‹ La tradition et les semi-pélagiens de la philosophie: ou, Le semi-rationalisme dévoiléChapitre 24 sur 52 · ONZIEME ET DERMÈBE ACCUSATION · texte numérisé non relu

ONZIEME ET DERMÈBE ACCUSATION

LE TRiDino.NAUSMK EST DANS UXE FACSsE l'OSITIO.N TIS-A-VIS DC RATIONALISilE, ET ^E PBODCiT ACCt'K BIEN.

§ 50. Preuves que la position du traditionalisme vis-ii-vis du rationalisme est, au contraire, la seule position vraie et redoutable à prendre contre

cette erreur. Évidents mensonges du semi-rationalisme sur ce sujet. Le mouvement actuel des esprits vers une philosophie spiritualiste n'est l'œuvre que des traditionalistes. De Bonald, Chateaubriand, de Maistre, Lamennais. Grands travaux des traditionalistes sur les traditions des peuples, et leur influence sur les études historiques de l'époque. Les Annales de philosophie chuétienne, l'Universalité catholiqhe, les Études SUR LE Christianisme, de M. Nicolas. Grand bien produit par l'école traditionaliste , tandis que l'école semi-rationaliste n'a fait aucun bien. MM. Thierry et Lamartine ramenés au christianisme par la méthode tradilionnelle. Appréciation générale de toutes les accusations de cette dernière école contre la Tradition.

Mais [voici, enfin, d'autres impertinences du semi-rationalisme à l'adresse des traditionalistes :

« Leur position, a-t-il dit, vis-à-vis du bationalisme devient plus « fausse encore. Ils ont cru trouver une nouvelle méthode pour le ré- « duire au silence, et ils aboutissent à une théorie de la raison que le « rationalisme lui-même pourrait avouer. Le rationalisme ne s"ef- « frayera jamais d'une révélation naturelle. Il ne sera vaincu que « lorsqu'on lui aura prouvé la nécessité et l'existence de la révélation « sur ?iatur elle. C'est cette révélation seule qu'il nie; c'est elle qu'il « faut lui démontrer. Et on n'arrivera jamais à cette démonstration « que par les principes et la méthode des écoles catholiques. »

Lecteur, qu'en dites- vous de ce passage? Après ce que vous venez de lire touchant la doctrine de la tradition, sa nécessité, son efficacité et l'usage qu'on en a fait dans tous les temps contre les philosophes et contre les hérétiques, ne vous paraît-il pas que celui qui a tracé ces lignes s'est dépassé lui-même en légèreté et en impudence ? Ne vous semble-t-il pas qu'il est impossible de se révolter d'une manière plus audacieuse contre la logique, contre l'évidence et la vérité?

On ne hait , on n'attaque, on ne persécute que ce qu'on craint ; et on ne craint que ce qui nous fait du mal ou peut nous en faire. Or, le rationalisme absolu , philosophique , incrédule laisse tranquilles et même caresse de sa traître main les semi-rationalistes. Il est donc évident qu'il ne les craint pas et qu'ils ne lui font ni ne peuvent lui faire le moindre mal. Au contraire, il ne réserve qu'aux traditionalistes ses haines, ses attaques , ses persécutions et ses fureurs, — auxquelles, du reste, les semi-rationalistes prennent, comme on l'a vu (§ 7), une si large part ! — Il est donc évident que ce sont les traditionalistes et que ce ne sont qu'eux qui le gênent, qui le vexent, qui le tourmentent, qui l'effrayent, puisque ce sont eux, puisque ce n'est qu'eux seuls qui le mettent en colère et le font crier.

Voyez donc , Monsieur, combien vous êtes dans le vrai en affirmant

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d'un ton si trnncliant : Que la position des traditionalisUs ris-a-vis du rationalisme est fausse! Vous venez d'entendre le rationalisme vous adressant ses remerciements et ses félicitations du plaisir, de la satisjaction (sic) que lui ont causés vos derniers écrits; il est donc évident que c'est votre position vis-à-vis du rationalisme qui est nonseulement /a«5Af, mais encore insignifiante, niaise^ ridicule, autant que la nôtre est non-seulement vraie, mais grave, sérieuse et redoutable.

Vous ne péchez pas moins contre révidence en disant avec le même aplomb que le traditionalisme est une méthode nouvelle, par laquelle nous avons cru .étourdis que nous sommes !) pouvoir réduire le rationalisme au silence, tandis que nous aboutissions à une théorie de la raison que le rationalisme lui-même pourrait avouer l Ah! en disant cela, vous ne savez pas assez ce que vous dites. Dès l'instant que le rationalisme avouerait la théorie de la raison ,' telle que le traditionalisme la formule; dès l'instant qu'il admettrait le fait dont vous avez vous-même constaté la vérité : Que la révélation naturelle, c'est-à-dire l'instruction sociale, précède toujours la formation et le développement de la raison ; que la raison ne peut par elle seule deviner le monde spirituel et moral, et qu'elle ne peut s'en former la moindre idée à moins que quelqu'un ne le lui révèle, dès cet instant il ferait bon marché de ses principes constitutifs : Que l'homme devine tout par sa raison; qu'il ne doit relever que de sa raison, et ne doit s'arrêter qu'à sa raison; il se suiciderait de sa propre main , il ne serait plus rien. C'est ce qui a fait dire au concile d'Amiens que la théorie de la raison du traditionalisme est le plus sûr moyen d'en finir RADICALE- MENT, radicitus, avec le rationalisme. ZVotre méthode de la raison, que vous dites « nouvelle, » et qui est aussi ancienne que la raison elle-même , ne réduirait donc pas seulement au silence le rationalisme, elle le tuerait.

