CINQUIÈME GRIEF CONTRE LE SEHI - RATIONALISME
C£ SYSTEMS MÈNE TOUT DBOIT A L'lIXOai^'<iSltE ET AO PROTESTAirnsVE
§ 5à. Prétention des philosophes d'être considérés comme des Messies. La doctrine semi-rationaliste de l'inspiration divine immédiate est l'appui de cette prétention sacrilège, et donne raison à tous les fanatiques et à tous les illuminés. Le protestantisme n'est que le mépris de l.v Tradition, se RtTRANCUAXT stR Lv Divi.vnÉ DE LA RAISON ET DE L\ BiBLE. Le semi-rationalisme, professant exactement la même doctrine, n'est que le protestantisme inconséquent, mais réel. De là les sympathies marquées des semirationalistes pour les protestants'aussi bien que pour les auteurs païens et pour les philosophes.
Parmi les grands scandales que la licence et le délire de la raison ont enfantes de nos jours, il en est un qui, pour n'être pas assez remarqué, n'en est pas moins révoltant, hideux et qui n'en serait pas moins en même temps ridicule s'il n'était satanique. C'est le scandale de tant de faux Messies qu'on voit surgir de toute part depuis qu'on a nié le Messie véritable. En France, Saint-Simon, Fourier, Towiasky, Mykievitz. Ledru-RoUin , Louis Blanc, Considérant, Cousin, Lamennais, Lamartine, Proudhon, Dupotet ne se sont-ils pas donnés pour des hommes inspires , chargés d'en haut de révéler au monde une religion nouvelle et une société nouvelle, de sauver l'humanité et de hii faire faire de nouveaux pas dans la voie du progrès indéfini? Ne se sont-ils pas, en un mot, donnés tout bonnement pour des Messies? L'Italie a aussi ses Messies, comme l'Angleterre, comme les États-Unis, la Russie, l'Allemagne et la Suisse ont les leurs.
Afin de se faire plus facilement admettre en celte qualité, ils ont eu la précaution d'apprendre aux hommes qu'il est dans la loi du progrès continuel de l'humanité et de V épanouissement successif de son activité de se résumer tout entière , de temps en temps , dans un seul homme , et que cet homme est Messie. A les entendre. Moïse, Bouddha , Fo , Confucius , Socrate , Platon , Jésus-Christ , Arius , Pélasge, Mahomet, Wicleff, Luther, Calvin , Weichaupt , Voltaire , Cagliostro n'ont été tous également que les Messies du passé ; et par là ils se sont flatté qu'en considération de la supériorité du génie qu'ils se décernent à eux-mêmes le monde ne ferait pas difficulté de les accepter comme les Messies des temps présents.
On attribue à l'un de ces nouveaux sauveurs du genre humain, que Ja France a le bonheur de posséder, et qui, comme on le sait, l'ont tant de fois sauvée et l'ont faite si heureuse (!), d'avoir dit : « Jésus-Christ « n'a été que l'homme le plus remarquable de son temps, comme je a le suis du mien. » C'est, comme on le voit, la démence élevée à sa plus haute puissance ; le blasphème prononçant son dernier mot ; l'impiété parvenue à l'extrémité de ses excès ; c'est l'orgueil de la créature intelligente atteignant son apogée et capable d'exciter la jalousie de Satan lui-même. Car Satan s'est contenté d'aspirer à la ressemblance de Dieu : Similis ero altissîmo {Isa.) ; tandis que nos Messies ont voulu prendre la place de Dieu , se substituer à Dieu , et comme de nouveaux hommes-dieux s'imposer aux adorations de l'univers. C'est I'anthropolatrie moderne dont l'un des docteurs du semirationalisme nous parlait, eu la déplorant, tout à l'heure (pag. 227), Et cependant cet innnense délire, ce comble de la perversité et de la scélératesse humaines ne sont que le produit logique des principes que le semi-rationalisme professe depuis près de deux siècles!
En effet, ayant enseigné et enseignant toujours que Dieu se manifeste à chaque homme par la raison, que la raison est une révélation naturelle, intérieure, directe de Dieu, une émanation de l'entité, de la raison divine, n'est-ce pas la chose la plus simple que ceux qui ont ou qui croient avoir une raison plus puissante et plus élevée que les autres hommes s'imaginent que Dieu s'est plus largement manifesté à eux; qu'ils connaissent en plus grand nombre et avec plus de clarté et de certitude les vérités de l'ordre spirituel et moral qu'il est donné à chaque homme de connaître par les seules lumières de la raison ; et que leur raison est une émanation plus parfaite de l'entité et de la raison de Dieu , une identification plus complète avec elle ? Et, par cela même , n'est-ce pas la chose la plus simple qu'ils se croient chargés de répandre autour d'eux les lumières qu'ils ont reçues en si grande abondance et de faire à l'humanité des révélations nouvelles ? IN'est-ce pas la chose la plus simple , enfin , qu'ils se persuadent être des hommes exceptionnels, des hommes supérieurs , des hommes divins , des Messies.'
