concevons pas pourquoi vous vous donnez encore la peine de nous le répéter! Ainsi nous nous garderons bien fie vous atlribucr do (elle? énoîmitfe et de,5 senlimcnls si intolcranls!
CINQUIÈMB CHAPITRE. 203
« révolter prntuitenient la conscience de savants dhtingués (1)? Nous « ne connaissons rien de plus fort peur rebuter quelqu'un que de lui « contester ce dont il a la conscience intime (Valeur de la baison, « pag. 44fi). »
Mnis affirmer que c'est un crime impardonnable rfe/è^c-raiion et de lèse-Dhifuté , — dont le tradilionalisme extrême est seulement capable,— d^oser dire qu'aucun penseur de notre époque n'a découvert par Li i-MÉUB et par le travail de son esprit aucune des vérités qu'il expose dans ses cours, c'est affirmer, d'une manière trancbante, que les ralionalistex et les incrédules de nos jours non-seulement ont été capables de découvrir, mais qu'ils ont découvert en effet quelques vérités religieuses, ynorales, intellectuelles dans l'ordre naturel. 'Se nous est-il donc pas permis , à nous esprits aussi cbagrins et aussi difliciles qu'exagérés , de demander encore une fois ici qu'on nous indique une seule ou moins de ces vérités qui, inconnues auparavant, ont été découvertes, connues, démontrées par nos penseurs incroyants à l'aide de leur raison et sans avoir puisé à la tradition et à la révélation (2) ?
Mais le semi-rationaiisrae ne répond pas, n'a jamais répondu, ne répondra jamais à un pareil défi , par la raison bien simple qu'il ne peut pas y répondre; puis, encore, parce que quelqu'un a dit que
1) Coup d'encensoir, à ce qu'il parait, À l'adreiise de M. Cousin... En vérité, on ne saurait être plus poli,., pour les penseurs incroyants ! .Mais qu'on ne s'en scandalise pas ; c'est pour... les convertir! F.t si, au contraire, le même auteur traite si durement Ip-s penseurs' crogan' s , c'est que ceux-ci n'out pas besoin (le conversion, ou, ce qui est encore plus probable, ils n'en sont pas capables! Les mallienreux !
(2) Kous avons d'anf-int plus le droit de faire une telle question que, lespewseurs incroyants n'ayant pas l'habitude de venir se confesser à nous et ne se confessant qu'aux semi-ralionalisles, leurs patrons , dont ils eonuai>senl par expérience i'Induliirnce, la facilité et la cliarité, nous ne savons pas au juste ce qui se passe dans l'intérieur de leur âme, et que par conséquent, si nous les rebutons en contestant ce dont ils ont la conscience intime, c'est, — et nous le jurous par cii que la tradition a de plus sacré, — moins par méchanceté que par ignorance inviucible de r.olre part, tl est vrai qae, bien souvent, les confesseurs senii-raliiinalismes n'en savent pas pli:squc nous. Dernièrement un philosophe mourant montra quelque velléité de roir un prôtre. On lui en proposa un, digue rfeiflfon/îancejSemr-rationaliste classique, couronné comme tel. I.c philosophe l'accepta. Mai.s...pour rauscr. Il ne se confessa pas. Ses amis, les philosophes, ont, à ce qu'on dit, empêché ce digne ecclésiastique d'arriver à temps jusqu'à lui. Il est moi t comme il avait vôc:: ; et les mi^mes amis de se pres-^er d'aller déposer chez un notaire la déclaration que ce malheureux est mort en philosophe !
204 LES SF.MI-PRLAGÎE^S Illî LA^ PHILOSOPHIE.
dans tout ce que l'historien semi-rationaliste vient de nous assurer ici, au nom de la conscience intime des penseurs incrédules, ses clients, il n'y a p;is uu seul mot de vérité. Mais qui est ce quelqu'un assez insolent pour avoir osé dire cela et pour avoir donné un tel démenti à un ecclésiastique si respectable? Eh! mon Dieu, c'est luimême. Ainsi, pour le réfuter, à cet endroit, nous ne dirons rien de nous-même ; nous resterons , l'arme au bras , spectateur malin de la défaite complète qu'il s'inflige lui-même. Car c'est lui-même qui, immédiatement après nous avoir tant édifié sur la valeur de la raison et sur la droiture de la conscience des penseurs incrédules^ a ajouté ce qui suit. Écoutons-le. Il n'a jamais été plus franc ni plus intéressant!
« Il est utile de le répéter, nous dit-il, les rationalistes qui se pri- « vent du secours S7irnaturel de la révélation peuvent toujours, « dans l'ordre naturel , connaître et découvbib plusieurs vérités « intellectuelles , morales et religieuses; mais peuvent-ils, comme ils « le prétendent^ acquérir de ces vérités une somme suffisante et suf' a fisamment pure? Peuvent-ils, /)ar la raison seule, obtenir, sur ces « matières, une science à peu près complète? En un mot, la raison « aujourd'hui, au dix-neuvième siècle, se suffit-elle à elle-même, du « 7noi7is dans l'ordre naturel? Nous avons vu que les philosophes « païens n'ont jamais pu réaliser cette espérance, et qu'au sein « de la civilisation la plus brillante qui ait été ils ne surent rien « fonder de satisfaisant en morale et en religion (1). Or , les « païens de nos jours (2) n'ont pas sans doute plus de génie que So- « crate, Platon et Aristote {Ibid., pag. 447). » Donc il est évident que, pour notre auteur, les païens de nos jours n'ont, pas plus que Socrate, Platon et Aristote, su nen fonder de satisfaisant enmorale et en religion. En d'autres termes, ils n'ont pas plus que Socrate, Platon et Aristote découvert, par leur seule raison , la moindre vérité religieuse, morale, intellectuelle, même clans l'ordre naturel.
Mais le modeste auteur, ne voulant pas qu'on le croie sur parole, en appelle au fait de l'expérience et à l'expérience du fait. « Qui ne « connaît pas, ajoute-t-il, les aberrations de la philosophie moderne « au sein des plus vives lumières du christianisme? Et en quel autre « temps \a, faiblesse de la raison (c'est l'auteur de LA VALEUR de la « raison qui parle ainsi) se montra-t-elle plus évidente [paye 450)?»
(I) Oui, vous avez prouvé victorieusement ce fait... mais après l'avoir nié et avoir voulu persuader à vos lecteurs que les philosophes avaient découvert bien des vérités.