Le rationalisme, ajoutez- vous, ne s'effrayera jamais d'une révélation naturelle. Il ne sera vaincu que lorsqu'on lui prouvera la nécessité et l'existence de la révélation surnaturelle. C'est cette révélation seule qu'il nie. Voilà encore trois lignes renfermant autant d'erreurs que de mots! Il est si vrai que le rationalisme s'effraye même d'une révélation naturelle qu'il n'en veut pas entendre parler, et qu'il la combat de toutes ses forces. C'est que la révélation naturelle, dont le traditionalisme affirme et défend la nécessité, n'est, au fond, que la révélation primitive faite de Dieu au premier homme. Altérée par les couches humaines qu'elle a traversées, elle ne se renouvelle pas moins pour chaque homme quant à ses principes, par les moyens na^ure/s du langage, de l'enseignement social et de la tradition;

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enfin , on ne la trouve pure , complète , perfectionnée et environnée de tous les caractères lumineux d'une révélation surnaturelle que dans l'Église. Si le rationalisme admettait donc cette révélation à son état naturel, il ne pourrait pas, sans être inconséquent, s'empêcher de la reconnaître à son état surnaturel. S'il admettaitque l'enseignement traditionnel de la famille est nécessaire pour former l'homme, il ne pourrait plus nier que renseignement traditionnel de l'Église est nécessaire pour former le chrétien. Admettant la révélation en germe, en principe, il ne pourraitplus larejeter dans son épanouissement, dans ses conséquences; il serait obligé de se faire catholique, ce dont il ne veut pas! Et de là son acharnement à persécuter la révélation sous tous les noms et sous toutes les formes. Et de là sa négation tranchante, absolue de la révélation naturelle, aussi bien que de la révélation surnaturelle ; en un mot, de TOUTE révélation. C'est là un fait patent que tout le monde connaît et que vous connaissez ou devriez connaître mieux que tout autre homme, car vous avez accordé au rationalisme votre confiance et votre amitié. Il vous a donc fallu bien du courage pour formuler ce grand mensonge: Cestla révélation surnaturelle seule que le rationalisme nie.

Il ne sera vaincu, nous dites-vous encore, que lorsqu'on lui aura prouvé la nécessité et l'existence (Tune révélation surnaturelle. C'est vrai. Mais le moyen de lui prouver avec succès la nécessité et l'existence d'une révélation surnaturelle si l'on ne commence par lui prouver la nécessité et l'existence d'une révélation naturelle! Si vous étiez assez heureux pour faire comprendre à un rationaliste la vérité de ces belles paroles sorties de votre école : Toute raison est enseignée. — Vhomme dépourvu de tout enseignement., dénué de toute tradition est un être hors de sa nature, un être chimérique ; si vous parveniez à le faire convenir, comme les traditionalistes essayent de le faire, que la raison raisonnant sur le monde spirituel et moral ne se forme que par l'enseignement; que l'homme naturel, l'homme réel ne ressort que de la tradition, et que même la connaissance naturelle de Dieu, de l'âme, du devoir ne s'obtient que par l'enseignement et la tradition de la famille ou par une révélation naturelle; si vous pouviez, en un mot, lui persuader que la foi naturelle et la tradition sociale précèdent toujours la raison qui forme l'homme, vous n'auriez pas de grands efforts à faire pour lui persuader d'aller chercher dans la révélation surnaturelle de l'Eglise la certitude, le développement, le complément, la perfection de la révélation naturelle qu'on puise dans toute société. Vous n'auriez pas de grands efforts à faire pour lui persuader que la foi surnaturelle dans la tradition surnaturelle de l'Église doit toujours précéder la raison qui

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l'orme le chrétien, et vous en nuriez bientôt fini non-se»iiement avec le protestantisme philosophique, qui est le rationalisme, mais aussi avec le ratior)alisme religieux, qui est le protestantisme ; vous en auriez fini avec tout système d'erreur. Car toute erreur n'est que la négation d'une vérité de tradition soit naturelle, soit surnaturelle: toute erreurn'est qu'un acte de rébellion de In raison contre la foi de l'humanité ou contre la foi de l'f.iilise. Et dès lors, nous le répétons . tout système philosophique tendant a ramener les esprits à reconnaître la vérité et la nécessité de cette double tradition et à les y affermir est un système essentiellement propre à la destruction de toute erreur. Et dès lors le traditionalisme est la vraie méthode de reconduire facilement, nécessairement les esprits égarés aux croyances de l'humanité d'abord, et ensuite aux croyances de l'Église, à la foi de la vérité et à la vérité de la foi. Et dès lors, enfin, le semi-rationalisme est convaincu de calomnier le traditionalisme en l 'accusant de se placer dans une fausse position favorable au rationalisme , et d'être impuissant à le combattre.