Vous avez beau faire; vous avez beau prêcher « que la théologie « doit rester toujours la ligne normale des développements philosopbi- « ques , et qu'on doit rejeter tout ce qui ne se trouve pas en harmo- « nie avec la révélation de la Bible et n'est pas éclairé de son rayon lu- « mineux;» vous n'obtiendrez jamais d'un homme à qui vous aurez fait croire que sa raison est une révélation aussi divine que l'Écriture qu'il captive sa raison dans V hommage de la foi à l'Ecriture. Vous n'obtiendrez jamais d'un homme à qui vous aurez fait croire qu'il re-
coit une révélation intérieure, directe, naturelle de Dieu qu'il y renonce, ou du moins qu'il la soumette à une révélation extérieure, indirecte , surnaturelle. Vous n'obtiendrez jamais d'un homme à qui vous aurez fait croire qu'il est en communication immédiate a^vec Dieu qu'il est plus sage et plus sûr de communiquer avecDieuparfe moyen de l'Église ni qu'il accepte l'enseignement de l'Église. Aussi tous les enthousiastes , les fanatiques, les illuminés, les imposteurs qui, aux différentes époques de l'humanité, ont surgi dans le monde, ce n'est que d'aptes la persuasion sincère, ou par eux imposée au public, qu'Us étaient inspirés de Dieu qu'ils se sont mis en état de révolte contre les croyances du genre humain , contre l'enseignement et la foi de l'Église; c'est ainsi qu'ils ont trompé les ignorants, les niais , les peuples , après s'être trompés eux-mêmes ; c'est ainsi qu'ils ont fait des schismes et ont persécuté l'Église ! Voilà donc le semi-rationalisme convaincu de pousser, par ses doctrines, les esprits faibles au fanatisme et à l'illuminisme !
Nous pouvons affirmer avec plus d'assurance encore qu'enseigner, comme le fait le semi-rationalisme avec tant d"impudence et de hardiesse, que les vérités proviennent de deuœ sources, la Raison et rÉCBiTURK , et que ces deux sources sont également divines, également révélées, c'est donner raison au protestantisme , c'est y adhérer, c'est y souscrire; et que cette sentence n'est pas seulement une absurdité, mais qu'elle est de plus une hérésie.
Personne n'ignore que, considéré dans sa formule la plus générale, le protestantisme n'est que la Bible interprétée par la raison de chaque chrétien.
Par cette doctrine, qui est son constitutif essentiel, le protestantisme rejette la tradition de l'Église, qui, pour nous autres catholiques ^des professeurs de théologie devraient le savoir), est une source de vérité aussi autorisée, aussi infaillible, aussi divine que la Bible elle-même. Car, pour nous, la tradition est, elle aussi, la pa- BOLE DE DiEO TRANSMISE, vcrbum Dci traditum, comme la Bible est LA PAROLE DE DiEU ÉCRITE, verbum Dei scriptum. Pour nous, la tradition est maintenue toujours pure de toutes erreurs par la même providence de Dieu qui a maintenu la Bible toujours intacte de toute altération ; et pour nous, enfin. Dieu lui-même est l'auteur de l'une et de l'autre. C'est pour cela que nous les acceptons avec la même docilité et que nous les vénérons avec le même respect. D'après la foi et la théologie catholiques, les vérités tiennent donc de deux sources, et qui ne sont point la Maison et V Écriture; car ce serait là le protestantisme dans toute sa rigueur; mais ces deux sources sont la Bible et la Tradition, c'est-à-dire la Bible expliquée par la tradition ou par la foi
constante et universelle de l'Église. En d'autres termes, d'après la foi et la théologie catholiques, les sources de la vérité ne sont que la parole de Dieu écrite^ expliquée par la parole de Dieu transmise (1). En un mot, ce sont deux témoignages divins venant à l'appui l'un de l'autre, s'expliquant l'un par l'autre , pour le maintien de l'unité des mêmes vérités ; et c'est ce qui fait le fondement de la certitude divine avec laquelle la vraie Église, infaillible dans ses jugements, juge les questions bibliques.
