‹ La tradition et les semi-pélagiens de la philosophie: ou, Le semi-rationalisme dévoiléChapitre 18 sur 52 · TOUTE TRADITION EST UN ÈTBKHORS DE SA NATURE, IL EST UN ETRE · texte numérisé non relu

TOUTE TRADITION EST UN ÈTBKHORS DE SA NATURE, IL EST UN ETRE

CHIMÉRIQUE. Or, tout le traditionalisme est dans ces deux paroles , et même il n'est que ces deux paroles. Car soutenir, comme il le fait, que. la foi à renseignement social précède naturellement la raison; que la raison ne raisonne pas des objets du monde spirituel et moral avant que ce monde lui soit enseigné, et que l'enseignement et la tradition sont des conditions naturelles, nécessriires pour que la raison soit la raison et que l'homme soit lliomme, c'est soutenir, c'est répéter ni plus ni moins que toute raison est enseignée, et que \ homme dépounnt de tout enseignement et dénué de toute tradition est un être hors de sa nature, un être chimérique.XoWh donc, dans la guerre contre le traditionalisme, le semi-rationalisme ne combattant qu'une doctrine dont il professe les principes, dont il reconnaît et proclame tout haut l'évidence et la vérité. Or, rien n'est plus insensé que cela. iMais, preuves de son inconséquence et de sa folie, ces mêmes rt siennes paroles sont encore deux témoins impitoyables de son injustice. Ainsi il est en même temps un criminel condamné par ses propres aveux et un ennemi achevé par ses propres armes.

CISQUIÈ-ME ACCfSATION.

LA RÉTÉLATIOS QCE LES TBXPmONALISTES ADMETTENT COMME DEVANT NÉCESSAUiE- IIENT PRÉCÉDER LA RAISON ET QU'iLS APPELLENT •■ NATURELLE » n'eST, Af FOND, ET SE PEIT ÊTRE QUE UA RÉVÉLATION • SCRSATCKELLE. »

§ 43. Étrange thèse établie par le semi-rationalisme : n Que toute révéla- « iion n'est que la révélation surnaturelle de la foi, et ne peut être crue « que d'une foi divine. » Ignorance de la théologie qu'il montre dans celle démonstration. Preuve <le Vexistence d'une révélation purement « naturelle, » ente d'une foi purement « humaine. » Le semi-rationalisme professant lui aussi cette même doctrine.

Restait debout l'accusation contre la tradition de vouloir annuler les motifs de crédibilité et les préambules rfe /o/o/, que le semi-rationalisme avait formulée; or, il vient de la mettre lui-même au néant, par une sorte d'ordonnance de non-lieu. Car, avec toute la mauvaise grâce qu'un débiteur met à s'exécuter en présence de l'huissier, il vient d'annoncer qu'à la suite d'une longue discussion un grand changement s'est opéré au sein de l'école traditionaliste, et qiCelle a renié presque toutes les doctrines contraires à une saine théologie. Il a même poussé la générosité jusqu'au point de reconnaître qu'accablés par le poids de l'autorité des plus grands théologiens, qu'il a opposés aux traditionalistes, ces derniers ont enfin fait bon marché de la nécessité (qu'il n'ont jamais soutenue) d'une RÊVÉ-

LATIOiX SURNATURELLE ET DELA FOF , pour que l'homme arrioe à la connaiasance de ^existence de Dieu et de plusieurs autres vérités de l'ordre religieux et moral. « D'après les dernières ex- « plications, n-t-il ajouté, cette révélation et cette tradition [que les « traditionalistes défendent) s^raxenX purement naturelles. lia fallu « en venir là lorsque la polémique vive des adversaires [qui n'y a été » pour rien) a placé le traditionalisme daris l'alternative d'une oppo- » sitiou formelle {on a vaque ce ii'est que de la poésie) à une doctrine « constante en théologie ou de la modification de ses principes [qui « sont restés toujours les mêmes). »

Mais, ne voulant pas renoncera son habitude de chicaner, pour satisfaire son instinct de calomnier, tout en reconnaissant qu'à la vérité la révélation que les traditionalistes invoquent comme devant précéder la raison n'est qu'une révélation naturelle , il ne leur conteste pas moins le droit d'invoquer cette révélation naturelle. Car voici dans quels termes il continue cette insolente diatribe . « Riais la « situation du traditionalisme n'en est devenue que plus critique et « plus périlleuse. Une tradition naturelle des vérités fondamentales « de l'ordre religieux et moral suppose, dans le nouveau système, une <v révélation naturelle de ces mêmes vérités. Mais qu'est-ce qu'une « révélation naturelle? » Et là-dessus il se met à démontrer qu'il n'y a pas de révélation naturelle à laquelle on puisse croire d'une foi naturelle; qu'il n'y a qu'une seule révélation, la révélation théologique, qui appartient à un ordre surnaturel et gratuit, à laquelle on croit d'une foi divine dont l'Église est dépositaire. Il en conclut de deux choses l'une, ou que le traditionalisme, en se fondant sur le principe d'iwje révélation ci ù' une foi naturelles , ne repose sur rien, ou qu'il fait de la révélation divine surnaturelle et gratuite la base de la raison naturelle, ce qui est absurde.

Nous n'avons pas le courage de réfuter en détail cette longue et étrange démonstration, qui \\q démontre ^wixe. chose qu'un parti pris de chercher querelle, par tous les moyens, à de vrais catholiques, une' grande envie d'avoir raison là où l'on a évidemment tort et une obstination avaigle contre une vérité évidente, contre toutes les nolions reçues, contre tous les principes de la science, contre le fait le plus universel j le plus constant, le plus lumineux de l'humanité. Il nous est pénible, particulièrement à cause de l'écrivain estimable qui s'en est fait l'organe, de soumettre celte prétendue démonstration au scalpel impitoyable de la logique, pour y faire resortir la fausseté des définitions (1), le vague des idées, l'arbitraire des suppositions,