On nous dit enfin qu'on n arrivera jamais à démontrer au rationalisme la révélation surnaturelle que par les principes et la méthode des écoles catholiques. Nous sommes parfaitement du même avis. Seulement on nous permettra de croire que, nous aussi, nous comprenons quelque chose aux principes et a la méthode des écoles catholiques ; on nous permettra de croire que des écoles où l'on professe les principes de la méthode de Malebranche et de Descartes, que toutes les écoles catholiques, d'accord avec le Saint-siége, ont condamnée, et des écoles dont la réputation est encore à faire au point de vue de la science de la théologie catholique ne sont pas, il s'en faut, à elles seules, les écoles catholiques.

Mais, commencée par la mauvaise foi, continuée par l'ignorance et par la déraison, l'accusation formée par le semi-rationalisme contre la Tradition, au point de vue de la religion, ne pouvait finir que par le délire. Elle n'y a point manqué. « Quel odieux, » dit enfin le même auteur, " quel odieux de pareilles doctrines, si jamais elles pouvaient « être prises au sérieux, si jamais on croyait trouver en elles lense- « gnement du clergé, ne jetteraient-elles pas sur la théologie, V Église, « la religion elle-même? Quel homme capable de penser et de raison- « ner pourrait supporter les excès de ce système? Cette négation ab- « solue de la raison et de Vhomme lui-même ne pourrait que le révol- « ter, que l'armer de mépris et de colère contre une doctrine fatale à « la dignité de notre naturel » Or, par l'exposé de la belle, la sublime et magnifique doctrine des écoles vraiment catholiques touchant la raisou, que nous avons mise sous leurs yeux, nos lecteurs savent déjà à

quoi s'en tenir sur cette nffirmalion: Que la méthode traditionuello est une doctrine fatale à la dignité de notre nature et qu'elle est la négation absolue de la raison et de l'homme lui-même. Par l'iinpression que cet exposé a dû produire dans leur esprit, et qui certainement ne les a ni révoltés ni armés de mépris et de colère contre cette méthode, ils ont déjà, en eux-mêmes, la mesure ùtï odieux qut les doctrines traditionelles jetteraient sur la théologie, sur V Église et la religion elle-même si on croyait trouver en elles renseignement du clergé ; et, bien qu'ils soient des hommes capables de penser et de raisonner, ils doivent déjà s'être résignés à supporter les excès du système traditionaliste. l^oussommts donc dispensé d'analyser et de réfuter en détail ces lignes, tracées parla main d'un prêtre catholique contre des catholiques, et qui surpassent tout ce que le rationalisme incrédule s'est permis jusqu'ici de plus injurieux et déplus violent contre eux. D'ailleurs , on le voit, c'est ici le langage du fanatisme aveugle, de l'esprit de secte bien caractérisé; ce sont les emportements de la haine s'élevant jusqu'à la démence. Or, on n'a que de la compassion pour des esprits malades à un tel degré; on leur pardonne tout; on se contente de les indiquer pour ce qu'ils sont ; mais on ne les réfute pas. Quant à la stérilité et à l'impuissance du bien que le semi-rationalisme reproche au traditionalisme, nous prouverons tout à l'heure que c'est, au contraire, le semi-rationalisme qui mérite ces imputations , afin qu'il soit constaté, toujours davantage, que tout est fausseté et injustice dans ses affirmations contre ses adversaires. Pour le moment, nous nous contenterons de confirmer par l'expérience et par le fait la vérité des observations que nous venons de faire sur l'efficacité de la méthode traditionnelle pour la restauration de la vraie philosophie et de la vraie religion.

D'abord, il ne peut être douteux que pour vous, Messieurs les semirationalistes, — qui vous aveuglez avec tant de facilité sur tout ce qui se passe autour de vous,— que le mouvement des esprits, dans ces dernières années, vers la philosophie spiritualiste, ce mouvement dont vous attribuez, avec tant de légèreté, tout le mérite aux rationalistes incrédules vos amis et dont ces derniers se font un sujet de tant d'orgueil, n'est que l'œuvre du traditionalisme. Pendant que votre école, marchant à la suite de Laromiguière , ne travaillait qu'à rehausser la méthode et les mauvaises doctrines de Descartes, en laissant de côté les bonnes, ou en les assaisonnant de quelques théories de Locke; pendant que votre école ne donnait à la France qu'une philosophie sans substance, sans solidité et sans couleur, une philosophie dont le mépris ou l'oubli firent justice aussitôt qu'elle parut au jour, et la tuèrent au berceau, que se passait-il.^ Les

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traditionalistes, — eux seuls, notez-le bien,— dans l'intention de restaurer la philosophie et de la mettre en harmonie avec le christianisme, dans le Conservateur d'ahord, puis ensuite dans des ouvrages d'une supériorité incontestable, les traditionalistes ont, au commencement de ce siècle, relevé cette science de la boue du matérialisme où le dernier siècle l'avait plonaée et d'où ce n'est pas vous qui auriez pu la tirer. Ce furent les traditionalistes de cette époque qui, ayant combattu, pulvérisé toutes les théories sensualistes, ramenèrent les chercheurs de la vérité aux discussions spiritualistes. Si les Royer-Collard et les Cousin ont fait de la philosophie spiritualiste, c'estqu'ils y ont été obligés, ayant trouvé la lutte engagée déjà sur ce terrain par le génie des deBonald, des Chateaubriand, des de Maistre et d'un Lamennais lui-même, tant qu'il ne déserta pas la cause de la tradition pour aller s'effacer dans les rangs du rationalisme (et dans l'apostasie de ce dernier vous avez joué un triste rôle) ! Les rationalistes incrédules ont suivi ce grand mouvement spiritualiste; ils ne l'ont pas créé! Si,depuis, ainsi que vous venez de nous le dire^ ils se sont fait de leurs ( prétendues ) lumières un boulevard contre le christianisme avec le secours de Platon, c'est qu'il leur était impossible d'en faire autant avec le secours d'Épicure, depuis que l'épicurisme avait été attaché au pilori de l'infamie et du ridicule par ces traditionalistes dont vous n'avez jamais cessé de décrier les ouvrages; ouvrages cependant qui, s'ils n'étaient toute la vérité, dans les circonstances exceptionnelles où ils parurent, ont rendu d'importants et incontestables services à la vérité.