Cl) Cette qualification ne saurait être plus exacte.
Puis il se met à tracer le tableau le plus affreux et le plus navrant des extravagances, des erreurs et des blasphèmes qu'ont accumulés, au dernier siècle et au nôtre, en Angleterre, eu Allemagne et en France, les esprits qui se disent indépendants dans la recherche du vrai et les prétendus sages qui, méconnaissant et niant sans pudeur les titres incontestables d'une religion visiblement divine, n'ont pris que LEUR RAISON POUR GUIDE [pag. 450 453). Nous nous contenterons de reproduire ici la partie de ce tableau qui a trait à la raison philosophique française de nos jours.
n En France, poursuit-il, qu'avons-nous vu depuis vingt-cinq ans? « Et, dans ce pays de bon sens lucide , précis, positif, quelles erreurs « et quelles extravagances n'ont pas été professées , propagées par de « nombreux et ^«maH/s esprits, QUI ISE PRILXAIENT QUE LA • RAISO>' POUR GUIDE? Ne parlons pas des théories sociales, « qu'on nous à fait entendre, les plus étranges, les plus sauvages et les « plus subversives de toute société. Ne parlons pas de cet infortuné « (le pauvre homme!) qui s'est mis à crier pendant quelques jours : « Dieu, c'est le mal; la propriété, c'est le vol ; le gouvernement, c'est « l'anarchie. Ne parlons pas même de ce vieux dogme du matéria- « lisme, qu'un petit groupe (1) de savants isolés (2) entreprend de « réhabiliter sous le nom de philosophie positive. Parlons des sages « et de leurs théories étudiées; parlons des philosophes et des pro- <i fesseurs les plus célèbres (3).
« Qu'ont-ils enseigné pendant vingt-cinq ans et qu'avons-uous vu « dans les uns et dans les autres? Ne récriminons pas (4), mais cons- « tâtons le mal passé pour qu'il ne revienne plus (5). La divinité du « christianisme astucieusement (G) écartée ou formellement mécon- » nue, et cette religion sainte présentée comme l'œuvre de la raison
(1) Il n'est pas si petit que vous le pensez.
(2) Ce uVst pas exact non plus, car ils sont en très-bonne et très-nombreuse compagnie. Ils ont des journaux à soixante mille abonnée!
(3) Cela parait s'adresser particulièrement à I'illistre chef du rationalisme français.
(4) Quelle cliarilé! Pourquoi saint Paul n'a-t-il vécu de nos jours? Le semirationalisme lui aurait appris qu'on doit des égards aux savants, lors même qu'ils empoisonnent ia jeunesse pendant vingt-cinq ans; et nous n'aurions pas à gémir des terribles invectives que le trop ardent apôtre s'est permises contre les pliilosoplii's!
(5) Ne craignez rien, il ne reviendra pas, .. parce qu'il D'est pas encore parti.
(6) C'est vraiment le mot.
200 LES SE-Ml-PÉLAGIKNS DE LA PHILOSOPHIE.
« et du génie, du progrès et du temps. Ses dogmes, ses mystères ex- « pliqués philosophiquement et ramenés au niveau des conceptions « vulgaires. La révélation divine rangée au nombre des figures de rlié- « torique. La distinction de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel « traitée de chimère. Les preuves même de l'existence de Dieu inlir- « mées ou contestées. Un Dieu non distinct de l'univers et se trans- « formant sans fin; un Dieu dont tous les êtres et nous-mêmes ne « somnies que des évolutions successives. Le monde créé non de rien, « mais de l'être de Dieu, par une création nécessaire, fatale. Laques- « tion de la spiritualité de l'âme et de son immortalité ajournée a comme présentement insoluble. La raison de riionime impersonnelle « à l'homme, et simple émanation de la raison absolue. La certitude « toujours et nécessairement inconiplète, toute affirmation étant en « partie fausse et en partie vraie. Le dogme païen de la métempsy- « cose présenté de nouveau au monde. Les sentiments de la morale « ébranlés ou audacieusement déplacés. Presque (1) point de vertu qui « n'ait pas été mise en question; presque (2) point de vice qui n'ait son « excuse ou sa glorification : apologie du suicide, apothéose du succès, « réhabilitation de /o«s (3) les penchants mauvais, etc., etc.
« Telles sont les erreurs capitales, désastreuses dont chacune fut « enseignée par quelqu'un de nos libres penseurs^ avec ce prestige « d'habileté et de savoir {4) que tout le monde leur reconnaît. ..Com- « bien de bons esprits ont pu (5) être séduits, vaincus par ces affirma- « tions perfides, à commencer par leurs auteurs eux-mêmes (6). Où « l'indépendance de la pensée (7) eût-elle conduit la science si le « monde n'avait eu aucune règle supérieure et immuable (page 455).^ »
En parlant des horribles exploits de la raison philosophique, ayant voulu marcher setde, en Allemagne, notre auteur avait fini ses observations par ces énergiques et éloquentes paroles : «Jamais les sophis- « tes grecs ou pniens s'éLaient-ils à ce point évanouis dans leurs pen-
(1) Cet adverbe est de trop.
(2) Idem.
(i) A la bonne heure !
(4) Passe pour Y habileté, ou plutôt pour la perfidie. Quant au sai)oir, le monde ne leur en connait pas, à moiiis qu'on n'entende par ce mot de l'cruditiou païenne et de la littérature de mauvaise aloi, relevées par... l'ignorance complète du catécliisme.
(5) Est-ce que vous en douteriez, par hasard ?
(G) Bons esprits, eux aussi, quoique auteurs d'affirmations perfides ! Logique semi-ratioualiste.
(7) Que vous favorisez cependant et encouragez de votre mieux.