(1) La révéialion divine se définit géuc'ralcment l'action extérieure de Dieu, ou

l'abus des principes, l'absurdité des conséquences, le luxe enfin des contradictions et des sopbismes qu'elle renferme. Un écolier serait bonteux d'y apposer sou nom ; et elle porte un nom qui commande le respect ! C'est à ne pas y croire. On ne peut pas y reconnaître ce savant qui a écrit plus loin tant de pages éloquentes, si riches par le fond , si belles par la forme , où il a vraiment et victorieusement démontré la nécessité de la révélation; où de la main puissante du tbéologien il a démoli lui-même, comme on va le voir, ce qu'il avait bâti contre la tradition de la faible main du sophiste. Nous ne ferons donc, sur cette démonstration, que les remarques strictement nécessaires dans l'intérêt de notre cause. Dans tous les traités de lafoi^ les théologiens commencent toujours

l'actioD extrinsèque à Dieu , par laquelle Dieu manifeste aux créatures inteliigenles ce qu'il a dans son esprit ; Aclio Dei e\tf.una, sive Deo extrinsec\, qua denuntiat creatuhs intellecfivis ea quae habet i;j mente. Or, il est évident que es mots extérieur et extrinsèque de celle défuiition n'ont qu'un sens subjectif, se rapportant à Dieu, qui révèle, et non pas un sens objectif, se rapportant à la créature, qui reçoit la révélation. Ces mots n'y sont employés que pour indiquer que la révélation n"est pas une des actions ad infra,mah ime desactions ad extra de la nature divine ; mais ils ne signifient pas du tout qui la révélation divine est une manifestation essentiellement extérieure et sensible par rapport à l'homme qui en est l'objet. Deiis, remarque l'Antoine {Defide, sec. M: , proprie recelât et loquitur, non solumcum perse, tel per angelum aui hominem, vocibus liumar.is aut signis utitur ad manifestandani aliquam ventatem, sed etiam cum, perse, mysterii aliciijus cognitionem imprimit hesii prophétie . Eu sorte que, pour n'avoir rien d'extérieur et de sensible, cette impression immédiate de la connaissance d'un mystère que Dieu fait à l'esprit du prophète, aus&i bien qne toutes les manifestations que Dieu fait directement à l'esprit des Saints, sans rien faire entendre à leur oreille, n'en sont pas moins des révélations véritables, que le prophète et les Saints peuvent croire d'une foi divine. Ce sont des notions élémentaires en théologie. Or, l'auteur de la démonstration dont il s'agit, ayant trouvé les mots externa et intriuseca dans la delinition de la révélation, les a pris au sens objectif, comme se rapportant à Tliomme; et, sans se douter de son erreur, il a dit et répété plusieurs fois que toute révélation divine, à l'exception de la révélation de la raison, n"e»t qu'une manifestalion que Dieu fait à Vextérieur de l'homme par des signes sensibles, ou la cognition d'une vérité divine, qui arrive à l'homme sensiblement du dehors. Cest peut-être une distraction; mais c'est une distraction bien singulière lorsqu'on est théologien. Or, toutes les déHnitions qui abondent dans cette argumentation ont la même exactitude, la même précision, la même force et la même vérité, ainsi que les applications qu'on en fait et les conséquences qu'on en déduit, c'est au point de donner raison aux mauvaises langues qui disent qu'enseigner une science ce n'est pas toujours une preuve certaùi^ qu'on la coimaisse !

par définir la révélation : « une action par laquelle tout êtreintelli- « gent manifeste à un aulre être intelligent les actes intérieurs de « son esprit et de sa volonté ; Revelatio est actio qua ens intelledi- « vum actus suos internas mentis et voluntatis manifestât alteri enti « intelligenti. Et ce n'est qu'après avoir posé cette définition de la révélation en général qn^Ws en viennent à la définition particulière de la révélation divine qu'on vient de lire. Donc, pour les thélogiens, outre la révélation divine^ il y a des révélations angéliques ou humaines ; et ce n'est pas abuser du mot, mais c'est parler le langage reçu dans les écoles que d'appeler « révélation » toute manifestation de ses actes intérieurs qu'un esprit fait à un autre esprit, que tout homme fait à un autre homme. Pourquoi donc les traditionalistes auraientils tort d'admettre ce que tous les théologiens admettent, une révélation naturelle et humaine, distincte de la révélation surnaturelle et divine? Pourquoi auraient-ils tort d'appeler « révélation » les manifestations de leurs pensées et de leurs volontés que les parents font à leurs enfants.' Pourquoi auraient-ils tort enfin de dire que l'enfant n'apprend que par la révélation domestique le langage et les notions du monde spirituel et invisible? Il est donc faux qu'il n'y a d'autre révélation que la révélation théologique, divine, sacrée, biblique, ecclésiastique. Il est faux que la révélation domestique se rattache à cette révélation essentiellement surnaturelle, et que les tradionalistes, en disant que la raison ne se forme, en partie,, que par la révélation^ admettent la nécessité de la révélation supernaturelle et divine pour la formation de la raison,ainsi que l'impossibilité d'avoir la moindre notion de Dieu autrement que par une lumière surnaturelle. Et par conséquent il est faux, enfin, que le traditionalisme, ainsi qu'on le lui reproche, établit la priorité logique de la foi surnaturelle à la raison naturelle ; qu'il confond, absorbe et identifie l'un dans Vautre l'ordre surnaturel et ï ordre naturel^ la foi et la raison, la philosophie et la théologie. Ces conséquences de la doctrine traditionaliste n'existent que dans le cerveau délabré des semi-rationalistes, qui la combattent sans vouloir la connaître. Jamais on n'a fait des imputations plus gratuites et plus niaises à ses adversaires !

L'auteur qui nous attribue de pareilles extravagances n'a-t-il pas mille fois répété dans tous ses ouvrages, ne répète-t-il pas toujours que les idées que Dieu donne directement à l'âme humaine en la créant et qui forment le fond de la raison sont une véritable révélationi mais naturelle (sic)? Seulement, par cette, théorie, empruntée à INIalebranche, et qui est la base de l'illuminisme, du protestantisme et du fanatisme, il admet que l'âme reçoit directement de Dieu les idées ; et le traditionalisme, en suivant saint Thomas, admet, ce qui est plus

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rnisonnable, plus sûr et plus conforme à la dignité de l'âme, que l'àme, dans sa création, ne reçoit de Dieu que la puissance de se former les idées, et non les idées elles-mêmes ; que, comme elle ne connaît le monde corporel que par la révélation des sens, de même elle ne connaît le monde spirituel que par la révélation de renseignement; et que c'est à la suite de cette double révélation qu'elle se forme les idées des objets de ces deux monJes. Ainsi l'auteur que nous réfutons admet, lui aussi, en propres termes, que la raison se forme par une véritable révélation, mais naturelle. Pourquoi donc serait-il permis à cet auteur de fjire usage des mots révélation naturelle en expliquant une théorie fantastique , et ne serait-il pas permis aux traditionalistes de faire usage des mêmes mots en expliquant une théorie fondée sur la vérité des faits?