En même temps, par l'organe de Dupuis, le génie du mal venait de jeter au milieu des nations chrétiennes une nouvelle infâme production contre le christianisme : le livre de l'Origine des cultes. Le but de cet ouvrage ténébreux, informe et difforme, c'est de prouver, — à l'aide de l'abus de l'histoire, du mensonge, du sophisme et de l'extravagance poussée au plus haut degré,— que le christianisme a tout emprunté au paganisme, et que le paganisme a tout puisé dans les aberrations de l'imagination et dans la corruption du cœur en matière de religion. C'était donc un ouvrage tendant à faire croire que toutes les religions sont des inventions de l'esprit humain. Il fut à ce point de vue l'ouvrage qui servit de base au rationalisme, au naturalisme, à l'humanitarisme, en un mot à tous ces systèmes soi-disant philosophiques de nos jours, systèmes aussi barbares par la chose que par le nom, dont la doctrine fondamentale est la doctrine du progrès successif et indéfini de l'humanité, ou la doctrine que toutes les religions ne sont que les différents épanouissements de la raison humaine!!! C'était donc un ouvrage dirigé tout particulièrement contre la révélation que 4e Dieu Créateur a faite au premier homme, dès l'origine du monde,

et que le Dieu Rédempteur a renouvelée et complétée au milieu des hommes, dans la plénitude des temps. C'était un ouvrage dirigé contre toute révélation divine, et par conséquent contre toute tratlition, par laquelle cette révélation s'est propagée dans le monde et s'est maintenue dans l'humanité.

Or, la religion étant attaquée par cet ouvrage dans sa base, ce ne fut pas votre école, Messieurs les semi-rationalistes, mais ce fut l'école traditionaliste qui se mit à défendre, à cette occasion, la tradition pour défendre la révélation ; ce qui lui valut dès lors le nom de traditionaliste.

Ce sont donc les traditionalistes qui ont restauré les études historiques,—qui se trouvaient si négligées au commencement de ce siècle — et auxquelles la vraie science et la vraie religion ont tout à gagner et n'ont rien à perdre. Ce sont les traditionalistes qui ont rappelé les esprits sérieux à ces recherches approfondies, à ces longues et laborieuses études sur les traditions des peuples, sur la vrai origine des faux cultes et du culte véritable, sur les vrais rapports du paganisme avec la vraie religion : recherches et travaux qui ont répandu tant et de si précieuses lumières sur l'authenticité des récits historiques et sur les mystères de la Bible, et qui ont victorieusement vengé contre les attaques de l'ignorance et de la mauvaise foi l'unité, la perpétuité, l'universalité, la vérité, la divinité du christianisme.

Taudis que l'école semi-rationaliste n'a rien produit de remarquable et de digne de survivre à sou auteur, le traditionalisme peut se vanter, avec un juste orgueil, d'avoir édité des ouvrages d'une grande valeur sur ces sujets. Les recherches philosophiques de M. de Bonald, malgré ce qu'elles renferment d'inexact et même d'erroné au point de vue de la métaphysique, ont au point de vue historique rendu à la religion et à la science des services que la religion et la science n'oublieront pas. Il en est de même du troisième et du quatrième livre du Pape et des Soirées de Saint-Pétersbourg , de M. de Maislre, et surtout du troisième et du quatrième {omeà&V Essai deiM. de Lamennais. Les excentricités et la fausse théorie sur la certitude qui se trouvent dans le deuxième volume de cet ouvrage n'ôtent rien au vrai mérite des autres; et l'apostasie déplorable de leur auteur n'empêchera jamais les hommes impartiaux et jaloux de ramasser ce qui est bien partout où ils le trouvent de regarder ces deux tomes, dans leur partie historique, comme le plus beau travail qui ait été fait, en ces derniers temps, sur cette thèse : Que les quatre caractères essentiels de la vraie rc' litjion ne conviennent qu'au catholicisme. On dirait qu'en sortant de l'Église cet auteur de brillante et lamentable mémoire lui a laissé une arme bien trempée pourse défendre contre tous ses nou»

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veaux ennemis les rationalistes et contre M. de Lamennais lui-méiue.

