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prendre ce qu'il signifie, et ce mot ne serait rien poîir lui. S'il y a une chose par rapport à laquelle l'enfant est essentiellement /jasxî/, c'est dans C enseignement du langage. C'est encore cela qui est évident.
Dire : C'est la vérité qui enseigne en dedans, c'est dire que la vérité enseigne la vérité ou s'enseigne elle-même. Ce qui est absurde.
La lumière divine, eWe, ne nous enseigne pas plus au dedans que la vérité. La lumière divine, faut-il que nous le répétions toujours? ne fait autre chose, d'après saint Thomas, qu'élever l'intellect agissant et le rendre apte à voir l'universel par le particulier, ou à se former les idées; mais elle ne nous empeigne pas plus la vérité au dedans que la lumière matérielle ne met sous nos yeux les objets matériels. Le Fides ex auditu, de saint Paul, est une grande vérité, dans l'ordre naturel aussi bien que dans l'ordre surnaturel.
Les maîtres sont véritablement des moniteurs, mais des moniteurs qui ne nous avertissent pas seulement de regarder aux objets : ce serait là le système des causes occasionnelles de Malebranche dans toute son absurdité. Us nous révèlent en outre la signilication des mots de la langue du pays, qu'il est impossible de connaître par un autre moyen, cette signification étant un fait de convention humaine ; et, par surcroît, comme les sens nous révèlent le monde matériel, ces moniteurs, à l'aide du langage qu'ils sont parvenus à nous enseigner, nous révèlent aussi le monde spirituel et moral, encore plus impossible à connaître par d'autres moyens , parce que ce monde est éloigné de nous d'une distance infinie. Comme, aussitôt que les sens nous ont révélé le monde matériel, nous nous formons les idées des objets qu'il renferme et nous commençons à en raisonner, de même, aussitôt que nos moniteurs nous ont révélé le monde spirituel et moral, nous appliquons aux objets qu'il contient les idées que nous nous sommes précédemment formées, nous nous en formons de nouvelles idées plus épurées et plus élevées, et nous commençons à en raisonner aussi. Mais, comme avant d'adhérer au témoignage des sens, ou de croire aux sens, nous révélant le monde matériel, il nous est impossible de nous en former aucune idée et d'en raisonner, de même avant d'adhérer au témoignage de nos moniteurs, ou de croire à nos moniteurs, nous révélant le monde spirituel et moral, il est impossible de nous en former aucune idée et d'en raisonner. C'est ainsi que, par l'adhésion au témoignage, ou parla croyance, notre esprit est placé dans les conditions nécessaires pour raisonner, et que la raison se forme. Car la raison n'est que l'esprit ayant acquis toutes les conditions pour raisonner; et c'est ainsi que la foi précède toujours l'exercice de la raison. Tout cela est clair, est raisonnable, au lieu que tout ce que l'auteur semi-rationaliste vient de nous dire ici pour combattre cette doctrine si simple et si
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naturelle uest ni raisonnable ni clair. C'est un amas de mois qui n'ont pas (le valeur logique et au sujet desquels les moniteurs de la logique auraient le ilroit de faire usage de la férule à l'égard de ceux qui se les permettent.
On ajoute encore : « Croyance, tradition, enseignement, auto* « rite de pères et de maîtres, quelle est la valeur de toutes ces choses « dans la formation de la connaissance humaine? sont-ils des princi- • pes, ou seulement des conditions du développement de l'intelli- « gence? Vous avez vu une école célèbre placer dans ces faits exté- « rieurs le principe et la règle des connaissances humaines. Rien, « selon nous, n'est plus opposé à la vérité que de faire dériver la lu- « inière naturelle qui nous éclaire d'un fait extérieur à l'homme. » Mais cela, encore, n'est dit'qu'en dépit de la Ionique. D'après l'exposition de notre système, que nous vous avons mis tant de fois sous les yeux, vous avez dû voir que, pour nous, le principe de l'intelligcnceest sa sublime faculté de se former les idées ; et que, par conséquent, nous ne faisons nullement dériver la lumière naturelle qui nous éclaire n'uK FAIT EXTÉBiEUR A. l'homme, mais d'une puissance innée, intime à l'esprit de l'homme. Vous avez pu voir que, pour nous, croyance, tradition, enseignement, autorité des pères et des maîtres ne sont pas les jrrincipes, mais précisément les conditions du développement de fintelli(jence et de la formation de la raison. Quant à Vécole célèbre qui., selon vous, a placé dans ces faits extérieurs le prindjje et la règle des connaissances humaines^ elle n'est que l'écoîe de ]M. de Bonald, dont vous venez de nous prouver que vous admettez toujours les doctrines par le fait, tout en les combattant par les mots, école qui fut, mais qui n'est plus, — la Tradition en ayant fait depuis longtemps justice; — et par conséquent il n'y a rien qu'elle soit moins que la Tradition. Tout ce que vous reprochez ici à la Tradition ne la regarde donc pas, et vous avez fait ici du zèle et de l'esprit eu pure perte.