Mais, comme toute loi écrite, la parole de Dieu écrite^ ou la Bible, ne peut pas se passer d'une autorité vivante qui l'explique dans son sens légitime et mette (in aux controverses qui s'élèvent parmi les chrétiens au sujet de ce sens. Or, le protestantisme, ne voulant pas admettre la tradition dont est dépositaire et l'interprète suprême et infaillible l'Église, comme l'unique autorité que Dieu même a établie pour expliquer la Bible et trancher toute question au sujet de la Bible, le protestantisme a dû , de toute nécessité, y substituer la raison.
Mais, encore^ il n'y a qu'un interprète divin qui puisse expliquer infailliblement la parole divine. Ayant donc remplacé la tradition par la raison dans l'interprétation du vrai sens de la Bible, le protestantisme a été obligé, par la contradiction la plus flagrante et la plus grossière, par le trait de démence le mieux caractérisé, d'attribuer à la raison ■particulière de chaque chrétien lisant la Bible l'autorité divine, l'infaillibilité qu'il a refusée à l'Église et à la tradition de l'Église, c'est-à-dire à la raison catholique {universelle) de tous les chrétiens croyant à l'Église. Il a été obligé de reconnaître la raison comme une source de vérité aussi divine que la Bible. Et de là la formule qui résume toute sa doctrine : Qu'il n'y a que deux sources de la vérité révélée, la Raison et la Bible (2).
(1) « Ecclesia.... orthodoxorum Patrum exempla secnta, omnes libros lam n veteris quam novi Teslamenti, cura iitriiisqiie uniis Deus sit auctor, nec non « traditiones ipsas, ad fidem tum ad mores pertinentes, TANQUAM ORETENUS « A CHRISTO, VEL ASPIRITU SANCTO DICTATAS, et continua successione in « Ecclesia catholica conseivatas, PARI pietalis affectu ac reverentia suscipit « ac veneratur. {Concilium Trident., § 4, decr, de jib. Canon.) »
(2) Nous n'avions pas fini d'écrire ce qu'on lit ici qu'il nous est tombé sous la main une brochure intiulée : Considérations sur la PUISSANCE DE LA RAISON, chapitre extrait d'ïin ouvrage sur la conciliation rationnelle du droit et du devoir, par Henri Dismm ; Genève, 1856. C'est un nouveau dithyrambe en l'honneur de la divinité et de Yinfaillibilité (sic) de la raison par un rationaliste achevé. On ne se contente pas, dans cet écrit, aussi pitoyable aa point de vue de la philosophie que de la religion, de faire de la raison une source de vérité, et de diviniser la raison à l'égal de la Bible ; on y préfère la
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Mais c'est, en toutes lettre?, la formule du semi-rationalisme Pour lui aussi, on vient de l'entendre, il n'y a que deux sources de vérités, LA Raison?/ l'Kcriture, toutes deux révélées, toutes deux divines. Voilà donc le serai-rationalisme convaincu encore de parler exactement le langage du protestantisme et de professer le principe fondamental qui lui sert de base.