♦ CINQUIÈME CHAriTUE. "JW
« séM.'Nous ne comprenons pas qu'il soit donné à l'esprit luimaiti ■ d'aller plus loin dans Vabsurde et Ccxtravofjant. En/ait de chaos, « l'Allemagne est un type. Depuis un siècle ou y voit les esprits errer « sans boussole au milieu de cette confusion générale , et, n'ayant plus « aucun point fixe, se porter aveuglément aux extrémités les plus • opposées , tantôt dans les régions d'une spéculation nébuleuse, lan- « tôt dans un matérialiariie pratique et abject, tantôt dans Cidéa- « lisme le plus vain, le plus futile, tantôtdans la démagogie et le socian lisme le \)\\\ssaurage (Arnoldlluge. Feuerhach. Stirner, H. Heine).» Or, personne n'ignore que des sophistes français, voulant devenir grands philosophes à peu de frais, sont allés chercher en Allemagne tout ce que ce pays a enfanté de pins diaboliquement blasphématoire et de plus grossièrement absurde, et l'ont importé en France; qu'aussi peu patriotes qu'ils étaient peu chrétiens ils ont déshonoré ce sol de bon sens et de foi en y implantant toute espèce de délires et d'impiétés exotiques; ils ont profané, en la prostituant au service de l'erreur, la langue universelle que saint Bernard, saint François de Sales, Bossuet et Bourdaloue avaient sancliGée et consacrée au service de la vérité. Tous les scandales donc et tous les malheurs que notre auteur vient de signaler comme les conséquences d'un ii grand dévergondage de doctrines en Allemagne, moins sauvages , si l'on veut, par la forme, mais exactement les mêmes parle fond, se sont reproduits en France. Voilà les seules décourertes de la raison des philosophes modernes qui ont dédaigné la tradition pour guide : le monde n'en connaît pas d'autres !
S 33. Autre docteur semi-rationaliste insultant, lui aussi, la Tradition, et la vengeant lui même de celle insulte. Idées fatisses de ce docteur sur l'origine et le but de la vraie philosophie redressées. Le même auteur appréciant de la même manière que son confrère la nullité, les erreurs, les ravages de ia philosophie ancienne et moderne. Hymne de gloire entonné par lui à l'eprit philosophique, finissant en une triste oraison fu' nèbre. Le panégyrique des philosophes païens, condition sine qiia non aujourd'hui pour passer pour philosophe. Étranges éloges adressés aux anciens philosophes et rétractés par leur auteur. Le culte de Socrate. L'humanité aux pieds de Platon. Idées poétiques démenties par le poêle. Conclusion désolante que cet écrivain tire des erreurs du jour contre ce qu'il a affirme sur la puissance de la raison à trouver lu vérité.
Mais écoutons encore le plus savant et le plus illustre d'entre les docteurs semi-rationalistes, parlant tont à fait dans le même sens et nous convainquant que se mettre en contradiction avec l'histoire, mentir ouvertement à l'histoire ce n'est pas, pour les semi-rationalistes.
le péché actuel d'un individu, mais que c'est là le péché originel de l'espèce, une nécessité du système, un article du règlement de l'école ou un mot d'ordre de l'armée.
Cet auteur établit, lui aussi, que rien que l'exemple des^anciens philosophes qui, étrangers à la révélation, ont cependant connu bien des vérités théologiques et morales est une démonstration sans réplique de la puissance de la raison à découvrir, par elle seule, la vérité.
« On se montre très-souvent injuste, nous dit-il, envers les philo- « sophes et la raison elle-même. Les variations, les contradictions, les « erreurs de la philosophie sont seules ou presque seules signalées : « les grandes vérités qu'elle a professées, démontrées, découvertes « sont laissées dans l'ombre et omises. On attribue à la tradition « setde le petit nombre de vérités qu'on est forcé d'accorder à la phi- « losophie, et on oublie que les philosophes ne possédaientqu'une a tradition altérée, corrompue, presque entièrement niéconnaissable, «< que c'est surtout par la Jorce de leur génie , par la puissance de « leur réflexion qu'un Socrate , qu'un Platon se sont élevés aux « grandes vérités qu'ils ont enseignées. Ces vérités ont été par consé- « quent de vraies conquêtes, de vraies découvertes. »
Pardon, monsieur; ce que vous dites là n'€st nullement exact; et notre injustice, dont vous vous plaignez tant, envers les philosophes et la raison elle-même n'est pas aussi criante que vous le pensez. Vous venez d'entendre votre collègue; vous venez d'entendre les philosophes anciens eux-mêmes reconnaissant et avouant que le petit nombre de vérités quon est forcé d'accorder à la philosophie doit être attribué à la tradition, et seidement à la tradition particulière des Juifs ou à la tradition universelle de l'humanité. Vous venez donc de les entendre les uns et les autres vous donnant d'avance le démenti le moins équivoque et le plus formel à l'occasion de votre assertion : que les vérités qu'on trouve chez les anciens philosophes sont pour eux
de VRAIES CONQUETES ET DE YBAIES DÉCOUVERTES. AillSi nOUS UC
VOUS dirons plus rien sur ce sujet. — Et que pourrions-nous vous en dire qui soit plus décisif et plus efflcace que ce qu'en ont dit vos amis et vos clients eux-mêmes? — Nous allons d'ailleurs écouter la démonstration que vous daignez nous donner de votre thèse, démonstration qui, comme celle que votre collègue a donnée de la même thèse, n'en est qu'une réfutation complète, telle que nous-même n'aurions su la faire. Avec celte magie et cette abondance de style qui ne lui font jamais défaut, il commence par faire le tableau le plus sombre des erreurs et des turpitudes des religions antiques, — celle des Juifs exceptée, — sur Dieu, l'âme, la loi. Il nous les représente altérant tout, corrompant tout, dégradant tout sur ces points essentiels, accordant à tout la di-
CINQUIEME CHAPITBE. :209
rinité^ même aux animaux, même aux plantes, et proposant à l'adoralion de l'homme Thomme lui-même dans ce qu'il a de plus ignoble, ses vices et ses passions. Il achève enfin cette triste peinture par cette remarque, que font du reste tous les grands écrivains chrétiens, qu'on ne peut pas soupçonner de lamennianisme : « Au nnlieu de toutes ces « erreurs religieuses, dit-il, il existait des débris de vérités divines. « A rorigine, ces religions étaient pures et divines, puisqu'elles n'é- « talent que la loi naturelle et ta révélation première données au « monde f elles en ont toujours conservé quelques traits, quelques « restes. Les traditions saintes n'étaient pas tout a fait « PEBDUEs. Tout dans ces religions n'était pas mauvais, absurde, « bizarre, corrompu. La conscience et la raison n'étaient pas éteintes. Ces bonnes parties de la nature humaine réagissaient contre les er- < reurs dominantes. » C'est ce que disent tous les traditionalistes aussi; et c'est à ces débris, à ces traits, à ces restes 'de vérités divines; c'est à ces tbaditions sà-I^tes, qui ne se sont jamais perdues, qu'ils attribuent la connaissance des vérités lïs plus essentielles qu'ont reçues tous les philosophes et qui se sont toujours trouvées dans toute société. En sorte que le fait important qui sert de base au traditionalisme est admis par tout le monde, et par ses adversaires euxmêmes. Seulement ceux-ci en font une application fausse et en contradiction avec l'histoire. >ioiis ne sommes donc pas étonné d'entendre notre savant semi-rationaliste continuant ainsi :
« Les erreurs et les superstitions du polythéisme ont du nécessaire- « ment frapper les bons esprits. Ils ont dû naturellement chercher « une autre voie pour arriver au vrai. La spéculation rationnelle s'est « offerte; ils y sont entrés : la philosophie a pris naissance. Alors a « commencé ce long, ce pénible voyage de l'humanité à travers les « siècles, pour récupérer ce bien nécessaire de la vérité perdue.