Il est vrai que l'auteur a paru rétracter cette expression, a II est « bien regrettable, nous dit-il, que des matières si importantes aient n été embrouillées de nos jours d'une manière si confuse (mais c'est

• par l'ignorance du semi-rationalisme, si ce n'est point par sa ma- « lice}. rSous-mômes nous nous sommes servi quelquefois [\om\o\i- « liez dire toujours) du mot révélation naturelle , intérieure et exté- « rieure à la fois, pour expliquer Vorigine de la pensée et de la " parole. Des études plus approfondies ont amené dans notre opinion « les modifications dont cet ouvrage témoigne. » Eli bien, le même ouvrage où se trouve ce correctif témoigne tout le contraire. Voici ce qu'il y est dit en toutes lettres et du ton le plus afflrmatif et le plus tranchant : « IL iN'Y A DE RÉVÉL VÏIO.N NATURELLE QUE LA « RAISON ELLE-MÊME. Mais on ne peut l'appeler révélation que « d'une manière impropre et par une sorte d'abus de langage qu'il « faut éviter soiiineusementaujourdbui. Or, c'est précisément cette rc- « vétation intérietire de la raison que les traditionalistes nient (et ils « ont raison, car c'est l'illuminisme) pour lui substituer une révélation n positive qui se réduit à rien. » Et là-dessus d'entonner l'hymne de la victoire en ces termes : « Ou bien cette révélation est la révéla- « tion surnaturelle, et alors toutes les conséquences, tous les incon- « vénients, tous les dangers du traditionalisme absolu reviennent, et « l'incompatibilité d'un pareil système avec les doctrines certaines de « la théologie est palpable. Ou bien cette révélation est la raison elleo même, et alors le traditionalisme s'avoue vaincu, puisqu'il ne s'est

• nnwéqnt pour déprécier cette raiionq\.ù triomphe de ses vaines atia- « ques. Se mettre en opposition avec la théologie catholique, ou bien ne n rien dire de plus ni de moins que leurs adversaires catholiques, « telle est l'alternative qui reste aux traditionalistes modérés. •

Ou le voit donc, pour cet auteur, la raison est toujours une révéla-

tien naturelle, et tout en disant que c'est par un abus de langage qu'il a gratifié la raison de ce titre glorieux, il n'en persiste pas moins à dire qu'il n'y a de révélation naturelle que la rahon. Il n'en répète pas moins, en vingt endroits de l'ouvrage, la même expression; c'est même là tout sou système sur l'origine des idées. Ainsi Vouvrage ne témoigne pas le moins du inonde que des études plus approfondies aient amené sur ce sujet la moindre rnodificntion dans son opinion.

A part ce oui et non dans le même ouvrage et dans la même phrase, que nous aimons à attribuer à un défaut de mémoire, le passage qu'on vient de lire ne porte que sur un sophisme. L'autpur y suppose vrai ce qui non-seulement n'est point vi-ai du tout, mais ce qui est affirmé faux par lui-même. Il suppose vrai que la révélation extérieure n'est que la révélation surnaturelle et théologique et qu'il n'y a d'autre révélation naturelle que celle de la raison. Tandis que, outre la révélation surnaturelle Ihéologique, qui est une vérité dont l'Église garde le dépôt, et larérélation naturelle de la raison, qui est une erreur que l'Église a condamnée dans les ouvrages de îMalebranche, il y a une révélation naturelle humaine, qui forme l'héritage de l'humanité. C'est la manifestation de l'existence du monde des esprits et des devoirs, que toute mère fait à son enfant, et qui est une révélation véritable, mais naturelle. Elle est telle d'abord parce[qu'elle a lieu même chez les peuples étrangers à la révélation positive et surnaturelle du christianisme, puis ensuite parce qu'elle aide au développement de la raison ainsi qu'à placer la raison dans ses conditions naturelles.

Du reste, cette révélation naturelle est, encore une fois, admise, comme existant partout, par le même auteur, qui l'a niée ci-dessus d'un ton si tranchant. « Dans cette recherche, at-ildit, il ne peutêtreques- « tionde l'homme isolé de la société, dépourvu de tout enseignement, «dénué de toute /racfJ//o». L'homme ainsi dépouillé serait un être « hoi's de sa nattire, un être chimérique. « Donc, pour notre adversaire, en dehors de V enseignement et des traditions du christianisme, qui ne se trouvent que dans les sociétés chrétiennes, tout honune reçoit dans toutes les sociétés un enseignement et des traditions, c'est-à-dire une véritable révélation qui en fait l'homme dans sa nature et dans sa réalité, l'homme naturel. Voilà donc notre adversaire admettant, lui aussi, le fait d'une révélation, et s'avouant vaincu, pidsqu'il ne s" est armé que pour déprécier cette révélation qui triomphe de ses vaines attaques.

Ainsi encore la condition des traditionalistes modérés n'est pas aussi malheureuse qu'on veut le faire croire. Ils ne sont nullement dans V alternative ou dese mettre en opposition arec la théologie catholique, ou bien de n'en dire ni déplus ni de moins que leurs adversai-

re» calholiques. D'une part, ils ne disent pas le moins du monde ce que leurs adversaires catholiques disent et répètent avec tant de légèreté : Que la raison est une révélation naturelle; et d'autre part, ils ne placent pas dans la révélation surnaturelle l'origine de fa raison. Il leur reste donc une troisième chose à dire, et que leurs adversaires catholiques même sont obligés d'admettre : c'est qu'en dehors de tout cela il existe dans toute société humaine un enseignement et une tradition, aidant à placer l'homme dans sa nature, et qui est une véritable révélation naturelle.

§ 44. Suite du même sujet. Rë/ulation de Vaffirmation du semi-rationalisme : « Qu'une révélation purement naturelle est une Nouteaité. » Des parents même non chrétiens révèlent à leurs enfants le monde spirituel, et cette révélation, de leur part, « est naturelle. » La révélation de la religion « surnaturelle » que les parents chrétiens font à leur fis n'en est pas moins, en ménie temps, une révéla/ion « naturelle. » Le semi-ra/ionaliime reconnaif, lui aussi , dans les termes les plus explicites, la même théorie. Nouvelle injustice , de sa part , d'en vouloir toujours aux traditionalistes pour de prétendues erreurs que, d'après ses jtropres aveux, ils ne soutiennent pas.

« Une révélation naturelle, a dit le même critique, est une NOU- « VEAUTÉ. » Et cependant c'est encore lui qui a dit ceci : « L'homme « a possédé une religion pure et divine par le fait même de sa créa- « tion. Il n'a donc pas été un seul instant sans lumière et sans loi ; « il n'a pas eu à chercher, à trouver, à fonder une rtligion naturelle. « Plus tard^ les vérités naturelles, oubliées ou altérées par les honmies, « ont été rétablies et promulguées par une révélation positive. » Le voilà donc, ce critique, di.stinguant lui aussi, en propres termes, la révélation naturelle de la révélation positive, pour admettre l'une et l'autre comme existant dès la plus haute antiquité. Comment donc la révélation naturelle des traditionalistes serait-elle une nouveauté?