Far les deux seuls ouvrages përio.iiques, les Annales de philosophie chrétienne et Vinicersité catholique, que vos tracasseries de tout genre et vos efforts pour k s étouffer n'eut pas empêché de prospérer pendant vingt-six ans, et de former ensemble un recueil. de quatre* vingt-deux volumes dejecherches très-préeieuses, le traditionalisme a fait uiille fois plus de bien, dans une seule année, que tous vos ouvrages et vosjournaux n'en auront faitdans un siècle. Ondirait mêmeque tout le bien qui s'est faitdans ces derniers temps, au moyen de démonstra» tions multipliées de la néce^ité et de !a vérité de la révélation divine, ue s'est accompli que par le zèle ci)urageux et désintéressé et par les pénibles travaux des traditionalistes, que vous avez osé qualifier, avec une impudence et une injustice sans pareilles, comme préjudiciels à la religion. On dirait que ces travaux seulement ont été féconds; et ils l'auraient été davantage encore si votre mauvaise volonté ou du moins votre imprudence ne les avait toujours contrecarrés et si la persécution incompréhensible que vous organisez en secret et en plein jour contre ceux qui s'y livrent ne les avait empêchés d'être continués sur une plus grande échelle!

Le fait capital et immense d'une révélation divine primitive et la nécessité de l'enseignement traditionnel pour la formation de l'homme social n'ont été mis hors de toute contestation que par ceux que vous vous plaisez à ridiculiser et à rendre odieux. C'est vous-même qui l'avez avoué dans ces liiines que nous nous p!ai;ons à répéter, parce qu'en nous défendant ils vous honorent: « L'enfant ordinaire, avez- « vous dit, est instruit et formé par la société. C'est un fait qui n'a pas f besoin de preuve. Privé de toute espèce de culture sociale^ si on « suppose qu'il puisse vivre, il restera immanquablement dans un état « de pauvreté intellectuelle et d'imperfection contraire à sa destinée. « C'est ce que certains rationalistes pourraient seuls contester; et ce « que les traditionalistes ont rendu de plus en plus évident et incon^ « testable; c'est une justice que nous aimons à leur rendre. »

Il est aussi de notoriété publique que le livre qui, dans ce moment, ramène le plus d'incrédules à la foi, c'est le livre d'un traditionaliste, c'est l'ouvrage intitulé : Éludes sur le christianisme, de M. Nicolas, que vous avez eu le triste courage de dénoncer au monde catholique comme renfermant de grandes erreurs, comme condamné par le concile de Rennes. Aussi l'illustre pontife président de ce concile, Son Éminencele cardinal archevêque de Tours, ne s'est-il pas contenté de le venger d'une pareille calomnie, mais il en a fait l'éloge le plus grand et le plus flatteur qu'on puisse faire d'un ouvrage de ce genre par ces paroles, prononcées au nom de ses vénérables collègues : « >'ous faisons

360 LES SEMI-PÉLAGIENS DE LA. î»HILOSOPHIE.

« des vœux pour que ce travail (les Études sur le christianisme) « CONTINUE A PRODUIRE LE BIEN QU'IL A DÉJÀ OPÉRÉ,

a et dont, pour ma part, j'ai eu les preuves les plus consolantes [Let- « très de l'archevêque de Tours à l'Ami de la beligion). » Or, un livre sorti del'école semi-rationalistedont on puisse dire le même bien, sans mentir, est encore à paraître, et très-probablement il se fera encore longtemps attendre. Vous ne faites donc aucun bien, et vous jalousez et vous tracassez tout ceux qui le font. Voilà à quoi se réduit votre zèle pour la religion! Mais nous reviendrons bientôt sur cette stérilité radicale de vos travaux et sur la funeste maladie qui en est la cause.

Enfin, voici deux autres preuves de fait, et bien frappantes, de la supériorité de la méthode traditionuelle pour ramener les incrédules à la foi de l'Église.

Le plus grand peut-être des historiens français, M. AugustinThierry, vient de nous fournir la première de ces preuves. Tout le monde sait que celte noble intelligence, cette âme d'élite, que les préjugés antichrétiens modernes avaient engagé, dès sa jeunesse, dans les sentiers de l'erreur, a passé sa vie presque entière dans l'incrédulité pratique. On sait que, près de mourir, il a abjuré toutes ses erreurs, il a commandé la correction de tous ses livres, et sincèrement et généreusement revint à la foi catholique qui, pour être la foi des âmes simples, n'en est pas moins la foi des grands esprits, tels que saint Augustin, saint Thomas et Bossuet. Mais tout le monde ne sait pas qu'humainement parlant cette belle conversion de M. Thierry, qui a réjoui les âmes catholiques affligées du spectacle de tant d'apostasies, a été le résultat de ses profondes études historiques. Par ses vastes connaissances de l'histoire des anciens peuples il a été conduis à ces grandes conclusions: Que ces peuples ont, toujours et partout, professé une seule et unique religion, partout et toujours la même quant à ses croyances universelles et communes à toute l'humanité, quoique défigurées par l'élément humain que la raison et les passions de l'homme y ont mêlé, élément différent et variable selon la diversité des temps et des lieux. Que ces croyances identiques et universelles ont toujours précédé l'origine des peuples. Que,conséquenîment, ils ne les ont pas inventées, mais qu'ils les ont reçues de leurs ancêtres et ceux-ci des leurs, jusqu'au premier homme, qui les a reçues de Dieu lui-même. Et que, par conséquent encore, rien n'est plus historiquement certain que le fait d'une révélation primitive du Dieu créateur, que la tradition a répandue partout et établie dans l'humanité. Et de même , par sa connaissance également profonde de l'histoire des peuples modernes, il a été amené à se convaincre: Que les croyances des peuples catholiques actuels sont exactement les mêmes que les

croyances de tous les peuples chrétiens de tous les temps et de tous les lieux. Quelles remontent a l'origine du christianisme; et que, par conséquent, rien n'est plus historiquement certain que le fait d'une révélation plus explicite et plus développée du Dieu Rédempteur que la tradition a répandue partout où a pénétré TËvangile, et qu'elle a établie dans l'Église.