Or, celte odyssée de V humanité à la recherche de la xérité perdue n'est que de la poésie. Et cette origine qu'on assigne ici à la philosophie sent trop l'ignorance complète de ce qu'est la philosophie et de son usage pour que nous ne nous y arrêtions point quelques instants.
Nous avons remarqué plus haut (§ 17, p. 1 12) que, de nos jours, les rationalistes de toutes les nuances sont ceux qui connaissent le moins la raison. Eh bien ! l'on peut dire aussi que les philosophes sont ceux qui connaissent le moins la philosophie.
Comme l'homn^ social, avons-nous dit ailleurs [Conf., t. \,Conf., t. II, § 5! , éprouve deux besoins, le besoin d'obéir et le besoin d'être libre, de même l'homme intellectuel éprouve deux besoins, le besoin de croire et celui de raisonner. Il ne suffit pas à l'homme intellectuel de savoir, d'une iiTRnière historique, que Dieu existe et qu'il est l'auteur
et le maître du monde, que l'âme est immortelle et qu'afirès la mort elle rencontrera le sort qu'elle aura mérité par sa conduite morale pendant la vie, ni que telles actions sont prescrites et telles autres défendues par la loi divine naturelle; il veut se rendre compte de ces vérités; il veut en connaître les raisons et les causes : Et rerinn cognoscere causas. Il veut en avoir les preuves; il veut les développer, les défendre; il veut, en un mot, en avoir la connaissance scientifique. Et c'est là la véritable origine, le vrai but de la |»hilosophie (i). Cette discipline est donc naturelle à l'homme, elle est née avec l'homme; elle est aussi ancienne que le monde.
Aussi le livre de Job, par exemple, le livre le plus ancien qu'on connaisse, car il y a des interprètes qui pensent qu'il a été écrit avant même le Penlateiique , n'est qu'une magnifique exposition , une éloquente défense des dogmes de la Création, de la Providence, de l'Immortalité de l'âme, de la Vie future, de la Chute de l'homme et de son Rachat futur. Il en est de même du livre des Psaumes et des livres Sapientiaux. Tous les dogmes et tous les préceptes moraux de la vraie religion y sont développés, inculqués, détendus avec une élévation de pensées, avec une sublimité, une richesse d'expressions qu'on chercherait en vain dans les livres de la science purement humaine. Indépendannnent donc de leur inspiration divine, ce sont des ouvrages de la plus haute et de la plus vraie philosophie.
Pour être libre, dans l'ordre social, l'homme doit commencer par
(1) Ce n'est donc pas celui de chercher et de découvrir la vérité, lin lui assignant ce but, on en fait une science vaine lorsqu'elle n'est pas dangereuse. C'est, trompé par des maîtres ignorauts \}\m lui persuadent que par la pliilosopliie on retrouve, on découvre la vérité, que le jeune imbeibe, en abordant cette science, se trouve ébranlé dans les croyances qu'il a déjà, et conçoit la folle idée de les recouvrer ou de s'en former de nouvelles par sa raison d'un jour. Comme par l'étude de b théologie on n'apprend pas tuic seule vérité de plus et que le vulgaire des fidèles ne connaisse, mais seutcmeut on apprend les raisons, les preuves, les sources, eu un mol la .science des vérités révélées, de même par l'étude do la pldlosopliie rationnelle on n'apprend pas une seule vérité que le vulgaire deà hommes ne connaisse déjà, mais s^nleuient on ajiprend les raisons, les preuves , les sonrcs, en un mot la science des \é\\\.(is,naturelU'.s.?)i l'on commençait jiar faite bien can)[)rendre cela aux jeunes élèves en |»liilosophic, on les mettrait sur la bonne voie; on [jropost-rait un but ausbi vrai, aussi réel que raisonnable et solide à leins éKiftles philosophiques, et l'on n'aurait pas à déploier le désastrueux phénomène qui se renouvelle à chaque instant, Is pl)énoniène de tant de collèges, même les plus accrédités au point do vue de l'orlliodoxie, voniissant sur la société nn plus grand nombre d'incrédtdcs <pie de philosopher
CINQUIÈUE CHAPITRE. ii I
obéir. Et de même, pour bien raisonner, pour bien comprendre, dans l'ordre inkllecluel , il doit commencer par croire. Point de liberté sans l'obéissance, qui est la foi du cœur; et point d'intelligence, point de r.iisouuemt'iit sans la foi, qui est V obéissance de l'esprit. Kn séparant la liberté de l'obéissance on a l'anarcbie, le vrai scepticisme social. De même, en séparant le raisonnement de. la foi ou aboutit au scepticisme, la vraie anarchie intellectuelle.