Mais voici le même auteur finissant par nous donner complètement raison même sur ce sujet. « Nous avons troitré, dit-il, la véritable « origine, la véritable nature des idées et des principes de la raison, » source de ses connaissances (1). Mais, il faut en convenir, au sein « de cette lumière et de cette évidence, il y a un fond de croyance; « à côté de la lumière qui jaillit des objets, à côté de la lumière
(1) On va voir à l'AppeaJiœ de cet ouvrage que l'cxtellent horaïue n'a rien trouvé de c« qu'il se vante ici d'avoir trouvé, si ce n'est la doctrine de Malebranclie, condaïUDée par le sens commun et par l'Église, mais présentée par lui de manière à ce qu'il soit imiK)Ssibleà qui que ce soit et à l'auteur lui-même d'y rien comprendre.
«divine qui éclaire la raison, il y a renseignement humain, l'autorité « NATUisELLE des pères et des maîtres. Notre nature porte dans son « fond une inclination nécessaire à la croyance; la croyance est l'une « de ses lois primordiales et essentielles. Je ne parle pas ici de cette « croyance au témoignage humain, un des fondements de la vie mo- « raie, sociale, civile. Je veux parler surtout d'un état de croyance 1 beaucoup plus profond, plus primitif et qui devient le point de « départ et Vappui des autres croyances purement humaines. Je veux « parler de cette inclination générale à croire, qui est un des pre- « miers mouvements de Vesprit et la condition de toute éduca- « lion. » Ainsi, de par le semi-rationalisme lui-même, Y inclination générale , nécessaire à croire à {V enseignement de la tradition et à l'autorité des pères et des maîtres est un VK^MÏEj^ mouvement de l'esprit; elle est la conrfi^ion DE TOUTE éducation, et par conséquent de la raison aussi, ayant elle-même besoin d'être éduquée. La croyance à l'enseignement de la tradition est un fond placé au SEIN et à COTÉ de la lumière naturelle, c'est-à-dire embrassant et enveloppant cette même lumière de toute part; et, par conséquent, l'enseignement hutnain et l'autorité des pères et des maîtres, à laquelle cette croyance s'arrête, par wne/oi primordiale et essentielle, sont le point de départ et Vappui des autres croyances purement humaines et de l'éducation de la raison. jMais tout cela est-il autre chose que répéter dans une longue périphrase et dans un style boursouflé ni plus ni moins que ce que la Tradition dit par ces deux mots : la foi PBÉckDE TOUJOURS l'exercice DE LA RAISON? Était-ce douc la peine, de la part du semi-rationalisme, de la poursuivre avec tant de colère? C'est, du reste, un spectacle bien instructif et bien curieux que de voir le semi-rationalisme réfuter lui-même les injustes reproches qu'il adresse à la Tradition, faire lui-même justice de.sapro. pre injustice et prouver ses propres erreurs!