Encore, tous les théologiens ne distinguent-ils pas les trois états différents de la vraie religion en loi de nature, en loi écrUe et en loi e'faHjcV/çjiÊ'? N'appellent-ils pas constamment la religion, au premier de ces états, religion 7ja/ure//e et révélation naturelle? Pourquoi doue ces mots, consacrés par l'usage de tous les théologiens, en passant par la bouche des traditionalistes, deviendraient-ils une nouveauté scandaleuse, contraire à l'enseignement de la théologie?

Il est vrai que, sous les noms loi naturelle, religion naturelle les théologiens entendent parler aussi de la révélation surnaturelle, divine, gratuite, que Dieu fit directement au premier homme; révélation qui, parle langage etla tradilion, s'est répandue et établiedans le monde et

qui plus tard, ayant été corrompue, altérée par les hommes, 'ne s'est conservée dans sa pureté et dans son intégrité que par les révélations positives, dont le dépôt, avant la venue du Messie, fut confié aux patriarches et à la Synagogue, puis après la venue du Messie à l'Église.

Il est vrai aussi que, même après les profondes altérations ou ^\\.\loi \ts diminutions , comme s'exprime le prophète (DimincTjï; simt veritates a filiis hominum (Psal.) , qu'elle a .subies chez différentes nations, elle est restée toujours et partout la même, au moins quant à ses articles fondamentaux., comme le patrimoine inaliénable de l'humanité. En sorte qu'il n'y a jamais eu, nulle part, de société et même de famille qui, par le moyen du langage et par l'enseignement, n'aient pu transmettre, à tout individu qui y a été élevé, les notions d'un Dieu créateur et maître de l'homme, de la spiritualité de l'âme, de la vie future et d'une loi divine, comme règle des actions humaines. Mais toujours est-il que, chez les peuples oli cette révélation n'a été ou n'est transmise qu'en dehors de l'action divine de la Synagogue ou de TÉglise, elle n'avait plus, elle n'a plus ses caractères divins d'intégrité, d'uniformité, de vérité et de certitude qu'elle eut au commencement et qu'elle a conservés, qu'elle conserve toujours dans les sociétés religieuses où Dieu en a établi le dépôt et qu'il a chargées de l'enseigner au reste des hommes. Toujours est-il que, chez ces peuples, elle ne se trouve plus qu'à l'état de tradition et d'enseignement humain. Précieux reflets, augustes débris de la révélation divine surnaturelle que Dieu lit, dès l'origine, au genre humain, les vérités fondamentales de l'ordre religieux que la tradition a transmises à ces peuples ne sont pas plus la révélation divine surnaturelle théologique que les pâles lueurs de la nuit ne sont la lumière du jour, ou les ruines d'un édifice l'édifice lui-même.

Or, ces vérités sont insuffisantes par elles seules à faire le salut de l'homme, à cause des erreurs auxquelles bien souvent elles se trouvent mêlées; mais elles sont suffisantes pour révéler à l'homme l'existence du monde spirituel, pour l'aider à s'en former les idées, et par là à compléter sa raison. Et ce sont elles que tout homme rencontre dans la société où il naît; ce sont elles que l'enseignement domestique lui transmet, ce sont elles enfin que le traditionalisme appelle une révélation naturelle, une tradition humaine.

Pour former et développer sa raison naturelle, la seule chose dont l'homme a besoin, c'est que quelqu'un lui révèle l'existence du monde spirituel en même temps que les sens lui révèlent l'existence du monde corporel. Et, comme toute mère raisonnant, ou toute mère dont la raison s'est formée dans la société, ne frtt-elle pas chrétienne, connaît le monde spirituel, et que c'est elle, ou son mari, ou bien un

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mattre qui le rtvcit- .1 son enflint, nous disons que la raison de riiomme se forme aussi par une révélation naturelle. Quoi de plus simple, de plus raisonnable et de plus vrai?

Dans la fureur aveugle de nous attaquer, on ne voit pas ou on fait semblant de ne pas voir deux faits dont la réalité évidente saute aux yeux de tout homme qui réfléchit sans passion : 1° qu'une société d'hommes n'ayant aucune notion du monde spirituel et moral ne saurait exister trois jours , et que même on ne pourrait la comprendre; 2° que l'homme n'ayant aucune notion du même monde et par conséquent n'ayant aucune idée des choses spirituelles et morales n'aurait pas la raison en acte, ou la raison développée et complète, qu'alors il ne serait pas même l'homme. En preuve dequoi , l'homme à qui l'on pardonne tout et à qui l'on n'impute rien à crime, c'est l'homme qui n'a pas encore les notions du monde des esprits et des devoirs, et dont par conséquent on dit : « Il n'a pas la raison. » La connaissance du monde spirituel est donc très-naturelle à l'homme, aussi bien qu'à la société ; car rien n'est plus naturel à l'être que ce qui lui est absolument nécessaire pour être ce qu'il doit naturellement être.

L'état de pure nature est possible. En créant l'homme. Dieu n'était pas obligé de le destiner à l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire. Mais dans l'état de pure nature même Dieu ne devait pas moins se révéler lui-même à l'homme, il ne devait pas moins lui révéler qu'il avait une âme spirituelle et libre; il ne devait pas moins lui révéler certains devoirs pour règle de liberté. L'ayant créé être intelligent et libre, Dieu devait lui faire connaître tout ce qu'il devait savoir pour le développement de son intelligence et pour la règle de ses actions.

C'est par accident, per accidens, qu'ayant voulu, par sa bonté, destiner l'homme à l'ordre surnaturel de la grâce et de la gloire, Dieu, en le créant, lui révéla en même temps le monde spirituel et moral de l'ordre purement naturel et le monde spirituel et moral de l'ordre surnaturel. Et c'est aussi par accident que les parents et les maîtres chrétiens révèlent à l'homme enfant le monde spirituel et moral de ce double ordre. !Mais de ce que, formés à l'école de l'Église et premiers ministres, en quelque sorte, de l'Église, les parents et les maîtres chrétiens révèlent à l'enfant tout ce qu'il doit savoir pour être, lui aussi, chrétien^ il ne s'ensuit pas qu'ils ne lui révèlent pas aussi ce qu'il doit savoir pour être homme. Cette révélation, pour être la révélation des dogmes augustes et des grands devoirs du christianisme, n'en est pas moins la révélation des premiers dogmes et des premiers devoirs de la nature humaine. Cette révélation, pour comprendre tout ce qui éclaire la foi, ne comprend pas moins tout ce qui forme laroj-

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son, et sous ce rapport, pour être surnaturelle, elle n'en est pas moins rigoureusement naturelle en même temps.