Cest ce qui est arrivé aux anciens philososophes. Il n'est pas vrai que la philosophie ne soit sortie du sein de Vhumaniié que par la nécesMté où se trouvèrent les boni esprits de recouvrer la vérité perdue. Il n'est pas vrai non plus qu'en Grèce, en Égy[ite, à Rome, on ne s'y attacha que comme ù une voie nouvelle, pour arriver au vrai. La vérité se trouvait partout, dans les débris, les traits, les restes des vérités divines que les traditions saintes avaient conservées. Les philosophes l'avaient sous leurs yeux, sous leur main, conime le reste des hommes. Ainsi, comme tous leurs écrits le prouvent à ceux qui les savent lire, ils n'ont pas cherché la vérité cachée; mais ils ont voulu se rendre compte de la vérité connue et crue par tout le monde, et la comprendre. Saint Paul nous dit qu'ils n'ont pas poursuivi la connaissance historique, mais la connaissai.ee scientifique de la vérité, car c'est celte connaissance qui forme la sagesse et le sage; Sapientiam quxrunt, semper discentes. Seulement, comme l'a trèsbiru remarqué l'auteur de la l'aleur de la raison, «- Ils ne s'uppli- « quèrcnt point à discerner ce qu'il y avait de vrai dans les traditions » et les institutions religieuses de leur pays (on croirait entendre un « traditionaliste achevé en lisant ceci) ; ils les négligèrent toutes dé' « daiyneusement et n'en tinrent alcuîs compte dans leurs tiiéories « sur l'origine des choses, lis n'écoutèrent point assez la. simple « SAISON DES peuples, et ne s'arrêtèrent JAMAIS devant les récla- « mations du bon sens public {page 385). » «Ils s'évanouirent dans « leurs pensées, » dit saint Paul ; c" est-à-dire qu'ils voulurent tout compreiidre, tout mesurer, tout constituer par leur raison; en un mot, ils séparèrent leur raisonnement de la raison tra'iitionnelle. Et dès lors toute vérité leur échappa, toute certitude leur devint impossible. Ils ne surent créer que le scepùcisnie; et, comme l'a dit encore saint Paul, le résultat de leur long apprentissage ne fut que l'ignorance; la conquête deleursciciice ne fut que la sottise: Semper discentes, nunquam ad scientiam veritalis pervenientes. Gneci sapientiam quxrunt,ct stulli facti sunt. C'est , du reste, ce que le savant semi-rationaliste à qui nous avons affaire dans ce moment va conilrmer par l'appréciation qu'il nous oppose lui-même de l'ancienne philosophie, appréciation aussi solide par le fond qu'elle est fantastique par la forme.
212 LES SEMI-PÉLA.GTEiNS DE LA PHILOSOPHIE.
« De quelle admiration mêlée de respect n'est-on pas saisi, dit-il , « quand on se transporte aux premiers jours delà philosophie; quand « on pense à l'amour de la vérité qui animait les Pères de cette sa- « gesse; quand on réfléchit à leurs recherches, à leurs travaux, à « leurs voyages, au sérieux de leur vie, aux sacrifices qu'ils faisaient à « cette science pour la suivre sans relâche ! Ce spectacle est beau ! il est « grand ! Gloire à l'esprit humain, qui donne, même au milieu de ses « égarements, des preuves de sa puissance et de la noblesse de ses a destinées! »
Passe pour \esrenhei'ches, pour les travaux et pour les voyages des philosophes anciens ; mais quant à l'arnow/' de la vérité qui animait leur sagesse, quant au sénewa: de leur vie et aux sacrifices qu'ils faisaient à cette science, nous ne pouvons admettre rien de tout cela que sous la plus grande réserve. L'histoire de la philosophie ne nous montre-t-elle pas de la manière la plus frappante que, dans la balance de leurs affections, l'intérêt de leur vanité l'emportait sur l'intérêt de la vérité? Cette histoire ne nous apprend-elle pas que , toujours dans l'intérêt de leur vanité, ils faisaient facilement bon marché de toute vérité par leurs contradictions et par leurs disputes ? Cette histoire ne jtistifie-t-elle pas pleinement les sanglantes ironies dont la satire grecque et romaine les aflagellés?Nejustifie-t-ellepas les Pères de l'Église de les avoir appelés des animaux de gloire et des malades de l'indigestion de la science et de l'orgueil^ Cicéron lui-même n'a-t-il pas fini par avouer, au nom de cette même sagesse, que, pour ceux qui la cultivaient, elle était moins une étude sérieuse du vrai qu'un sujet d'amour-propre, un amusement de l'esprit et une occupation pour l'oisiveté? On nous parle du sérieux de leur vie! On oublie donc que les vies des anciens philosophes par un des leurs, Diogène Laerce, nous les représentent moins comme des sommités de la science etdes maîtres de la sagesse que comme des personnages de comédie, que comme les corrupteurs de la morale publique, autant par la licence de leurs doctrines que par le cynisme de leurs mœurs? Ces vies ne nous révèlent-elles pas que tous ces fanfarons de vertus, que même Socrate, même Platon, le divin Platon! que même Aristote étaient entachés de ce vice contre nature qu'une plume chrétienne rougit même de nommer? Ces vies sont-elles autre chose que le hideux martyrologe des héros du vice dont l'immense ridicule ne disparaît que devant le degoùt et l'horreur qu'ils inspirent? Ces vies sont-elles enfin autre chose que la honte éternelle des philosophes et le scandale de la philosophie? Ah! quand on se transporte aux premiers jours de la philosophie, quand on en lit l'histoire avec un esprit dépouillé de ces préjugés classiques que Pascal a stigmatisés et qui font aux esprits les plus sérieux une loi et un devoir de s'extasier
riNQUiitXE CHAPITRE. il3
quand même devant l'antique, on est saisi moins d'un sentiment à'odmivation mêlée de respect que d'un sentiment de compassion mêlée de mépris. Loin de trouver le spectacle beau et grand, on le trotire bien laid et bien petit. Loin de s'écrier : Gloire à l'esprit humain donnant des preuves de sa puissance et de la noblesse de sa destinée, on est forcé de gémir sur l'ignominie, sur la faiblesse et la condition pitoyable de l'esprit humain livré à lui-même.
Mais (jue vou lez-vous ? comme au dernier siècle c'était un préliminaire indispensable, une condition obligatoire pour tout philosophe chrétien aspirant à se faire lire de commencer par un coup de pied à la scolastique et par quelques coups d'encensoir à l'immortel Bacon et su sage Ij)cke, de même dans notre siècle,— depuis surtout que, par la traduction qu'on en a donnée et les larges commentaires qu'on en a faits, on a habillé Platon à la française et l'on en a fait le père et le maître de Descartes,— demême, disons-nous, c'est encore un préliminaire indispensable, une condition obligatoire pour tout philosophe en soutane, s'il veut se faire remettre par le rationalisme le péché de toucher de sa main de prêtre à la philosophie, de commencer, avant tout, par une critique plus ou moins téméraire de la philosophie chrétienne, par un pompeux éloge de la philosophie païenne, par le panéi^yrique de saint Socrate, du divin Platon, (lu grand Descartes et du sublime Malebranche. Donc ces sentiments d'admiration mêlée de respect, cet hymne de gloire à l'esprit humain, — dont on nous parle au sujet de ses conquêtes t\ de ses découvertes,—ce sont l'impôt de l'octroi philosophique qu'on doit à l'esprit du temps, en voulant introduire un système quelconque dans la métropole du savoir. Ou bien ce sont des lois de convention et de bienséance dont on ne peut pas s'affranchir si on ne veut pas se faire mettre à la porte des salons de la philosophie. Mais ce sentiment et cet hymne n'ont rien de solide, rien de sérieux. Aussi entendez le même auteur les rétracter et en faire amende honorable dans ces termes : « Mais lorsqu'on pèse « les résultats de toutes ces spéculations, lorsqu'on se demande s'ils « ont fait avancer beaucoup la connaissance de Dieu et de l'homme, « et s'ils ont essentiellement amélioré l'âme humaine, une tristesse « profonde s'empare du cœur, et l'on est obligé de s'avouer Vinsuffi- « sance de Chomme et de ses efjorts. » A la bonne heure!