Voici encore deux traits bien frappants de ressemblance entre le semirationalisme et le protestantisme. En partant du principe « qu'en « fait de religion le chrétien ne doit s'en tenir qu'à sa raison et à « la Bible, » tout rrai protestant recette comme trompeur, ou du moins comme inutile, tout enseignement et tout jugement de l'Église touchant la vérité révélée. Et de même, en partant du principe « que
raison à ia Bible ; car on y cite (pag. 36) avec les plus grands éloges un théologien protestant (SI. Colanr affirmant « qu'en cas de contradiction entre la raison et la conscience ou l'Évangile, c'est l'f.va>cii.e qii acrâit tort, i- On y trouve aussi cette note : « Nous recorannandons à nos lecteurs les sept articles « de l'auteur de la Profession de /oi du dix-neuvième siècle, pnbliée dernière» K ment dans la Presse (de Paris! et adressée à M. Lan]artine(à l'occasion de sa « profession de foi à peu près catholique, qu'on vient de lire). M. Pelletan n'a « pas besoin de nos éloges pour être ce qu'il est, c'est-à-dire une intelligence n d'élite ; maii nous regretterions de ne pas profiter de l'occasion pour In i « faire parvenir cette expression âa plaisir que ses éaits nous procurent ton- "jours. Et, puisque nous avons cité la Presse, nons ne saurions terminer cette « note sans ajouter que nous désirerions que M. Girardin et M. Peyrat ne nons « tinssent pas à la ration ; ils ont une trop belle intelligence pour lésiner « arec elle ! Qu'ils prennent exemple plutôt sur la phalange des spirituels « écrivains des Débats, en se relayant tour à tour pour tenir toujours en éveil » l'esprit de leurs abonnes. Nous en dirons autant de« écrivains du Siècle, a toujours lucides, mais qui semblent, à quelques exceptions près (tout n'est « donc pas perdu), n'être plus animés de la même ardeur qu'autrefois (pag. 23). « Ainsi, pour ce fanatique rationaliste, chez lequel il ne reste plus rien du chrétien même prolestant, le Presse elle Siècle ne sont ni assez zélés, ni assez ardents, ni surtout aussi persévérants que les spirituels écrivains des Débats (le journal panégyriste du semi-rationalisme) à établir le règne de la raison snries dernières ruines de la foi chrétienne en France!... Et le semi-rationalisme, que fait-il en présence de cette horrible conspiration des rationalistes de tous les pays et d« toutes les nuances, se louant, s'eucou rageant les uns les autres dans ia guerre satanique qu'ils font à l'Ëgiise? Ce qu'il trouve avoir tie mieux à faire, c'est d'afiîrn)er que la raison est une source de vérités aussi divine et aussi révélée que la Bible; c'est d'imprimer des livres sur la valeur de la raison, sur la dignité de la raison, et de mêler sa voix aux hymnes que le ratiunahsme incrédule chante en l'honneur de la PUISSANCE DE LA RAISON! En vérité, le moment de dire de pareilles choses et de faire de tels travaux ne saurait être mieux dioisi... Ad majorem Dei gloriam!
« l'homme, rien que par sa propre raison, connaît certaines vé- « rites, parce que la raison est uue source de vérités aussi divine et « aussi révélée que l'Ecriture, » le semi-rationalisme rejette comme trompeur, ou du moins comme inutile, tout enseignement et tout jugement de la famille, de la société et même de l'humanité entière touchant la vérité naturelle. Et en effets tout en reconnaissant et en proclamant bien haut «que toute raison est enseignée, et que l'homme « dépourvu de tout enseignement, dénué de toute tradition est un « être hors de sa nature , un être chimérique; » et tout en se mettant en contradiction flagrante avec une telle doctrine, qui est sa doctrine, le semi-rationalisme n'en fait pas moins la guerre la plus acharnée au traditionalisme, parce que celui-ci soutient la nécessité d'un enseignement et d'un jugement domestique, social, humanitaire, pour que Ton puisse connaître l'existence du monde spirituel et moral, et croire avec la certitude de la foi, au moins naturelle, à Dieu, à l'âme, à la vie future et aux devoirs. Le semi-rationalisme ne veut donc pas Alntermédiaire; il refuse le ministère de la famille, de la société, de l'humanité dans la connaissance des vérités rationnelles, de même que Je protestantisme ne veut pas d'intermédiaire, et refuse le ministère de l'Église dans la connaissance des vérités révélées. Le semi-rationalisme prftend que la connaissance des premières vérités religieuses et morales naturelles, qui complète la raison de l'homme, n'est que l'effet d'une communication immédiate, directe de l'homme avec Dieu par la raison; de même que le protestant prétend que la connaissance des premières vérités religieuses et morales révélées, qui forme la raison du chrétien, n'est que l'effet d'une communication immédiate, directe du chrétien avec Jésus-Christ, ou avec le Saint- Esprit par la Bible.
C'est donc le même principe, la même doctrine qui sert de base aux deux systèmes : et le semi-rationalisme n'est qu'un vrai protestantisme dans l'ordre naturel, préparant la voie et tendant la main au protestantisme dans l'ordre surnaturel.
En second lieu , le protestant n'est que le chrétien s'attribuant le droit de protester, au nom de sa raison, contre l'enseignement traditionnel de l'Église. Fût-il donc mitigé et se contentât-il, en vertu de ce prétendu droit, de protester, par exemple, contre les sacrements et contre le pape seulement, il est reconnu qu'il ne peut pas condamner tout protestant aôso^M qui, en vertu du même droit et en poussant plus loin l'exercice de ce droit, protesté encore contre la divinité de Jésus-Christ, contre le dogme de la Trinité et contre Dieu même. De même le rationaliste n'est que l'homme s'attribuant, au nom de sa raison, le droit de raisonner en dehors de l'enseignement et de la tra-
dition de l'humanité. Fût-il donc modéré ou semi-rationaliste, et se conteutàt-il , en vertu de ce droit, de raisonner en dehors' de l'enseignement traditionnel de Ihumanité, seulement par rapport à quelques vérités, il ne peut condamner tout rationaliste absolu qui, en vertu du même droit et t-n poussant plus loin l'exercice de ce droit, prétend raisonner en dehors de l'enseignement de l'humanité , sans aucune réserve, et par rapport a toutes les vérités morales et religieuses.