Le traditionalisme vient de nous faire une concession bien plus importante encore. Après avoir dit que « V homme isolé de toute société , « dépourvu de tout enseignement, dénué de toute tradition serait un
« être HORS DE SA NATURE, UN ÊTRE CHIMÉRIQUE, » il a îijOUté
ceci : « Mais le traditionalisme ne peut se prévaloir le moins du monde « du fait que nous reconnaissons ici, puisque nous avons établi que « cette nécessité de l'enseignement et de la tradition était une con- « c/i7ion?îa/i«-e//e de l'intelligence, et ne se réfémit nullementà uneré- « vélation extérieure et ,s7/ma/î</'e//e. » Mais, mon Dieu! le traditionalisme ne soutient pas autre chose. Il dit que l'esprit humain ne peut se former aucune idée du monde spirituel et moral qu'à la condition que ce monde lui soit révélé p:tr rinslruction humaine des parents et
des maîtres, quelles que soient leurs croyances reîiuieuses. Il ne proc'ame donc, lui aussi, la nécessité {que vousacez étabiie) de l'enseiynement et de la tradition que comme UNK CONDITION NATURELLE detin/clligence, et qui ne se réjere nullement à la révélation extérieure suBNATURELLE, que le caiholicisme seul possède dans toute sa pureté et dans toute son intégrité. Comment donc et pourquoi ne {)Ourrait-il, pour sa justification, se prévaloir du/ait que vous reconnaisse* ici; du fait que Vhomme dépourvu de tout enseignement et dénué de toute tradition serait un être hors de sa nature, un cire chimérique? L'homme hors de sa nature, Vhomme chimérique n'est, vous en conviendrez, que l'homme sans intelligence et sans raison ; car ce n'est que par la raison et par l'intelligence que l'homme est dans sa nature et dans sa réalité. Si donc, pour vous aussi, l'homme dépourvu de tout enseignement , dénué de toute tradition est un être sans intelligence et sans raison, comment et pourquoi aurions-nous tort de soutenir que l'intelligence ne se développe, que la raison ne se forme qu'à l'aide de l'enseignement et de la tradition ? N'est-ce pas, eu propres termes, votre propre doctrine, ou au moins la doctrine que vous venez d'exposer ici que nous suivons?
Plus loin, le même auteur semi-rationaliste a dit : « La nécessité n de la tradition et de l'enseignement est encore un fait naturel qui « ne décide rien, puisqu'on peut y voir seulement la condition, et « non la cause dn développement de l'intelligence. La sensation, aussi, ■ est une condition de la manifestation des idées et des principes, « lumière de Pesprit. Faut il en conclure que la sensation est la « cause des idées et des principes de la raison? » Eh bien ! ni nous non plus , nous le répétons encore une fois , nous ne voyons dans /e Jait de la nécessité de la tradition et de l'enseignement, — que vous avez appelé avec tant de justesse un fait naturel, — que la CONDI- TION et NON la CALSE du développement de l'intelligence. Pour nous, la cause du développement de rintelligence n'est que dans l'intelligence elle-méîue; elle n'est que dans la sublime faculté de l'intellect agissant, par laquelle l'intelligence se forme elle-même les idées, est la cause efficiente de ses idées , et par conséquent de son développement. Nous ne réclamons le fait naturel de ta nécessité de renseignement et de la tradition qui révèle à l'âme l'existence du monde invisible que comme une condition pour que lintellecl agissant puisse agir, et se former les idées des objets de ce même monde.
Vous-même ne réclamez-vous pas la senfation comme une condition de la manifestation des idées et des principes, lumière de l'esprit? Il est vrai que cette dernière phrase, que vous paraissez avoir retenue de votre lecture de Locke, est incompréhensible. Car qui pourrait
comprendre que la sensation est la condition de la manifestation DKS IDÉES ET DES PRINCIPES, lumière cleresprit?
Ou cette phrase n'a donc pas de sens, ou vous avezvouludireparelie que l'esprit humainne peut se former aucune idée du monde matériel, à moins que les sens ne lui en révèlent l'existence. Or, s'il en est ainsi [)0ur le monde matériel, pourquoi n'en serait-il pas de même pour le monde spirituel ? Pourquoi serait-il absurde de dire que, comme la révélation du monde matériel par la sensation est une condition nécessaire pour se former les idées des objets matériels, de même la révélation du monde spirituel par l'instruction domestique est une condition néecss.iire pour se former les idées du monde spirituel ? Et si ce n'est pas faire tort à la raison, si ce n'est pas liumilier, dégrader la raison d'admettre, comme vous le faites, que la raison ne peut avoir la manifestation des idées et des principes du monde matériel sans \a sensation , comment et pourquoi serait-ce faire tort à la raison, humilier, dégrader la raison que dire, comme nous le faisons, (pie la raison ne peut avoir la manifestation des idées et des principes du monde spirituel sans ms^r«c//o/i? Vous avez donc eu tort de dire d'un ton si tranchant et si décisif : Jm nécessité de la tradition et de l'enseignement est xm fait naturel, qui ne décide rien. On voit qu'au contraire ce fait décide TOUT, d'une manière péremptoire et en dernier ressort. Car, si c'est un fait naturel que l'enseignement et la tradition sont nécessaires comme condition du développement de l'intelligence , c'est-à-dire s'il est dans la ?ia^wre de l'intelligence de ne pouvoir se développer sans l" enseignement et la tradition, il est évident que la tradition et l'enseignement sont nécessaires à la formation de la raison; car la raison n'est que l'intelligence développée ou pouvant raisonner. Voilà donc la vérité du traditionalisme admise, prouvée de la manière la plus rigoureuse et la plus concluante par le semi-rationalisme lui-même; et nous voilà plus en droit que lui-même de nous écrier, nous, à notre tour : « Était-ce donc la « peine de faire tant d'écrits et d'incriminer ces principes et ces mé- « thodes lorsque, en délinitive, on est obligé d'y revenir ? » Il faut bien dire que votre envie d'être injuste à notre égard est bien grande, piiisqu'elle vous engage à vous mettre dans une contradiction si manifeste avec vous-même !