Il ne cache pas, en pariant de la création, que Thaïes a attribué l'origine du monde à la matière éternelle étant à l'état de fluide et à un principe intelligent, que P) thagore fut le père du panthéisme et de la métempsycose et que Parménide avait formulé l'idéalisme panthéiste et le septicisme. C'est donc pour satis^faire à l'impôt, pour accomplir les lois susindiquées qu'après nous avoir peint sous de si tristes couleurs ces philosophes le même respectable auteur a bravé
la contradiction et le ridicule en disant : « IJhvmanité honorera « toujours la sagesse de Thaïes, elle admirera l'élération de Pytha- « goreetla sublimité de P;irmcnide(.s'ic).»Caron ne peut pas supposer qu'un esprit si élevé ait voulu prendre pour C humanité entière, qui y est parfaitement étrangère, l'école rationaliste, chez laquelle seulement de tels sentiments de culte et d'admiration ont cours. Aussi le voici s'exprimaiit en vrai traditionaliste et justifiant lui-même cette pauvre humanité de s'être montrée complètement indifférente à l'égard de ces philosophes; car il ajoute : «]\Iais elle (l'humanité) se?'oybrcee d'à- « vouer qu'aux premiers jours de la philosophie tous les grands sys~ « tèmes d'erreurs se développèrent, le Dualisme, le Matérialisme, « le Panthéisme, I'Athéisme ; que ces tristes sj'stèmes eurent pour «■fondateurs ou ^onr patrons les maîtres de la science, et que ces « graves erreurs, en obscurcissant l'idée de Dieu, jetaient des ombres « funei^tes sur la science des devoirs et des destinées de l'homme, et « ôtoient aux nobles vérités CONSERVÉES PAR LA TRADI- « TION, ou acquises par la réflexion, une partie (dites donc « tout «) « de leur éclat, de leur force, de leur efficacité. »
Après avoir constaté, par cet avcu^ que la phi'osophie des anciennes écoles d'Italie et d'Élée n'avaient rien produit qui fût digne de commander le culte et V admiration éç^ rhumanité, passant à la réforme intellectuelle et morale que le scepticisme et la corruption des sophistes avaient rendue nécessaire, le noble autour dit: « Soerate r<?CMf LA « MISSION d'accomplir cette réforme (le voilà donc apôtre'.). Le suc- « ces des enseignements de Socrate fut immense ; de ce sage date un « mouvement régénérateur de l'esprit humain, et l'époque qui suivit « la mort de ce MARTYR de la philosophie fut l'apogée de cette « science; a-t-elle jamais eu des maîtres plus illustres que Platon et « Arisiote? » Lecteur, gardez-vous bien de prendre tout ceci sérieusement; gardez-vous bien de penser que l'ecclésiastique distingué qui a écrit ceci ait la moindre envie qu'on mette Socrate au calendrier, qu'on institue une fête en son honneur et qu'on lui rende un culte religieux^ sous le rite double de première classe, par la messe et l'oflice du commun des apôtres et des martijrs. Ce serait un jugement téméraire, faisant tort à sa science incontestable aussi bien qu'à sa solide p'été. Il sait bien que celui qui avait continuellement à la bouche cette maxime : « Ce qui est au-dessus de nous ne nous regarde pas, quo'l «. supra nos nihil ad nos, « au fond ne croyait pas en Dieu, et se moquait de toute vérité, ce qui lui mérita, au témoignage de Cicéron, le sobriquet de bouffon de l'Attique, scurram utlicum,AQ la part lie Zenon et des stoïciens, les plus sérieux d'entre tous les pbilosophe.sde l'antiquité. 11 sait bien, car Laërce, Cicéron, Cornélius JNépos.
CIÎÏQIIIEHÏ CHAMTRF.
Lucien, Plularque, Plino !<* Jeun" le lui ont appr s, qnc[Socrate armait trop !e<; jeunes garrons et s'était trop familiarisé avec les dimons (1) pour en avoir vouln faire un apôtre de la vérité et un martyr i\t la vertu! Mai» que vouliz-vous, encore une fois? C'est la triste condition des temps ! Il faut parler ainsi pour se faire pardonner Ip rabat et apprivoiser cette bête ond)rageuse, la philosophie du jour! Aussi, après avoir, et toujours par la même raison, af.inr.é, sans y tenir beaucoup, que « Platon a mérité la kecon>aissance de l'hcmamté {iic) ; « qull traça la route qui peut nous conduire là où nous trouvons les
■ types éternels du /'rai, du Beau et du Bien, et que sa théorie de la
• connaissance humaine, malgré ses imperfections et ses erreurs {sic],
■ restera comme un des plus beaux monuments du !;énie de l'homme, » le méiue auteur a renié lui-même ces élo^ps , y ajoutant ceci :
■ Mai?, triste témoignage de \a faiblesse de notre esprit! Plrton, le « divin Platon, est dualiste '. Une matière éternelle, un Dieu qui ne « praît pas avoir sa lumière en hii-mémeet qui certainement n'eVniY
• pos Créfl/ewr, mais organisateur du monde, telles sont ses plus
• hautes doctrines (jusez quelles ont été ses doctrines plus ônsics.'). « Puisqu'il y a dans Platon DE TELLKS ERREURS théologiqves, « les autres erreurs morales et politiques qu'on lui reproche A « JUSTE TITRE ne doivent pas vous étonner.» C'est nous dire qu'avant défiguré, par les erreurs les plus grossières dont le peuple ignare aurait eu honte, les quelques vérités qu'il avait empruntées aux traditions le dinn Platon a, en vérité, ruiné la théologie, la morale et la politique; qu'il a fait oublier la route qui pourrait nous conduire là oii se trouvent les types éternels du ï'rai, du Beau et du Bien; que sa théorie de la connaissance, étant iinparfiite et comblée cPerreurs, n'est pas le moins du monde un monument du génie, u^ais qu'elle est un monument de la folie de l'homme; enfin que Platon n'a, au fond, aucun droit à la reconnaissance de l'humanité. Voilà pour la preuve que le semi-rationalisme a prétendu tirer f/w mouvement régénérateur de Fesprit humain et de Pépoque de l'apogée de la pftiloxophie en faveur de la puissance de la raison!