L'auteur à qui nous avons affaire en ce moment a dit encore : « Nous supposons la raison dans les conditions naturelles de son déve- « loppement. Or, ce développement peut être plus ou moins complet. « Les idées, les principes peuvent être plus ou moins confus, ohscurs, « enveloppés. Du sauvage à l'homme civilisé la dislance est grande. « Au sein même de la civilisation , elle ne l'est pas moins de l'enfant « à l'homme fait, de l'homme inculte à l'homme instruit, du pûtre au « philosophe. Il y a une différence immense entre des hommes qui « ont trouvé autour de leur berceau une tradition pure, une religion « sainte, un enseignement digne de Dieu, digne de l'homme, et ceux « qui n'ont reçu que des doctrines grossières, erronées, dégradantes. « Qui pourrait comparer le sort de l'enfant chrétien à celui du petit « infortuné enveloppé, dès son premier jour, des erreurs du poly- « théisme et des plus honteuses superstitions ? « Or, qu'est-ce que cela signifie? si ce n'est que les conditions naturelles du développement plus ou moins complet de la raison dépendent des traditions que r/jomme rencontre autour de son berceau et des révélations de lumière ou de ténèbres dont il se trouve enveloppé dés son premier jour. Qu'est-ce que cela signifie? si ce n'est que la révélation que tout homme reçoit des auteurs de ses jours, qu'elle soit unie à la révélation surnaturelle, comme il arrive dans les familles chrétiennes, ou qu'elle en soit séparée, comme il arrive dans les familles infidèles, est avant tout et toujours une révélation naturelle, puisqu'elle forme toujours l'homme naturel en formant ou en ne formant pas l'homme chrétien. Qu'est-ce que cela signifie? sinon que ces deux espèces de révélations sont des choses bien distinctes entre elles, puisque si, parfois, l'une se donne conjointement avec l'autre, le plus souvent l'une se donne sans l'autre; et qu'indépendamment de la révélation surnaturelle, divine, théologique, qui, par l'enseignement domestique, se transmet et se perpétue dans toute société chrétienne, il existe une révélation naturelle humaine^, nous dirions presque philosophique, qui, par le même moyen, se transmet et se perpétue dans toute l'humanité. INier cela, c'est nier l'histoire du genre humain. Nous ne nous exl)liquons donc pas comment des hommes de sens, de talent et de savoir ont pu s'oublier au point de dire que toute révélation est essentiellement surnaturelle et divine; qu'il n"7j a pas de révélation naturelle, et que ces mots sont une nouveauté dans la science et ne reposent sur rien.

Mais voici quelque chose de plus explicite. Plus loin, le même auteur a dit : « Vous comprenez que quand nous parlons de croyance

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a et d'autorité nous ne pouvons désigner par ces mots, au point où « nous sommes, qu'une croyance et une autorité humaine; la foi « théologique et catholique, Vautorité divine de l'Eglise restent en <• de)iorsdes faits que nous voulons étudier aujourd'hui. » Ainsi pour notre adversaire il peut exister uu^ tradition, tt par là même une révélation en dehors de la foi théologiqiœ et catholique, en dehors de Vautorité divine de F Église, n'ayant droit qu'à une croyance humaine. Comment donc serait-il impossible au traditionalisme d'admettre une tradition , une révélation, à moins qu'elle ne soit la révélation théologique surnaturelle , provenant de Cautoriié divine de l'Eglise?

Le savant semi-rationaliste ajoute encore : « Une révélation ex* « térieure et surnaturelle a sans doute existé dès l'origine de l'homme, « et sa lumière plus ou moins obscurcie se trouve dans la tradition « humaine. Ce n'est pas nous qui nierons cette vérité capitale. » Voilà donc le serai-rationalisme admettant, en propres termes, une tradition humaine, ou une révélation naturelle, résultant des débris delà tradition et de la révélation surnaturelle, et par conséquent bien distincte de cette révélation et de cette tradition surnaturelle ; c'est-àdire admettant lui-même ce que, selon lui , ce serait pour nous une impossibilité et un crime dadmettre. Quand on veut réfuter un système, il faut au moins avoir la mémoire de ce qu'on a dit en sa faveur, pour ne pas se trouver en contradiction avec soi-même. Du reste, comme on a dû le remarqupr jusqu'ici , et on le remarquera encore dans la suite, l'une des choses les plus singulières, dans la présente discussion, c'est de voir le semi-rationalisme ne pouvoir faire un pas sans se trouver face à face avec la Tradition ; sans être subjugué par sa lumière, et forcé de lui rendre hommage, de la confesser, tout en se présentant devant elle pour la combattre !

Au même endroit notre adversaire continue : « Toutes les idées naw. « sent dans Venfant de l'action des objets , de son rapport inmiédiat « avec eux, de son attention dirigée sur eux par sa propre activité et « par les soins de ceux qui l'élèvent. » Mais c'est encore là toute la doctrine du traditionalisme résumée exactement en quelques mots. Car, selon nous aussi, \' activité propre a l'esprit humain n'est que dans la faculté de Vintellect agissant, par laquelle il se forme les idées des êtres corporels, dont les sens lui présentent les fantômes, et les idées des êtres spirituels et moraux , dont l'existence et les particuliers lui sont révélés par fe5 soins de ceux qui l'étévent. Seulementcelle doctrine du traditionalisme, on la comprend bien, car elle est très-précise et très-claire, tandis que la doctrine renfermée dans les lignes qu'on vient de lire est vague, obscure, et, hors du sens que nous lui donnons,

elle n'a pas de sens et ne se comprend pas . Mais ce qui est impayable dans ces lignes, c'est la phrase : Et par les soins de ceux qui rélèvent. Car dire qu'une partie des idées naissent dans l'enfant par les soins DE CEUX QUI l'élèvent, u'est-cc pas admettre que l'enfant doit une partie de ses idées à l'enseignement et à la tkadition de ceux qui relèvent? Et puisque, par cet enseignement et par cette tradition, ceux qui élèvent Penfant ne font que lui manifester leurs pensées et leurs volontés, voilà bien une véritable révélation. En outre, puisque cette révélation n'est relative qu'aux idées qui ï^kïsskist dans l'enfant, c'est-à-dire aux idées premières, qui forment sa raison ou mettent sa raison dans les conditions naturelles de son développement , elle n'a rien de surnaturel., rien de théologique' et de divin ; mais c'est tout bonnement une révélation aidant la raison à se placer dans son état naturel, une révélation naturelle. Voilà donc notre auteur devenu traditionaliste et admettant, lui aussi, pour l'une des conditions de la formation de la raison naturelle, cette révélation naturelle dont il se montre si scandalisé et si effrayé lorsqu'elle est formulée par les traditionalistes !