S'adresant personnellement à nous, sans nous nommer, le même auteur a dit : « En reconnaissant à l'homme le pouvoir de se former « ses idées et ses principes, ils (les traditionalistes) lui refusent la «' possibilité d'arriver, par lui-même, aux connaissances , c'est-à-dire « aux vérités de l'ordre religieux et moral. Ainsi l'honmie a naturel- « lement des idées et des principes, mais il n'a pas naturellement le
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« pouvoir de tirer des principes leurs conséquences nécessaires. Par n exemple, nous avons naturelleir.ent l'idée de cause et d'ef/et, et de <• plus le principe : // n'y a pas iV effet sans cause; mais nous n'avons « pas naturellement la faculté d'appliquer au monde le principe de • causalité, et d'en déduire l'existence de Dieu. «
Cette objection n'est fondée que sur deux sophismes. Elle suppose, d'abord, que l'homme peut appliquer ses idées et ses principes à un ordre quelconque de choses avant d'en connaître l'existence, ce qui est contraire à ce grand axiome d'.\ristote, admis par toutes 1rs écoles et par le semi-rationalisme lui-même : Que toute doctbine, ou
TOLTE SCIENCE RATIONNELLE, EST FONDÉE SUE CNE CONNAISSARCE
QUI LA PBECÈDE ; Omïiis doctrina omnisque rationalis scientia in antécédente cognitione fundatur {Analijt., lib. I). C'est-à-dire qu'on ne peut raisonner sans principes, et qu'on ne peut appliquer les principes et le raisonnement qu a un ordre de choses préalablementconnues.
L'objection suppose , en second lieu , qu'il existe entre le monde matériel et le monde spirituel de telles équations et de tels rapports que tout homme peut s'élever par lui-même de la connaissance du premier de ces momies à celle de l'autre : équations et rapports qui, d'après saint Thomas^ n'existent pas entre ces deux mondes (Voir cidessus, page 132). Or, dire que l'homme peut bien se former par lui-même les idées et tes principes, mais qu'il ne peut pas arriver par lui-même aux rérités de l'ordre religieux et inoral, c'est dire, en d'autres termes, que, comme l'homme ne peut par lui-même appliquer ses idées et ses principes à l'ordre matériel avant que cet ordre lui soit révélé par K^s sens, de même il ne peut pas appliquer ses idées cl ses principes à l'ordre spirituel et moral avant que cet ordre lui soit révélé par l'instruction. C'est donc éviter les deux sophismes indiqués; c'est être logique.
Dès l'instant que l'enfant a atteint au développement, à la perfu:tion nécessaires de ses sens pour bien distinguer les objets extérieurs, il se forme les idé. s et les principes, et il commence à raisonner sur de tels objets. Ce n'est pas sous l'empire de l'instinct, comme la brute, avons-nous dit ci-dessus, mais c'est sous l'empire de l'idée qu'un enfant de trois ans opère. Or, opérer sous l'empire de l'idée, c'est raisonner. A cet âge l'enfant fait donc de véritables raisonnements, il a la raison. Et cependant on ne le considère que comme l'honniie ne raisonnant pas encore, n'ayant pas encore la raison. Pourquoi cela ? Parce que, à cet âge, la révélation domestique n'ayant pu lui faire connaître assez distinctement les objets du monde spirituel et moral, Dieu , l'âme, la vertu , le vice, pour qu'il puisse s'en former les idées et en raisonner, il ne raisonne pas, il ne peut pas raisonner
:280 LES SEMl-PÉLAGIENS DE LA PHlLOSorHIE.
des clioscs d'un tel monde. Et comme, dans le langage humain , expression Odèle de la philosophie de la nature, raisonner c'est particulièrement discourir dans nn tel mondCj — ce qu'un enfant de trois ans ne fait pas encore et ne peut |)ys faire, — on dit : " Une raisonne pas, il n'a pas la raison, » Tant il est vrai que les deux mondes sont séparables, sont réellement distincts; et que, de ce qu'on raisonne bien par rapport aux choses de l'ordre matériel, il ne s'ensuit pas qu'on peut raisonner aussi par rapport aux choses de l'ordre spirituel et moral.