Aussi, c'est par des raisonnements puisés dans l'histoire qu'il met à la raison les philosophes lorsqu'ils afGrment que les croyances universelles de l'humanité sont des inventions de l'ignorance et de la barharie des anciens temps , et les hérétiques lorsqu'ils prétendent que les croyances universelles de l'Église sont des inventions de l'ignorance et de la barbarie des temps modernes. « >on, non, afGrme-t-il « à ces derniers, le moyen âge n'a rien ajouté à l'ancienne croyance « chrétienne; elle est aujourd'hui, ni plus ni moins, ce qu'elle a été il « y a dix-huit siècles. Ce sont au contraire les hérétiques qui ont « cherché, à différentes reprises, à en retrancher quelque chose, à « l'altérer et à la mutiler. » Or, le moyen, pour un esprit logique, cherchant sincèrement la vérité et parvenu à ces convictions, de ne pas accepter, dans toute sa plénitude, la foi de l'Église et de rester eu dehors du catholicisme.^ Cest donc par la méthode traditionnelle que la grdce a ramené ce grand homme aux sentiments catholiques, qui ont fait le bonheur de ses derniers jours!

^'ous devons à M. de Lamartine la seconde preuve récente, et sans réplique, en faveur de l'efficacité de la même méthode pour ramener les grands esprits à la foi. î«ous laisserons parler ici un écrivain non suspect de partialité pour le traditionalisme , annonçant ainsi à ses lecteurs le grand et heureux changement qui vient de s'opérer dans cet Ange déchu et les moyens par lesquels il s'est opéré : « M. de Lamartine, dit-il, sortant enfin de sa personnalité, entrait dans la littérature promise ; il y entrait en maître, en poète , en chrétien, la Bible à la main, et sous ce regard, sous cette inspiration de Dieu qui l'avaient fait immortel dès son premier jour; car les méditations et les harmonies vivront autant que le monde : il y en a que les anges pourront redire, et qui sont faites pour l'éternité...

« Comment ne pas se réconcilier avec le malheur, l'expiation, le repentir et te retour! Tout cela, en effet, se tbouvb dans les BELLES PAGES QCE NOLs SOMMES BAVi de VOUS faire Connaître, et de louer sans réserve dans leur principe et dans leur saint et grand désir : celui d'instruire, d'éclairer, d'élever les esprits et les âmes. Ici commence enfin l'œuvre du grand poète, que Dieu veuille lui donner le temps et les forces de l'accomplir! » Ce vœu devient ardent quand on a lu ce qui suit :

302 LES SEMI-P£LAGIENS DE LA PHILOSOPDIE,

« La première pensée de l'homme lettré, au milieu de la nature et « de la société, est de chercher l'auteur de son être pour lui porter « l'hommage d'amour, de terreur, d'adoration et de vertu qui lui « est dû.

« La théologie, science de Dieu et de l'âmp, est la première et la « dernière de toutes les sciences, celle qui commence tout, celle qui « finit tout, celle qui contient tout. Les livres sacrés des grands peu- « pies sont le dépôt de leur théologie (Lamabtine, Cours fami' « Zier, etc.) »

• C'est là qu'il ira chercher le flambeau des lettres qu'il veut promener sur nos fronts. Il cotnmence cette marche par rinde, qu'il regarde comme la nation la plus ancienne et la première initiée à l'idée divine^ initiation inco7nplète que les Hébreux accompliront.

« Les philosophes de l'Inde, dit-il, sont spiritualistes, par excel- « lence. Ils ne ressemblent en rien aux philosophes matérialistes du « dernier siècle, ni aux philosophes terrestres de la perfectibilité iii- « définie de l'homme sur le globe (de notre siècle). Leur Édeii-, « COMME CELUI DES CHRÉTIENS, est dans le passé {Ihid.). »

« Prêtez ici toute votre attention, voici une rencontre terrible, mais heureuse et providentielle, qui laissera l'erreur et le blasphème sur le terrain, sinon morts, au moins blessés, ce que Dieu a permis, par le glaive puissant qu'il remet de nouveau aux mains de son poète :

« Il s'est formé depuis quelque temps, dit-il, dans notre Europe, « en Allemagne et surtout en France (malheureuse France!) une « école de philosopbie 6«e>i intentionnée {iro\) ])o\\ , en vérité!), mais « vnpeulYo^ SUPERBE. Ou l'appelle la philosophie de la perfecti- « bilité indéfinie et continue de Thumanité ici-bas. Nous sonnnes bien « éloigné denier la tendance organique et sainte du progrès en toute « chose, celte force centrifuge de l'esprit humain. Mais ces philosoft phes de la perfectibilité indéfinie et continue^ à force de vouloir « grandir et diviniser l'humanité dans ce qu'ils appellent Vavenir, «■ la dégradent et l'avilissent jusqu'à la condition de la brute dans son « origine et dans son passé. Si on considère l'idée qu'ils se font et « qu'ils veulent nous faire de l'homme au berceau, le véritable nom « Je leur philosophie ne serait ni le spiritualisme, ni le déisme, ni « le panthéisme, ni même le matérialisme; ce serait le végétalisme « (Oui, c'est cela même). »

