SIXIIÊME GRIEF CONTRE LE SEMI-RATIONALISME
impdissant contre le rationalisme absolu, il en nie les progrès, afin d'Être dispensé de le combattre.
§ 56. Fausse position du semi-rationalisme vis-à-vis du rationalisme incrédule. Preuve que ce dernier n'en ,faït aucun cas. Pourquxti le semirationalisme ne peut pas le réfuter sérieusement. Impudente affirmation de sa part « Que, dans ce moment, plusieurs erreurs disparaissent.» Il ne cherche par là qu'à s'endormir et à Jouir de son bien-être matériel.
Mais , si funeste par ses doctrines , le semi-rationalisme ne l'est pas moins par ses actes. Car voici ce que c'est qne le semi-rationalisme à l'œuvre.
On vient d'entendre le semi-rationalisme prenant en pitié les traditionalistes et les plaignant de la fausseté de la position qxiHls ont prise vis-à-vis du rationalisme ; on vient aussi de nous voir lui renvoyant cet acte de compassion insolente, dont nous n'avons nul besoin. N'ayant rien de commun avec le rationalisme , notre méthode
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différant de la sienne de toute la différence qui existe entre le jour et la nuit, entre le oui et le non , le tout et le rien , le vrai et le faux , la grâce et le péché, la position que nous avons prise vis-à-vis du rationalisme eut, nous l'avons prouvé, une position franche, tranchée, une position haute, une position vraie, sûre, solide. De cette hauteur, nous pouvons le combattre , comme nous le combattons, et avec ce succès que le rationalisme constate lui-même par ses cris, par ses colères et par ses fureurs. Mais le semi-rationalisme ayant adopté ses mêmes principes, ses mêmes doctrines, ses mêmes théories , et syn>pathisant avec lui de la manière la plus prononcée (Voy. ci-dessus, §S 51 et 52) ; étant en communauté d'esprit et de nom avec lui et identifié en lui, c'est au contraire lui qui a pris, vis-à-ris du rationalisme, une position évidemment fausse, parce qu'elle est une position incertaine , indéterminée, précaire et même ridicule; position où il est plus en état de recevoir ses coups que de lui en porter,- plus en état d'en être battu que de le battre.
Ah ! Messieurs les semi-rationalistes, vous aurez benu vouloir faire la guerre, quoique à de rares intervalles et d'une main timide, au rationalisme absolu. Tant que, en vous mettant en contradiction avec vous-mêmes, comme vous le faites depuis plusieurs années, vous accorderez au rationalisme que l'esprit humain n'a besoin que de lui-même pour découvrir le monde spirituel et moral, et que l'homme ne puise qu'en lui-même la révélation de l'existence de ce monde pour s'en former les idées et atteindre aux conditions constitutives de sa raison, vous ne parviendrez jamais à persuader au rationalisme absolu que la raison, si puissante en elle-même et qui l'aurait si bien servi au commencement, n'est que faible dans la suite et ne saurait plus lui servir jusqu'au bout, en sorte que la révélation surnaturelle lui soit absolument nécessaire. Il fera valoir, — ainsi qu'il nous le prouve dans tous ses écrits — il fera valoir contre la nécessité de votre révélation surnaturelle les n^êmes raisons qui vous donnent le triste courage de combattre la nécessité d'une révélation naturelle; vos raisonnements n'auront aucune valeur ; vos coups ne porteront que dans le vide; c'est en l'air que votre zèle s'épuisera; et vous en serez pour la bonté de vos intentions, pour l'inutilité de vos œuvres. C'est que la contradiction , l'inconséquence et la lâcheté, qui font bon marché des principes , ne sont pas des moyens propres à triompher de l'erreur!
La vérité de ces observations vient de recevoir une confirmation éclatante par le fait de votre propre expérience. Votre injustice à notre égard ne nous empêchera jamais de vous rendre justice là où vous y avez droit. Votre impertinence à nous refuser jusqu'à Yanalogue de la raison, qu'on ne refuse pas même aux brutes, ne nous fera pas vous
refuser le talent. Nous nous plaisons donc à reconnaître que , de nos jours, on n'a rien écrit qui vaille les belles et magnifiques pages dans lesquelles vous avez démontré la nécessité, la vérité, l'existence de la révélation surnaturelle.