Cette distinction est admise par le semi-rationalisme lui-même: « La « société, dit l'auteur de la râleur, etc., peut foiiner l'enfant à penser «■ et à raisonner, en ne prenant les vérités qu'elle lui enseigne que « dans un ordre parliculier d'idées, sans lui parler des autres, qui « n'ont avec elles (saint Thomas l'a démontré) aucun rapport immé- « dlai. Ainsi il serait possible que l'individu eût appris à penser et « à raisonner, qu'il eût une raison formée à un certain degré (c'est le « cas de l'enfant de trois ans, à qui on n'a pas fait connaître assez le « monde invisible), sans avoir rien appris de la société sur Dieu et ta « vérité religieuse. Or, la question que nous posons est précisément « de savoir si l'homme vivant de la sorte, au sein de la société, peut « découvrir par lui-même quelques vérités morales eu religieuses, qui « ne lui ont point été enseignées par la société... Voilà, croyons-nous, « le véritable état de la question [pageZiS). » On ne pouvait s'énoncer en termes plus clairs (1).
Mais c'est admettre la distinction dont il s'agit, c'est reconnaître que, de ce que l'homme peut raisonner, c'est-à-dire </rer des conséquences de leurs principes, dans \in ordre de choses qu'il connaît , il ne s'ensuit pas qu'il puisse raisonner aussi dans un ordre de choses qu'il ne coimaît pas. Eh bien! c'est lace que nous soutenons, et ce n'fst pas autre chose. Où est donc ici la contradiction dont on nous
(I) Nous n'avons pas besoin de rappeler ici la confraiiiction manifeste oii cet auteur est tombé par la solution qu'il a (ioiiuée de cette question, qu'il avait si bien posée. Car, ainsi qu'il s'y était engagé [ibid ), d'un côté il a cru avoir (iémontié que, môme dans le cas où la société n'eût enseigné à Vhomme unnine vérité morale et religieuse, il pourrait découvrir par lui-même au moins les pi as élémentaires vérités; et, del'aude côté, il a prouvé cl très-bien prouvé, par le raisonnement et par l'histoire, que celle découverte coûterait à l'homme unv,peine inliuie et qu'elle sevai\lins7i/fisante. Ce qui, en d'autres termes, signi- (ie (]ue, dans le cas posé, l'iiomme peut et ne peut découvrir aucune vérité morale et religieuse, pas même la plus élémentaire. Car ne pouvoir découvrir ces vérités qu'avec une peine intinie et d'une manière insuffisante, c'est ne pouvoir les découvrir aucunement; et en vérité une pareille dé'OMVcrtc n'en est pas une, ,
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accuse, de refuser à l'homuie le jxmroir de tirer des principes leurs conséqtu'nces nécessaires, après laiaroir accordé le pouvoir de se tonner les principes et les idées?
L'exemple qu'on allègue pour prouver noire inconsequeucan'est pas plus heureuseujent choisi. Pour nous, riiomme a, il est vrai, naturel- /e»jen/,c'fst-àdire rhomnie se forn»c lui-méiue, préalablement à toute instruction , par sou intellect agissant, liilée de cause et d'efjet; il a de plus y par le même procédé, le principe : qu'il n'y a pas d'effet SANS CAUSE. Pour uGus, il a , dans l'ordre matériel qui lui est connu par les sens, cette idée et ce principe dès son enfance, ainsi qu'il le donne à voir par tout ce qu'il dit et par tout ce qu'il fait; et il en tire les conséquences nécessaires. Mais suit-il de là que l'homme puisse appliquer cette idée et ce principe aumonde spirituel et moral, — qui est si eu dehors, si au-dessus des sens, — avant que quelqu'un lui en ait révélé l'existence? Tant que celte révélation n'a pas lieu pour lui, l'homme n'a que l'idée de cause et d'effet matériels, il n'a point le principe qu'il n'y a de cause sans ejjct si ce n'est dans l'ordre purement matériel. Or, s'ensuit-il qu'il peut renfermer l'univers dans l'immense conceplion d'un seul effet ; se former la conception plus immense encore que cet univers n'a qu'une seule cause; que cette cause est spirituelle, incorporée, toute-puissante, intinie, éternelle; que cette cause est Dieu, et qu'il peut s'élever a la connaissance toiijours plus immense de l'existence de Dieu.^
Toutes les fois que la philosophie, ancienne et moderne , s^isolant des croyances et des traditions universelles de Vliumanité, a prétendu expliquer par la raison la cause, l'origine du monde, elle n'a abouti qu'à ces trois systèmes : le dualisme, ou le système de la matière aussi éternelle que Dieu même; le panthéissik et I'atomisme (1).