«Séduits par quelques analogies scientifiques, encore très-douteuses, « qui leur montrent dans le travail souterrain des éléments qui com- « posent ce petit globe et dans quelques cadavres d'animaux antédi- « luviens des traces d'élaboration progressive de ce perfectionne- « ment préfendu, ces philosophes ont conclu de la matière à l'âme

STXIÈUE CHAPITRE. 363

• et de la |tierre à Tliomme. Ils ont réeé qu'à Torigine des choses et « des êtres riiomme ne tut, lui-même, qu une boursouflure de fange « échauftée par le soleil, puis douée d'un instinct qui le força au mou-

> veinent sans impulsion, puis de quelques membres rudimeutaires « qu'une intelligence sourde et obtuse dégageait successivement de la « boue, pour, se créer à elle-même des organes (Lisez M. Pelletan « dans la Pre.<se). Singulier système qui, pour appuyer une théo- ■ rie de perfectibilité sans limites, commence la créature qu'elle

> veut anoblir par la brute! qui déshérite Dieu de son œuvre la plus

• divine! qui prend pour créateur, à la place de Dieu, une pelletée

• de boue dans uu marécage, un peu de chaleur putride dans ua « rayon de soleil, un peu de mouvement sans but, emprunté aux

• vents, aux vague?, puis un instinct emprunté à une sourde puis- « sance végétative, puis une intelligence empruntée au temps qui dé-

• veioppe et qui détruit tout! £t tout cela pour se passer de Dieu, ou « pour reléguer Dieu dans Tabime de l'abstraction et de l'inertie ! a Ombres de rêves ! » {Ibid.)

« M. Eugène Pelletan a répondu aussitôt en plusieurs colonnes dans la Presse. A un homme tombé ! ecrivait-il en tête de son article, li appelait de ce nom l'homme gui se relevait, révolté (Tacoir vu Dieu ofjtnsé, méconnu dans ce qui fut son plus bel ouvrage et le compté' vient de la création! Il appelait tomber écrire ces belles et saintes paroles; il accusait le poète de déserter la cause du progrès, de défaillir au moment où la vigueur était le plus nécessaire, d'abandonner Leroux pour croire à Y Imitation, que le philosophe du dix-neuvième siècle appelle les miasmes méphitiques du moyen âge'. M. de Lamartine en Gt prompte justice par un court post-scriptum, que l'on trouve à la tin du troisième entretien et où l'on remarquera ces mots fou» droyants :

« Nous ne croyons point que Tliomme ait commencé dans la fange « et dans la nuit (par la brute) ; nous croyons que les reflets de rÉdtn « et de sa lumière ont resplendi longtemps sur son àme, avec plus de « lueurs A'une révélation primitive que dans les âges les plus distants

• de son berceau; NOLS CROYO.NS QUK CKTÏK RÉVÉLATIOiS « PRIMITIVE DATE DE LA CRÉATION, que Dieu est contempo- « rain de l'âme, qu'il créa pour l'entrevoir et pour l'adorer, et que, s'il « y a une plus éclatante effusion de lumière, c'est à l'aurore dugenre « humain et non dans le crépuscule de sa caducité qu'il fuut la cher- « chfr... M. Pelletan , qui parle comme Platon (on dore la pilule) a « le droit de rêver comme lui de beaux rêves. Mais nous, hélas !... il « y a longtemps que nous sommes réveillés!... » [Ibid.)

« Notons ces dernières paroles: pauvre M. de Lamartine! U s'est

fait assez de bruit autour de lui pour rompre ce sommeil de cauchemar et de délire, qu'un mauvais génie lui avait versé; et, à son réveil guéri, rafraîchi, il a dit :

« Nous croyons plus beau et plus viril de regarder en face le MAL- « HEUR SACRÉ de notre condition humaine que de le nier ou d'en « assoupir en nous le sentiment avec de Vopium. Ce suc de pavots, quel- « que bien apprêté qu'il soit, et M. Pelletan l'apprête en grand poète « (comme vous venez de le voir), n'est bon qu'à donner les délires de « la perfectibilité indéfinie et de la félicité sans limite, sur une terre qui « ne fut, qui n^esl^ qui ne sera jamais qu'un sépulcre blanchi entre « deux mystères. Tin \iVO%vts local, relatif et borné, oui! Du pro- « grès indéfini et continu, non! Rien n'est illimité dans notre petite « espèce, bornée à un éclair de durée, à un atome d'espace, à une pin- « cée de poussière. De l'utopie avec les idées, passe encore (le grand « poète en a fait), mais de l'utopie avec la nature! Oh! les éléments « même se moqueraient de nous! » (Ibid.). Hélas! ne dirait-on pas qu'ils l'ont fait (par les récentes innondations) !

« Nous bornons à regret nos citations, car jamais M. de Lamartine n'a été si brillant ni si fort. Il a trouvé des trésors dans les littératures primitives; il nous les jette par poignées, mêlées à l'or de ses propres mains, et termine par ces mots, écrasants pour la philosophie à la brute : « Y a-t-il rien dans ce divin langage et dans ces théories « théologiques et morales, datant de quatre mille six cents ans, qui « atteste sa prétendue barbarie et sa grossière superstition, que cer- « tains philosophes ont besoin d'attribuer au vieux monde pour mo- « tiver leur orgueilleux système? N'y sent-on pas, au contraire, ou la a sagesse d'un âge déjà très-avancé en foi et en vertu, ou le reflet « encore tiède et Zwmmewa; d'une bévélation primitive, maleffa- « cée de la mémoire des hommes.? Ne dirait-on pas, à la lecture de « ces lignes sublimes, qu'une racine pleine de la sève morale du «. CHRISTIANISME FUTUR végétait dans les flancs du prêtre in- « dien? » {Ibid.)