Se laissant aller à toute la colère de son zèle désolé, le même auteur nous a encore adressé ce violent reproche : « La révélation natua relie ne repose donc sur n'en; et c'est pour introduire une opinion a qui n'est pas justifiée, une opinion /awsse que les traditionalistes « bouleversent et embrouillent le langage et les notions théologiques, « au risque de faire le chaos dans la science et dans la pensée. » Or^ on vient de voir que la révélation\ naturelle repose, au contraire , sur quelque chose , et que ce quelque chose est bien réel, est bien solide; car c'est un fait, et le fait le plus constant et le plus universel de l'humanité. Ce n'est donc pas nous qui introduisons une opinion qui n'est pas justifiée , une opinion fausse; mais c'est le semi-rationalisme qui , avec un acharnement non justifié , attaque et combat une opinion vraie. Ce n'est pas nous qui bouleversons et embrouillons le langage et les notions théologiques ; mais c'est le semirationalisme qui, vrai semi-pélagianisme de la philosophie, abuse impudemment des yiotions théologiques, qu'il comprend peu, et du langage philosophique, qu'il ne comprend point du tout, et qui a vraimentfait le chaos dans la théologie et dans la philosophie. Qu'il nous soit donc permis, en le parodiant, de lui dire à notre tour : « On le voit donc , « les preuves du semi-rationalisme roulent toutes sur l'équivoque. II « sufOt de distinguer les divers sens des propositions qu'il met en « avant comme des preuves pour leur ôter toute force. Allez au fond « des spéculations de l'école semi-rationaliste, vous n'y trouverez que « le grand fait de la tradition et de la révélation extérieure aidant à

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« former la raison mal comprises et mal présentées. » Ce qui est en méine temps profondément regrettable et évidemment injuste.

Voici enlin le même reproche formulé d'une autre manière par le même critique et avec une légèreté inexplicable de la part d'un savant si distingué: « La révélation que le traditionalisme invoque et prend « pour point de départ est la révélation théologique et surnaturelle , « puisqu'il a pris le mot « Révélation » dans son acception ordinaire , « tel qu'il est reçu dans les écoles, sans distinguer une révélation na- « turelie de la révélation surnaturelle. Cette différence a été faite « plus tard. ISous sommes donc dans la vérité historique en leur at- « tribuant la doctrine qui place dans la récélation surnaturelle l'o- « riyine de la raison. « Cette accusation contre le traditionalisme est du moins nettement formulée ! Heureusement il n'y est pas un seul mot de vrai; il n'y est pas un seul mot qui ne soit une calomnie. Le traditionalisme a bien pris le mot « Révélation » dans son acception ordinaire, tel qu'il est reçu dans les ëcofes. Mais, dans VacceptioH ordinaire de ce mot, tel qu'il est reçu dans les écoles, toute manifestation de ses pensées et de ses volontés qu'un être intelligent fait à un autre être intelligent est une révélation. Si dans les écoles des semirationalistes le mot « Révélation » ne signitle que la révélation théologique et surnaturelle , il fallait en avertir toutes les autres écoles, et leur faire sentir leur erreur de prendre ce mot dans un sens plus général|et plus étendu. Et, dans tous les cas, les traditionalistes ne sont pas à réprimander d'avoir ignoré ce que toutes les écoles ignorent, celles des semi-rationalistes exceptées. Donc de ce que les traditionalistes disent que la révélation est pour quelque chose dans la formation de la raison il ne s'ensuit nullement (\\x'\\s placent dans la révélation surnaturelle l'origine de la raison.

Mais « c'est plus tard quits ont distingué la révélation naturelle de la révélation surnaturelle. » La chose serait vraie, qu'on n'aurait pas le droit de leur en faire un reproche. I/Éslise elle-même n'a-t-elle pas introduit bien tard certaines distinctions de mots, c'est-à-dire lorsqu'elle y a été obligée par l'esprit de chicane et par la mauvaise foi des hérétiques ? Mais de ce qu'elle a adopté ;:;/m5 tard de nouveaux mots s'ensuit-il qu'elle a plus tard changé sa doctrine.' Si le traditianalisme n'avait donc fait que plus tard cette différence, c'est-à-dire depuis que le semi-rationalisme a osé lui attribuer l'énorme extravagance de placer dans la révélation surnaturelle l'origine de la raison, cela n'aurait rien d'étonnant, et cela ne prouverait guère qui! ait changé de principes. Mais le fait est que la chose est évidemment fausse. A commencer par M. de Bonald, qu'on a tant tracassé sur ce point, au sujet duquel il était dans le vrai , tous les écrivains de l'é-

cole de la Tradition, en parlant de la révélation qui précède la formation de la raison, ont, ûans tous leurs ouvrages, toujours employé les expressions : = Révélation primitive, =r Révélation domestique^ r= Révélation sociale , = R.évélation universelle, qui, par le langaj^e et la tradition, s'est répandue par le monde et s'est établie dans toute l'huiiianité, r= Révélation aus«i nécessaire et naturelle à l'homme pour raisonner que la lumière lui est nécessaire pour voir.

Il y a bien des années que M. Bonnetty a dit ceci : « M. F... peut « faire prendre le change à ses lecteurs par un 7not ambigu, en disant « que les traditionalistes soutiennent que toute notion vient à l'homme « par révélation. Les traditionalistes entendent par le mot révéla- « iion l'enseignemeiNT, qui est une RÉVÉLATION NATURELLE, « faite par un moyen naturel, la parole {Annales, etc., tom. Yll, sé- « rie IV, pag. 109). « On ne pouyaiLitre plus explicite.

Or, par de pareilles expressions, les auteurs traditionalistes n'ontils pas distingué depuis trente ans et ne distinguent-ils pas toujours de la manière la plus nette, la plus formelle et la plus précise la révélation ?ia(fM?'e//e de la révélation surnaturelle? Voilà comment il est vrai que cette différence n'a été faite par eux que plus tard , pour échapper à une condamnation et couvrir leur défaite! Le semi-rationalisme n'est donc pas fondé à dire : Nous sommes donc dans la vérité historique en attribuant aux traditionalistes la doctrine qui place dans la révélation surnaturelle l'origine de la raison. Non , messieurs, vous n'êtes pas dans la vérité, mais dans le mensonge historique, en nous attribuant cette doctrine, qu'aucun de nous n'a jamais soutenue !