Ainsi que lesemi-rationalisme vient de le reconnaître, ces trois grandes erreurs ont toujours clos les grandes époques de la philosophie. Mais les deux premiers"de ces systèmes sont l'athéisme masqué, et le dernier c'est l'athéisme sans masque. Loin donc qu'en appliquant le principe de causalité au inonde les philosophes ^qui ont mis de côté l'enseignement traditionnel) en aient déduit l'existence du Dieu unique, éternel et incorporel, ils n'eu ont déJuit que l'existence d'un Dieu corporel, coéternel à la matière, d'un Dieu tout, ou d'un Dieu purement nominal; en un mot, iis n'en ont réellement déduit
(I) Celte doctrine , nous l'avons exposée dans nos deux premières conférences sur la création ; elle$ se trouvent au deuxième volume de la liaison phdo ^ophique.
que la non-existence de Dieu. Or, ce que la raison isolée des pliilosophes de tous les temps n'a jamais pu atteindre, quoique éclairée par la tradition de tous les peuples croyant à un Dieu unique, créateur et maître du monde, et quoique riche de toutes les ressources de la science, la raison, telle qu'on la suppose dans la présente discussion, la raison sans Ir.idition, sans enseignemeiït , sans science, la raison n'ajant aucune idée de l'existence d'un monde invisilile et d'êtres vivants sans corps le pourrait-elle? Il faut être semi-rationaliste pour le croire! Car ce sont les docteurs de cette secte qui, ne marchant qu'à l'aide de l'abus des termes^ du vague des idées, de l'absence des principes, de l'ignorance ou de l'oubli le plus complet des simples règles de la logique, confondent tout, n'expliquent rien, et traitent les plus hautes et importantes questions avec une légèreté inouïe!
Celte légèreté les abuse au point de méconnaître ce principe si simple : Qu autre chose est démontrer par la raison une vérité coi.mie, et autre chose est découvrir jmr la raison une vérité dont on n'a pas la moindre idée et qu'on ne sot/pçonne même pas. Dieu est connu par toute l'humanité. La preuve en est que toute l'humanité le nomme et l'invoque. Ceux même qui le nient constatent qu'il est connu. On ne nie pas ce qu'on ne connaît pas. Or, que la raison, connaissant Dieu par la tradition et par la religion, puisse, par des arguments solides en démontrer invinciblement l'existence et les principaux attributs, c'est incontestable. Mais que la raison, telle qu'on la suppose, e/i dehors de tout enseignement et de toute tradition^ que la raison , n'ayant point reçu de la société la moindre idée de Dieu ni du monde spirituel oh il est nécessaire de se transporter pour le trouver, puisse, rien qu'en appliquant an monde matériel le principe de la causalité, connaître Dieu, c'est là ce qui est impossible, c'est lace qui est absurde. Or, que font-ils, les semi-rationalistes? Ils ne distinguentpas les divers états de la raison; ils attribuent à la rais'on, dans tous ses états, nn pouvoir qu'elle n'a que dans un certain état et dans des conditions toutes particulières. Et, de ce qu'en appliquant le principe de causalité au monde la raison a le pouvoir {\& prouver de la manière la plus évidente et la plus certaine l'existence du Dieu qu'elle connaît, ils en concluent qu'elle peut, par l'application du même principe, rfecouvrir aussi le Dieu qu'elle ne coniKÛt d'aucune manière. C'est là la cause de leur erreur et de la guerre insensée qu'ils font au traditionalisme. Oui, insensée^ c'est le mot. Car ce sont eux qui ont laissé tomber de leur plume ces deux grandes paroles qui renferment toute entière l'histoire de la raison humaine : 1° Toute baison est enseignée; 2° L'homme dépourvu de tout enseignement, dénué de