Voilà ce que vient de reconnaître et d'avouer à la face du monde cette grande intelligence qui l'a autant scandalisé par sa chute qu'il l'avait ravi précédemment par ses chants célestes! Mais, on le voit, M. de Lamartine n'en est, lui aussi, revenu à la confession claire, explicite qu'on vient de lire des dogmes de la création du monde et de l'homme, dlune révélation divine primitive, de la chute originelle, de l'authenticité et la divinité de la Bible, de V antiquité et de la vérité du christianisme que par l'étude des croyances constantes et universelles des anciens peuples; en un mot, par la méthode traditionnelle.

SIMKME CHAPITBB. 305

Il est donc démontré, par les raisonnements aussi bien que par les faits qui se passent sous nos yeux, qu'en partant du principe : Que C homme tout seul lia jamais découvert, n'a pu découvrir aucune vérité de l'ordre spirituel et moral; mais que tout ce qu'il sait sur ce sujet, il fa appris par la tradition qui remonte jusqu'à l'origine du monde ou jusqu'à Dieu; il est démontré qu'en partant de ce principe la méthode traditionnelle conduit nécessairement à admettre une révélation primitive du Dieu créateur, qui, à son tour, conduit à la révélation perfectionnée et complétée par le Dieu rédempteur. Une fois qu'à Taide de cette méthode on s'est convaincu que Dieu a vraiment parié à l'homme, et que le précieux dépôt de son auguste parole ne se trouve pur et complet que dans I Égiise,*il devient évident qu'on est dispensé de discuter un à un (long et pénible labeur!) les dogmes de l'Église^ qu'il faut admettre dans leur ensemble et sans discussion. Car ces dogmes sont la parole de Dieu conQée à l'Église et enseignée par l'Église; et la parole de Dieu se croit, elle ne se discute pas; la parole de Dieu doit être admise par la raison lors même que la raison ne la comprend pas. Ainsi cette méthode, qu'on a osé présenter comme plaçant la raison humaine dans une fausse position vis-à-vis de l'erreur, est, en fait^ la méthode par laquelle la raison peut le plus facilement se débarrasser de toute erreur, connaître et embrasser la vérité.

Enfin et par l'organe du plus accrédité de ses chefs, le semi-rationalisme a formulé aussi la même accusation contre le système traditionnel. « Dans ce système, a-t-il dit, la révélation divine surnaturelle « étant le principe des idées mères et de toutes les connaissances in- « tellectuelles,qui oserait, avec ce système, se flatter de pouvoir établir, « d'une manière certaine, la divinité du christianisme et de l'Église ? n Si l'autorité de l'Église est la véritable base de la certitude humaine, « dans l'ordre des connaissances naturelles, l'autorité de l'Église ne « peut être démontrée, puisqu'elle est un premier principe qui doit • démontrer tout le reste. Cette autorité doit donc posséder une évi- « dence immédiate et absolue, comme celîe des premiers principes. « Qui pourrait admettre une pareille idée? Et, quelque certaine que " soit l'autorité de l'Église, il est aussi évident que le jour qu'elle sup- « pose de nombreuses vérités qui la précèdent. Mais s'il n'y a aucun « moyen d'établir ces vérités, la foi raisonnable serait impossible. »

Mais, on le voit, cette accusation ne repose que sur rhypothèse que les traditionalistes admettent la RÉVÉLATION DIVINE SURNATU- RELLE commt le principe des idées mères et de toutes les premières connaissances intellectuelles; hypothèse qui, comme nous venonsde le prouver ^§44), est formellement repoussée par les traditionalistes. N'ayant donc qu'une supposition gratuite, sophistique, calomnieuse

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pour base, elle s'écroule d'elle-même comme un échafaudage qui n'a pas de support, et sans que nous ayons besoin de la réfuter. Quant au reproche qu'on fait encore au traditionalisme de vouloir détruire toute philosophie, nous en ferons justice dans le chapitre suivant.

Les voilà donc ces accusations que le semi-rationnlisme a fabriquées avec tant d'astuce, qu'il a émises avec tant d'impudence et dontilafait les titres de son triomphe contre la Tradition! Il n'en est pas une seule qu'il n'ait réfutée lui-même, ou dont il ne soit lui-même coupable. Il n'en est pas une seule qui ne soit fondée sur l'ignorance des vrais principes, sur l'abus des mots, sur la fausseté des idées, sur la légèreté ou sur la mauvaise foi. Il n'en est pas une seule qui ne soit un mensonge, un sophisme, une contradiction, une impertinence, une calomnie. En sorte que dans tout ce que le semi-rationalisme a accumulé de torts et de reproches contre la méthode traditionnelle il n'y a qu'une seule chose évidemment et incontestablement vraie; c'est que, ayant épuisé , à l'égard de la Tradition^ tous les moyens, toutes les ressources de l'injustice auxquels l'erreur a toujours recours contre la vérité, il est, lui, le semi-rationalisme, il est souvebainement

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