C'est à nous au contraire de dire que cette accusation de votre part n'a été imaginée que plus tard, lorsque vous vous êtes convaincus que toutes les autres n'étaient pas sérieuses et n'auraient abouti à rien; car c'est tout récemment que cette accusation a été mise en avant pour la première fois. C'est à nous de dire : nous sommes donc dam la vérité historique en attribuant à votre mauvais vouloir la calomnie que vous nous attribuez.

Mais, plus tard, autantque vous le voulez, les traditionalistes ont fait enfin, selon vous, leur acte de contrition d'avoir, toujours selon vous, placé dans la révélation surnaturelle l'origine de la raison; ils ont adnn's la distinction que vous demandiez, et, par là, ils vous ont donné raison et ont avoué leur tort. Pourquoi donc ne leuravez-vous pas pardonné leur péché? Pourquoi avez-vous fait revivre ce péché que, selon vous, lacontrition aurait effacé? Pourquoi avez-vous écrit des pages si nombreuses et si violentes pour prouver qn'Ws placent toujours dans une révélation surnaturelle l'origine de la raison? Pourquoi avez-

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VOUS voulu présenter au public comme endurcis dans leurs fautes des pécheurs dont vous annoncez vous-mêmes au monde la conversiou? Vous non avez pas aui avec la même sévérité avec les rationalistes et les incrédules, qui n'ont, eux, jusqu'ici Jait aucune distinction el qui n'ont rien rétracté. Ah ! vous avez accueilli comme des marques d'un repentir sincère leurs grimaces de respect pour la religion et les témoignages de rapprochement par lesquels ils se sont moqués de votre crédulité! Vous avez voulu les faire croire renouvelant la grande joie qu'éprouvent le ciel et ses a7iges au sujet des pécheurs qui font pénitence de leurs péchés [Luc], et vous avez invité toute l'Église à se réjouir, elle aus^i, d'une conversion qui n'est pas même à l'état de germe, et dont malheureusement^ selon toutes les apparences, hs/ruits se feront longtemps attendre (1). Vous avez donc deux poids et deux mesures! Pleins de douceur envers les plus grands ennemis du christianisme, vous ne réservez qu'à vos frères dans la foi votre amertume et vos colères! Libre à vous d'appeler une telle partialité « du zèle; » elle n'est que de l'injustice la plus palpable, la plus scandaleuse et la plus révoltante^ l'injustice de la censure antique, amnistiant les corbeaux et ne persécutant que les colombes : Datveniam corvis, vexât censura columbas!

SIXIÈME ACCL'SATIOX.

LE TKADITIONALISVE Al'FlRUE, SANS L4 PROl'VEB , L'iMPOSSIBILITTK QCE L'nOMME CONNAISSE AICC.NE VLRITÉ r.ELIGIELSE OU MORALE SANS LE SECOIRS DE l'lNS- TRbCnON ET DE LA TRADITION.

§ 45- Éclatant démenti que le semi-rationalisme s'est donné à lui-même au. sujet de tout ce qu'il a dit sur les prétendues forces merveilleuses de la raiton seule pour atteindre la vérité. Belle et triomphante démonstration qu'il a donnée, lui-même aussi, de la vérité de la thèse qu'il fait un crime à la Tradition de soutenir.

Par des arguments tirés de la nature et de l'histoire de l'esprit humain, que nous venons d'exposer dans les précédents chapitres de cet ouvrage, les traditionalistes ont toujours et dans tous leurs écrits démontré jusqu'à Tévidence l'impossibilité pour l'homme qui n'a reçu aucun enseignement de deviner l'existence et les objets du monde spirituel et moral. Avec la bonne foi qui lui est propre, le

(i)Un vase convaiocre daiis quelques iiislauts de la vérité de celte afiirmatioa.

semi-rationalisme n'a tenu aucun compte de ces démonstrations, et par l'organe de l'auteur de la Valeur j etc., il n'eu continue pas moins à nous reprocher, comme on l'a entendu, que nous affirmons, mais que nous ne prouvons pas l'impuissance de l'esprit humain, livré à lui-même, de s'élever à quelque vérité que ce soit touchant Dieu, la loi, l'âme et sa destinée.

Pour repousser cette accusation nous pourrions nous contenter de rappeler ces mots du même auteur, qu'on a lus plus haut (page 134) : « L'enfant ordinaire, privé de toute culture sociale, restera imman- « cjuablement dans un état de pauvreté intellectuelle et d'imperfec- « tion contraire à sa destinée. C'est ce que les traditionalistes ont « rendu de plus en plus^VIDEKï ET INCONTESTABLE (1) ; c'est « une justice que nous aimons à leur rendre. » Car si, d'après cette belle confession, nous avons vraiment re?jrfM déplus en plus évidente et incontestable l'impuissance radicale de l'esprit humain isolé, il ne saurait être vrai que nous affirmons cette impuissance sans la prouver. Pour repousser cette accusation nous pourrions nous borner à répéter ici ces deux grandes paroles du semi-rationalisme : « C'est un « fait incontestable que toute raison est enseignée par la société, et « que l'homme dépourvu de tout enseignement et dénué de toute « tradition est un être chimérique. » Car de quel droit le semi-rationalisme nous accusernit-il de ne pas prouver un fait qu'il reconnaît lui-même comme incontestable et dont il a proclamé si haut la vérité?

Mais le semi-rationalisme nous fournit quelque chose de plus ex-

(1) Ce qui n'a pas empêché le môme auteur d'adresser aux traditionalistes le gentil reproche que voici : « Ils n'ont pas prouvé, et nous leur signalons cet « oubli, que la première notion de Venfant soit une notion reçue de la société ; « ils n'ont pas prouvé non plus que l'enfant, après le premier exercice de la raison, peut acquérir des notions nouvelles (pag. 47). » Or, ceux qui ont lu les écrits des traditionalistes, et nos ouvrages en particulier (et l'auteur de ces lignes est de ce nombre), savent bien que les traditionalistes n'ont pas oublié, mais qu'ils ont prouvé, et bien prouvé, que la première notion, ou les premières connaissances des objets du monde spirituel, et notamment la première notion de Dieu, est une notion reçue de la société. Mais ils ne l'auraient point prouvé, que la chose n'en serait pas moins vraie, puisque leur adversaire lui-môme vient de le reconnaître et de l'avouer ici d'une manière si formelle. Quant kYimpossibiliié que V enfant , après le premier exercice de la raison , acquière par lui-même des notions nouvelles, les traditionalistes n'ont pas prouvé, il est vrai, cette impossibilité ; mais c'est par la raison toute simple qu'ils n'ont jamais... aflirmé une pareille extravagance. Voilà donc, de la part du semi-rationalisme , de la contradiction et de l'impertinence toute gratuite contre les partisans de la méthode traditionnelle!