Comme donc tous les protestants, quelle que soit l'extension de leurs protestaiions contre l'Église, sont obligés de se regarder comme membres de la même famille, de se tolérer les uns les autres et de se pardonner mutuellement leurs négations respectives du symbole catholique, de même tous les rationalistes, quelle que soit l'extension de leurs raisonnements ou plutôt de leurs déraisonnements en dehors de l'humanité, sont obligés de se regarder comme des frères, de se tolérer les uns les autres et de se pardonner mutuellement leurs écarts respectifs de la méthode traditionnelle.
C'est ce qu'on voit en effet. Les protestants de toutes dénominations schismatiques, lutliériens, calvinistes, intolérants jusqu'à la cruauté a l'égard des catholiques, non-seulement se tolèrent les uns les autres et se pardonnent mutuellement leurs différentes croyances religieuses, mais ils se montrent unis entre eux parles liens d'une charité tout évangelique, — d'après f Évangile réformé^ bien entendu. — Et de même les rationalistes de toutes nuances, mitigés ou absolus, catholiques ou philosophes, en un mot les semi-rationalistes et les rationalistes pur sang, intolérants jusqu'à la haine et à la persécution à l'égard des traditionalistes, non-seulement se tolèrent les uns les autres et se pardonnent mutuellement leurs différentes opinions philosophiques, maïs, comme nous l'avons fait remarquer au commencement de cet écrit, ils aiment à se trouver toujours ensemble, dans le même salon, à la même table^ et rien n'est plus touchant que leur entente cordiale.
Et puisque le protestantisme lui-même n'est qu'une nuance du rationalisme , nos semi-rationalistes ont des sympathies et même de la tendresse pour les protestants. Ils les traitent avec les plus grands égards; ils les laissent non-seulement vivre tranquilles, mais se propager. Cette loi d'enseignement, qui a fusionné dans les conseils suprêmes de l'instruction publique les évêques avec les ministres protestants et les rabbins, j)rotestants, eux aussi, mais d'un autre genre ; cette loi est leur oeuvre. Que voulez-vous .' du sang protestant et même païen coule dans leurs veines ; et le sang n'est pas de l'eau ! En étudiant de près la nature semi-rationaliste, on s'aperçoit que c'est un mélange de paganisme, de rationalisme et de protestantisme.
Ainsi, lorsque vous vous rencontrez avec un catholique, soit en paletot, soit en soutane ou en camail, mais enthousiaste pour les philosoplies et les littérateurs païens jusqu'à l'engouement, lorsque vous le voyez courtois avec les rationalistes jusqu'à la bassesse,t olérant envers les protestants jusqu'à affecter de l'indifférence en matière de religion, et surtout lorsque vous l'entendez déclamer contre le traditionalisme et contre la cour de Rome, dites : « C'est un semirationaliste que celui-là, » et vous ne vous tromperez pas.
Le semi-rationalisme, c'est donc du protestantisme, comme c'est du paganisme et du rationalisme. C'est du protestantisme en acUon comme en principe. Car le principe « que la raison est une source de vérités « aussi divine et révélée que l'Écriture » n'est ni plus ni moins que l'hérésie même , le principe fondamental du protestantisme.
Seulement il est, par bonheur, contradictoire avec lui-même, et repousse les conséquences de ce principe. Il daigne admettre que le chrétien doit sacrifier la divinité de sa raison à la divinité de la Bible, ce que le protestantisme ne fait pas ou ce que du moins il ne fait pas toujours. Donc le semi-rationalisme n'est que le protestantisme inconséquent, le protestantisme pour moitié, le protestantisme juste-milieu, le SEVii-pi^otestantis7ne, commeil est le STMi-paganisme, lesEMiratîonalisme ^ le s'EMi-pélagianisme de la philosophie, qui, tôt ou tard, aboutit au SEMi-pélagianisme de la religion. Le moyen donc de douter qu'il soit, par sa nature, essentiellement et souverainement funeste !