‹ La tradition et les semi-pélagiens de la philosophie: ou, Le semi-rationalisme dévoiléChapitre 16 sur 52 · QUATRIÈME ACCUSATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ACCUSATION

l'hypothèse b'CNE FOI MÊME NATURELLE Qll , POl'R LKS TRADITIONALISTES, DOIT NÉCESSAIREMENT PRÉCÉDER LA RAISON EST CONTRAIRE A LA RAISON.

§ 42. On commence à démontrer queU semi-rationalisme estinjusle à l'égard de la Tradition de la seconde manière: en lli reprochant de suivre des DOCTRINES qu'il pkofesse LUI-MÊME. Scs favsscs idécs sur la foi. La foi n'a pas lieu ait sujet des faits intérieurs de notre esprit. On n'apprend le langage qu'en croyant. Nouvelles preuves que rien n'est plus conforme à la raison que la nécessité d'une foi naturelle précédant la raison. Le semi-rationalisme admet lui-même, dans les termes les plus formels, cette doctrine. Il est inconséquent en établissant la sensation comme une condition nécessaire de In manifestation des idées, et en combattant le traditionalisme, qui établit, lui, /'instruction non comme cause efficiente, mais comme condition du développement de la raison. Encore deux sophismes du semi-rationalisme. Sa légèreté hii fait méconnaître le prin' cipe : « Que l'argument par lequel l'on peut bien démontrer une vérité « connue ne suffit pas toujours pour découvrir une vérité inconnue. » Il avoue encore que l'homme sans tradition est un être chimérique. Conséquences de cet aveu.

La seconde manière dont l'erreur se montre injuste à l'égard des disciples de la vérité, c'est en leur faisant un crime de professer des doctrines qu'il avoue et soutient lui-même. Or, le semi-rationalisme est injuste, de celte manière aussi, à l'égard des traditionalistes. On vient de voir (§ 36) son effronterie de reprocher à la tradition, qui en est innocente, le tort de suivre la doctrine rfe la nécessité de la parole pour penser, qu'il suit lui-même. Or, même effronterie dans les accusations qu'il a formées contre nous à l'occasion de notre doctrine, qui est sa propre doctrine : Que la foi naturelle et humaine précède toujours la raison

«Vaine distinction, malheureux subterfuge !<> nous réplique-t-il par l'organe de son nouveau chef. «Il n'est pas possible de croire sans «1 certaines idées et certains principes antérieurs à toute croyance. Je « ne puis pas croire sans avoir la conscience, l'idée de moi-même, « sans savoir que je crois et pourquoi je crois. Il n'y a donc pas uu « étal de pure croyance précédant la raison; la raison, au contraire, « est logiquement antérieure à la croyance... Il y a un élat de « croyance naturelle, nécessaire, primordiale; mais celte croyance « n'est pas antérieure à la raison. Les maîtres ne sont que des moni- « teurs; c'est la vérité, la lumière divine qui enseigne au dedans. »

C'est ainsi que parle le seini-ratiooalisine par Tor^nne de la plus grande de ses illustrations-, et par lu il croit avoir fait justice de la proposition : que la croyance précède nécessairement la baiso\ ; Misi credideritis, non inlelligetis.

Mais triste condition du système senn-rationaliste de ne pouvoir articuler un seul mot sans faire connaître sa pauvreté en fait de logique, et sans tomber dans le sophisme , la coiitrediction et Tabsurde ! Croire, ce n'ett qu'adhérer au témoignage . Or, ce n'est pas sur l'autorité du témoignage, mais c'est sur l'autorité du sens intime que nous sommes infailliblement certains de ce qui se passe en nousmêmes. YA, être infailliblement certain dune chose, parce moyen, c'est la voir; c'est la sentir; ce n'est pas y croire. Car la matière de la croyance est objective, elle n'est nullement subjective; c'est-à-dire que la croyance se rapporte essentiellement aux faits extérieurs, et qu'elle n'a pas lieu dans les faits purement intérieurs. «Le sens intime, dit un philosophe semi rationaliste allmiand , n'est que l'âme même qui sent ce qu'elle sent et ce qu'elle est; Sensus infimus sumus nosmelipsi qui senfimus [Storchenau] (1). Dire donc que nous ne pouvons pas croire sans avoir la conscience. Vidée que nous croyons, et pourquoi nous croyons, c'est dire une banalité; c'est dire qu'avant de croire il faut être et connaître qu'on est. Mais, nous le répétons encore, être et connaître qu'on est et qu'on opère, ce n'est pas croire.

On nous dit aussi : « // est évident que, dans le premier ensei- •• gnemeot, qui est celui du langage, l'enfant est bien plus actif que « passif, puisque tant qu'il n'a pas donné lui-même, au moyen des « indications qui lui sont fournies, un sens aux mots, les mots ne sont « rien pour lui. » Or, c'est précisément le contraire qui est évident. Ce n'est pas /«/, mais c'est sa mère qui, en lui indiquant, par exemple, lacbose-pain,lui fournit en même temps le mot/^au), et lui apprend /e sensdece mot. Sans cet enseignement maternel, revêtant, — lui et non pasTenlant, — la chose du mot qui la dési.;:nedansla languedu pavs, l'enfant entendrait mille fois ce mot autour de lui sans jamais com-

(1) c'est pour cela que los scolastiques, plus forts logiciens que nos philosophes rationalistes modernes, ne comptent pas le sens intime parmi les crifériams de la cerlitnie. La vérité n'est pour eux que régcATios estre l'intellect ET LA CHOSE, AtTUE QCE l'intfu.ect; xçitalio vei et intellectns; et le critérium n'est que le témoin qui noi:s assure qoe la chose (pii est hors de l'intellect est vraiment telle que l'intellecl la perçoit. Mais quant aux opérations de l'intellect lui-même, pour les srulastiipies celle puissanD: n'a besoin de rien qui les lui atteste; il les Voil, il les sent. L'intellect qui pense n'a pas besoin de critérium pour s'assurer qu'il est pensant.

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