Les époques postérieures de cette science n'ont donc pu lui rien fournir de plus heureux. Aussi notre excellent adversaire s'écrie en gémissant : « A la suite de cette grande époque, après tous les efforts » de Piaton, d'Anstote et de Zenon pour constituer la science, nous
(1) Aussi les deux premiers crimes dont on i'accu«a et qiii lui valurent la ciguë furent, d'après Laërce in vila Soer.), d'avoir voulu introduire de nouvemix démons dans le cidte et d'avoir été le eorrttptevr de la jeunesse.
« voyons de nouveau commencer une ère de décadence. » Rien n'est, en effet, plus certain que cette nouvelle et étrange décadence d'une science que les plus nobles efforts de la raison n'avaient jamais pu constituer. Car le même auteur nous parle de la raison d'Aristote (l'un de ces grands pouvoirs constituants) comme admettant l'éternité delà matière, comme niant la Providence et l'immortalité del'âme. Il flétrit la raison d'Epicure, « s'efforçant de f;iire descendre au niveau « le plus bas la philosophie, que la raison de Platon élevait si haut (comme on l'a vu !). Il dit anathème à la raison de Zenon «pour avoir <i perpétué l'école panthéistique, pour avoir donné au fanatisme une « force nouvelle» et pour avoir coopéré, avec la raison d'autres philosophes, au rétablissement du scepticisme, « qui finit par dévorer l'école « principale et dominante de Platon. » Il tombe de tout le poids d'une juste indignation sur le néo-platonisme alexandrin, qui ne fit que constituer « un vaste panthéisme, que mêler ensemble et restaurer les su- « perstitions païennes pour résister au christianisme. » Puis il finit cette intéressante revue de la philosophie ancienne par les lignes suivantes, où le lecteur ne sera pas médiocrement surpris d'entendre parler des découvertes., des progrés, des gloires de cette science au moment même où l'on constate sa misère, ses défaites et ses ignominies, ainsi que l'impuissance radicale de l'esprit humain à rien découvrir, « à « rien établir dans le royaume de la vérité. » Voici ces lignes :
« Au terme d'une carrière de mille ans, remplie par tant de recher- « ches et de travaux, de talent, de godt, de gloire, la philosophie se n retrouvait au poiiit même d'où elle était partie, dans les anciennes « écoles d'Italie et d'Élée. Elle se retrouvait au point même où, dès « la plus haute antiquité, la spéculation rationnelle l'avait placée. Et « sans contester aucune des découvertes (lesquelles? s'il vous plaît) « faites successivement dans l'empire de la vérité, sans nier aucun « des progrès partiels réalisés (qui a jamais vu cette réalisation?) « on peut affirmer que la connaissance de Dieu, de l'homme, de son « principe, de sa fin et de sa loi n'avaient pas fait un pas essen- « tiel et décisif {\o\\h ce qui est incontestable). C'est ainsi que l'es- « prit humain a donné dans l'antiquité la mesure des forces i\i\'\\ pos- « sède pour rétablir l'intégrité de la xérhé naturelle. »
Le tableau que le même auteur nous trace delà philoso|)hie moderne est encore plus sombre, et les conclusions qu'il en tire contre la faiblesse et l'abjection de la raison, s'isolant de la révélation et de la tradition, en même temps qu'il en exalte la puissance et la dignité, ne sont ni moins tranchantes ni moins décisives. Il nous fait assister ici au navrant spectacle du rationalisme le plus effrénée du dix-septième siècle, naissant du protestantisme, ébranlant toutes les vérités ré-
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velées et même toutes ïes vérités naturelles, les combattant toutes au dix-huitième siède^les noyant toutes dans le sang; il nous fait assister aux horribles saturnales de la révolution, se signalant, dans notre siècle, par toutes les monstruosités et les folies de l'erreur et aboutissant au panthéisme, à l'athéisme, à l'indifférence, au scepticisme, à l'individua* lisme et au matérialisme le plus abject . Nous y ai ercevons, en particulier, la raison de Hobbes,de Spinosa, de Hume et de tous les philosophes du dernier siècle qui les ont suivis, chacun professant ces erreurs; la raison de Kant demandant à l'homme de renoncer a sa raison; la raison de Fichte, de Schelling et de Hegel prétendant tirer du néant positif l'univers, niant tout être divin existant comme substance distincte du monde et ne l'apercevant que dans l'essence des choses, que dans les phénomènes de Il nature, dans la personnalité'et la conscience de l'homme. Nous y voyons la raison de Feuerbac voulant reconstituer l'adoration de l'homme par l'homme et les cultes idolâtres dans leur horrible et iramonde prosaïcisme; enfin la raison de Stirne s'indi^nant contre cet Humanisme, qu\ ne décerne qu'à l'humanité les honneurs divins, et établissant la divinité et le règne de chaque homme dans toute la puissance de son individualité et de son égoïsme. Nous y contemplons la raison de toutes les écoles françaises qui, en partant, — a l'imitation de la raison des écoles allemandes, — du principe de l'unité de substance, a importé en France le panthéisme, l'athéisme, l'anthropothéisme, l'anthropolàtrie des Hégéliens avec toutes leurs conséquences aussi fatales qu'immorales. IVous frissonnons en présence de la raison de Prudhon, proclamant d'une façon plus monstrueuse encore la doctrine des deux principes manichéens; car, pour ce philosophe, c'est l'homme qui est le bien, et Dieu 71'est que le mal, il n'y a, selon lui, qu'une seule religion, un seul devoir pour l'homnie , la légation et la haine de Dieu !... Nous y rencontrons enfin la raison d'autres philosophes qui, pour toute consolation de la raison confondue, de la conscience saisie d'horreur devant un pareil délire, n'a trouvé autre chose à leur dire que ceci : o H n'y rien de fixe, de stable, d'infini, de parfait. Tout est mobile, passager, fugitif, phénoménal. Il n"y a que des êtres finis, misérables, ne sortant du néant et n'apparaissant pendant quelques instants sur ce théâtre du monde que pour rentrer sans cesse dans le néant. » Doctrine horrible! dont les conséquences nécessaires sont V insocialisme , le misanthropisme, le désespoir et le suicide.