SIXIÈME CUAPITBE. 290

(tlicite, de plus formel et constatant encore davantage l'injustice du reproche qu'il nous adresse sur ce sujet ; car il a donné lui-même la démonstration que voici, la plus exacte et la plus complète de la vérité de la doctrine qu'il accuse la tradition de suivre sans la prouver.

^ous allons assister à un spectacle bien curieux. Jamais on n'a poussé plus loin les jeux d'imagination, la contradiction et la niaiserie d'une part, et la franchise de l'autre que ne l'a fait le semi-rationalisme sur ce sujet. Écoutons son plus éloquent organe.

Il avait commencé par répéter, dans des termes plus emphatiques encore, son dithyrambe obligé sur la puissance de la raison à laquelle on n'a rien dit, rien enseigné. Il nous avait présenté cette raison comme douée des idées de l'Infini, de l'Immatériel, de l'Éternel, du Parfait, etc., idées essentielles à sa nature et inséparables d'elle (sic); et, parla, il nous avait présenté cette raison s'élevant toute seule, par sa marche ascendante, aux premières vérités de l'ordre spirituel et moral. Il nous avait dit que la raison voit d'abord dans le monde un vaste ensemble de faits, liés les uns aux autres, dépendants les uns des autres, conspirant vers une même fin, formant un même ordre, offrant à l'œil observateur des preuves infinies de puissance, d'intelligence, de sagesse et de bonté. Il nous avait dit qu'en présence de ce magnifique spectacle la raison, obéissant à ses lois, prononce sans hésiter que la série des effets et des causes sup^wse nécessairement une cause première, une cause universelle, une cause unique, qui doit être la Puissance, l'Intelligence, la Sagesse, la Vérité elle-même. Il nous avait dit : qu'en prononçant cette grande conclusion la raison atteint à la connaissance de l'existence et des attributs de Dieu; et que, voulant fortifier sa conviction et pénétrer plus avant dans cette connaissance de Dieu, elle n'a {sic) qu'à considérer l'idée de la perfection qu'elle porte en elle-même ; car elle trouvera que cette idée lui représente Y Infini en toutes manières, l'Infini absolument infini^ et que celte infinité lui découcre en Dieu un abîme de perfections (textuel).

Il nous avait appris en outre que la raison seule et à laquelle on n'a rien révélé, après avoir connu Dieu et adoré son infinie perfection, rentre en elle-même, sonde sa conscience, y trouve le sentiment profond de la liberté et en même temps l'idée d'une loi qui en règle l'usage; qu'alors le juste et le bien s'imposent à la conscience avec la même autorité que les vérités nécessaires à la raison même (sic).

Il nous avait assuré, enfin, que toujours la raison sans tradition, après avoir trouvé sa loi, découvre la destinée de l'homme avec la même évidence. Il est vrai que, pour le même auteur, ce n'est qu'à la suite d'une étude approfondie de l'âme que la raison reconnaît

dans l'àme un principe d'unité et de simplicité indécomposable, impérissable par sa nature, une inclination invincible qui la porte à s'associer la vertu avec le bonbeur : ce qui lui impose la conviction d'une vie future, où le vice recevra son cbûtiment et la vertu sa récompense. Mais toujours est-il que rien que quelques principes évidents, quelques observations indispensables suflisent à la raison pour qu'elle s'élève à Dieu, s'explique l'âme et se donne la foi avec la plus grande évidence et la plus grande facilité, quoiqu'à la suite d'une étude approfondie. « Telle est, conclut-il , d'après la nature des cho- « ses et des lois d'une logique rigoureuse, la puisance de la raison « dans la sphère de la vérité ! »

S'il fallait prendre tout cela au sérieux, il s'ensuivrait, on ne peut assez le répéter, que la révélation n'est qu'une superfétation; et que , saint Thomas ne savait ce qu'il faisait lorsque, par son argumentation, qu'on a lue plus haut (§ 27), il a voulu prouver la nécessité {oporiidt) que même les vérités accessibles à la raison fussent révélées et données :à l'homme par mode de foi. Car quel besoin d'une révélation extérieure surnaturelle pour la raison humaine pouvant trouver en elle-même, par elle-même, dans sa révélation intérieure et naturelle, la conviction certaine et évidente de Dieu, de ses attributs et de l'adoration qui lui est due, des lois morales et de leurs obligations, de la spiritualité, de l'immortalité de l'âme, des châtiments^et des récompenses de la vie future? N'est-il donc pas évident qu'aveuglé par ses préjugés rationalistes cet auteur a confondu, ici encore, les procédés de la raison formée par l'enseignenient, éclairée par la révélation, développée et exercée par des éludes sérieuses avec les procédés de la raison a former, dépourvue de tout enseignement, dénuée de toute tradition? N'est-il pas évident qu'il a attribué, ici encore, à la raison de V homme en dehors de sa nature^ à l'homme chimérique la puissance propre de la raison du théologien et du philosophe? IN'est-il pas évident qu'il a pris la possibilité qu'il y a pour la raison riche de toutes les ressources de la vraie religion et de la vraie science de se rendre compte, de sedétnontrer des vérités connues pour la possibilité qu'il y a pour la raison dépouillée de ces ressources de découvrir des vérités tout à fait ignorées? Oui , c'est tout cela. Ainsi, le paroxysme du fanatisme rationaliste s'étant calmé dans son esprit, noire auteur a fait lui-même justice de ce boursouflage, de ces exagérations, de ces extravagances; et, par la démonstration la plus rigoureuse et la plus exacte de l'impossibilité pour l'esprit humain, séparé û& tout enseignement et de toute tradition, de pouvoir atteindre à la vérité pure et certaine , il est tout bonnement revenu au traditionalisme, qu'il avait pris à tâche de combattre.

SIXIÈME CHAPITRE. 30i

« Une philosophie vraie et pure, dit-il , est possible (I). Je la sup- « pose réeWe {2), sans m'inqiiiéter de savoir, pour le moment, si vc- « ritablement elle existe quelque part (3) telle que je la fais (4). « J'imagiue (5) un philosophe qui, par les plus heureuses circons- « tances, s'est préservé ou affranchi des plus îiraves erreurs, contre « lesquelles nous avons vu échouer les plus nobles esprits lorsque

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