Mais d'abord vous n'avez pu le faire qu'en réfutant vous-mêmes tout ce que vous vous étiez permis de dire contre la Tradition, en adoptant et en rappelant à chaque instant tous ses principes et toutes ses doctrines. Ensuite, comme ces rétractations éclatantes n'ont pas suffi à effacer tout ce que vous avez dit de faux, d'injurieux et d'outrageant contre la Tradition, non plus que les malheureuses concessions que vous avez faites au rationalisme dans le même ouvrage , vôtre éloquente apologie de la religion révélée n'a point fait, — vous devez bien le savoir, — la moindre impression sur l'esprit des rationalistes, que vous vouliez convertir (1). Peut-être ne vous ont-ils pas même lus ; et dans tous les cas, vous ne les avez pas empêchés de vous jeter à la figure leur ouvrage sur la Religion naturelle. Ne vous faites donc pas illusion. Tant que vous jouerez à la bascule; tant que vous boiterez des deux côtés; tant que vous serez moitié catholiques et moitié philosophes ; tant que vous voudrez persuader la nécesssité d'une révélation surnatuelle à la raison, que vous aurez affranchie de la nécessité d'accepter une révélation naturelle, vous réjouirez les rationalistes, vous leur causerez une vraie satisfaction, comme ils vous l'ont eux-mêmes déclaré, mais vous ne les changerez pas ; et la stérilité de tous vos travaux et l'impuissance de tous vos efforts vous prouveront toujours que ce n'est pas notre position, mais la vôtre quiest fausse vis-à-vis du rationalisme.
Et comment le semi-rationalisme pourrait-il combattre avec succès le rationalisme? Il le voudrait qu'il n'en aurait pas le courage, et les armes lui tomberaient des mains, comme au soldat qui, marchant contre un ennemi , se trouve face à face de son frère !
On ne peut pas faire la guerre à un système dont on partage,, à quelque degré que ce soit, les intérêts, les principes et les doctrines! Le semi-rationalisme, nous l'avons démontré déjà (chap. ii), n'est au fond que le rationalisme voilé^ n'est que le rationalisme moins la franchise et la logique; il n'est que le rationalisme juste-milieu, voulant sauver la chèvre et le chou et craignant de compromettre ses intérêts et sa béatitude ! Les semi-rationalistes ne peuvent donc faire ni plus ni moins ce qu'ils font contre le rationalisme, c'est-à-dire : Néant.
Ils ont quelquefois l'air d'attaquer les philosophes ; mais, bienveil-
(1) Cette étrange illusion, que le semi-rationalisme se fait à lui-même, de pouvoir, par ses lâches concessions et ses bienveillants procédés, convertir les ratianalis tes incrédules, se trouve détruite dans I'appendix de cet Ouvrage.
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lants avec eux jusqu'à la bassesse, ils ne tirent qu'à poudre sur eux; ils sembleal les caresser au lieu de les frapper; ils poussent la politesse à leur égard au point de n'oser même les louer sans leur permission (historique). Tandis qu'impitoyables jusqu'à la brutalité avec les vrais chrétiens, ils tirent sur eux à balle, les égards même qu'ils affectent envers eux ne sont que des impertinences, les louanges qu'ils leur adressent que des soufflets.
Et, d'ailleurs , si uos zélés et pieux semi-rationalistes étaient assez imprudents, 9ssez fanatiques pour prendre feu, dans le moment actuel, pour la défense du divin Sauveur blasphémé et de sa religion sainte foulée aux pieds par l'incrédulité, cela ne les signalerait-il pas a la rage de l'enfer et aux violences de tout genre de la part des satellites de Satan ? Cela ne les exposerait-il pas aux haines d'un parti puissant qui dispose de la renommée, aux sarcasmes d'un cynisme impie et à toutes les calomnies de la part de l'ignorance et de la mauvaise foi ? Or, leur dévouement ne va pas jusqu'à leur inspirer le courage de braver de tels dangers. Us en prennent donc bravement leur parti ; ils font de la sagesse , de la modération., du savoir-vivre au proUt delà philosophie, aux dépens.... de la religion.
Indifférents en présence de tant d'erreurs et de scandales qui pervertissent les âmes, impassibles en présence de tant de misères qui abîment le corps, ils ne s'occupent que d'exploiter les positions avantageuses que la bassesse, l'intrigue, la partialité, l'injustice, un mérite imaginaire et des réputations usurpées leur ont procurées. A les voir, à les entendre, on dirait que nous sommes dans le meilleur des mondes possibles. Le Bonion est nos hic esse, que l'Évangile reproche à saint Pierre, et le Quaerunt qux sua sunt, stigmatisé par saint Paul, sont leur devise et leur règle. Ils n'aiment à rien voir, à rien entendre qui puisse troubler la béatitude matérielle dont ils jouissent ou interrompre le repos qu'ils goûtent dans les bras d'un optimisme trompeur!