Ce tableau achevé , voici comment le savant auteur le résume , et voici l'éloquente inscription qu'il y appose : « Les prodigieux efforts, « dit-il, de la science et du talent du dernier siècle et du nôtre n'ont « abouti qu'a ressusciter des erreurs vieilles comme le monde. Ces ' faits sont irrécusables et écrits eu caractères ineffaçables dans
218 LES SEMI-PléLAGTEA'S DE LA PHILOSOPHIE.
« l'insloire de la philosophie de ces derniers temps. Ces tristes doc- « trines, ces al)errations de l'intelligence sont-elles la condamnation « de la révolte de l'esprit humain, ou l'esprit humain lui-même? Si le « mouvement philosophique que nous venons de décrire était un dé- « veloppcment logique et nécessaire de la raison; si la raison, obéis- « saut à ses lois, aboutissait nécessairement et logiquement à cescon- « séquences funestes, l'esprit humai;), .serait jugé. Atteint d'une « maladie constitutionnelle et d'une faiblesse incurable, il serait à ja- « mais incapable d'arriver par lui-même au Vrai et au Bien. Mais « il n'en est pas ainsi. » Lecteur, ne croyez pas à ce « mais, » car vous allez entendre au chapitre suivant le même auteur prouver, avec toute la force de son beau talent, qu'il en est vraiment ainsi. En attendant, écoutez ces derniers nîots de sa part : « Tous les systèmes « que la science moderne a d'abord salués comme la plus hau.'e ex- « pression de tous leurs progrès nous ramènent donc^ après dix-huit « siècles de christianisme, à loutfs les erreurs qui ont souillé len- « fance et la jeunesse de l'humanité. Sous des formes nouvelles et « avec un nouvel appareil de science le dualisme, le panthéisme, l'a- « théisme, le matérialisme, l'idolâtrie la plus hideuse renaissent et « veulent se substituer au christianisme , qui déjà une fois a relevé « l'humanité de la profonde décadence où ces doctrines Vavaientcon- « dinte. Quelle leçon pour l'esprit humain, fier des progrès
« DE LA raison ET DE LA SCIENCE! »
Il est donc évident, d'après cette manière si juste et si vraie dont les chefs du semi-rationalisme eux-mêmes ont constaté les travaux et les succès ûe. la philosophie rationnelle, que cette philosophie, toujours et partout assez puissante pour créer ou pour évoquer toute erreur, n'a jamais pu découvrir, elle, ni établir aucune vrrilé, mais que seulement elle a pu obscurcir et effacer toute véiité. Il est évident que le semirationalisme, en affirmant 7?/e les découvertes desphilosop'ies anciens et modernes prouvent la valeur de la raison à atteindre par elle SEULE quelques vérités, a menti à l'histoire, a menti à lui-même !
§ 3i. La dislinction entre Vordre logique et l'ordre historique, /îOHr évaluer (injuste la puissance de la raison , n'a été introduite par le semi-rationalismc que pour échapper aux conclusions accablantes, contre la puissance de la raison, qui résultent de l'histoire de la philosophie. Les théories logiques ne sauraient rien prouver sur ce sujet contre la constance et l'ruiiversalité des faits . La question du rationalisme n'est pas abstraite, mais concrète. La distinction alléguée est un noiivel aveu que l'histoire de la philosophie ne prouve que l'impuissance et la misère de la raison, et que le semi-rationalisme ment en s'y appuyant.
Mais voici une autre importontp remarque par laquelle le semi-
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rationalisme s'est donné lui-même un érlatant démcnli et a ponlirmé notre doetrine au point de vue philosophique. Dans nu de ses Opuscules, l'auteur de ta Falcur, etc., a dit ce qui suit :
« Quand on exanilne \a puissance de la raison humaine ^ il faut « distinguer avec soin Vordre purement /o^/ç?/^ suivant lequel l'hom- « me, ;)vec ses teniiances, ses besoins, ses facultés et ses lumières na- «turelle*, doit nécessairement pouvoir arriver au vrai sur les « points essentiels , etVordre pratique, historique, où l'on considère « les obstacles de tout genre qui viennent lui rendre la découverte du « vrai non impossible, inais généralement 'iiits-DiFF]cu.E... Si,d'a- >' près Vordre logique, la raison possède la facilité absolue àe decou- " vrir et de conn;iîlre les vérités naturelles , dans Vordre historique « et d'expérience IL LUI EST WORALEMEINT IMPOSSIBLE « D'ARRIVER PAR ELLE SEULE A UN RÉSl LTaT SATIS- « Faisant. Or, il ne faut jamais séparer ces deux ordres, ni les « considérer isolément.
• Les rationalistes n'envisagent que la puissance absolue de la « raison , et prononcent qu'elle .se sujfèt à elle-même. Les Iraditiona- « listes ne voient que l'expérience, et protestent qu'elle n'est propre « à enfanter que des erreurs et des vices. Ce sont deux excès « également condamnables. L'homme peut connaître les vérités na- « turelles qui lui sont indispensables , mais avec les difficultés dont , « pour V ordinaire, Une parvient pas à triompher complètement. « Un e^)r\\. solide pourrait, absolument, découvrir et se procurer un « certain nombre de théorèmes mathématiques ; r.éanmoins sans un « livre, un maître qui l'enseigne quel progrès fera-t-il dans cette « science ? et que sebait-ce s'il s'agissait d'une science mo- « RALE? (Les traditionalistes, pag. 52). »
Ainsi donc, pour ce docteur semi-rationaliste , il est hors de toute contestation que, dans V ordre pratique et historique, la raison seule rencontre des obstacles de tout genre, et que POUR L'OUDINAIRE elle ne parvient pas à triompher complètement de toutes les difficultés; que la découverte du vrai lui devient sinon impossible , CÉ-