Aussi nient-ils le mal pour ne pas être obligés de faire le bien ; Moluerunt inteiiigere, ut bene agerent {Psal. 35). Eu doutez-vous .' Mais ne les entendez-vous pas appeler prophètes de malheur, injustes détracteurs de leur pays et de leur siècle les hommes zélés qui essayeiit d'attirer leur attention sur les maux de tout genre qui nous entourent et sur ceux encore plus grands qui nous menacent.' En doutez-vous encore? Lisez donc ceci : — c'est toujours l'un des chefs du serai-rationalisme, l'auteur de la rateur,eic., qui l'a écrit. —
« A ces coups (des conciles provinciaux de France), toutes les er- « reurs n'ont pas disparu : qui pouvait l'espérer? Mais plusieurs « disparaissent et s'effacent , et l'on s'aperçoit que les libres pen-
« seurs ont réfléchi. S'ils ont été salutairement effrayés par les évé- « nements du dehors, ils ont pu être éclairés par les enseignements de « V Église. La crainte leur a ouvert les yeux, et l'Église leur a pré- « sente la lumière (p. 455). »
Ainsi , pour cet auteur, on se serait aperçu que les libres penseurs vont revenir par la réflexion à la vraie sagesse, tandis qu'à l'exception des semi-rationalistes, leurs amis, personne ne s'est encore aperçu de ce retour de leur part et que le monde ne s'en doute même pas ! Ainsi, grâce à cet auteur, les libres penseurs auraient été salutairement effrayés par les événements du dehors., tandis qu'ils sont rassurés plus que jamais, et que, si on les laissait faire, ils seraient tout prêts à recommencer et à plonger leur belle patrie dans de nouveaux malheurs! Ainsi, pour cet auteur, la peur aurait fait ouvrir les yeux aux libres penseurs; elle les auraient rapprochés de l'Église pour entendre ses enseignements et profiter de sa lumière, tandis qu'il est de notoriété publique que les libres penseurs de nos jours repoussent plus que jamais l'enseignement, ferment plus que jamais leurs yeux à la lumière de l'Église, ne veulent pas de l'Église et font à l'Église une guerre aussi ouverte qu'acharnée. Ainsi, pour cet auteur, en ce moment, plusieurs erreurs disparaîtraient et s'effaceraient., tandis que rien n'est plus sensible, en ce moment , qu'une nouvelle recrudescence de haine de toutes les erreurs contre la vérité catholique, et que tout ce qui a de la foi gémit de ce que, sur ce sujet, on en est exactement où l'on en était dans les dernières années de la Restauration.
Quelle serait, en effet, l'erreur qui, de nos juurs, attrait disparu et se serait effacée^ Est-ce, par exemple, le pbotestantisme , qui, ne comptant que six chapelles il y a vingt-cinq ans, en compte maintenant trois ou quatre fois de plus dans la seule ville de Paris, et va gagnant toujours du terrain, dans les hautes classes au nom de Vindifférence, et dans le peuple par les moyens de la corruption ? Est-ce le RATIONALISME, qui se dresse toujours plus fier, plus prétentieux et plus menaçant dans Its écrits de MM. Saisset et. Saint-René Taillandier? Est-ce le naturalisme, qui vient d'être formulé en nouvelle morale et en nouvelle religion dans les ouvrages de M. Simon sur le Devoir et sur la Religion naturelle ? Est-ce le panthéisme, que, dans son livre Ciel et Terre, M. Renaud vient de présentera son tour comme la seule vraie religiou du genre humain.'' Est-ce enfin le matéuialisme et l'athéisme, que, dans ses prétendues i'^wc/es philosophiques, avec un cynisme inconnu même au dix-huilième siècle, un jeune insensé vient de proclamer comme le seul moyen d'assurer le bonheur de l'homme et de faire progresser l'humanité ?
Toutes ces erreurs n'ont-elles pas de prétendus savants qui les pro-
fessent, des commentateurs qui les exposent, des littérateurs qui les vantent, des journaux qui les propagent avec un éclat, un dévergondage qui seraient le comble du scandale si l'on n'avait à déplorer un scandale encore plus grand , celui de l'indifférence avec laquelle l'opinion publique assiste à ces impudentes manifestations de l'impiété! Comment donc ose-t-on dire que plusieurs erreurs ont disparu et se sont effacées f Comment, taudis qu'on les voit affichées , EN TOUTES LETTRES , dans les annonces qui remplissent toutes les feuilles périodiques et qui tapissent toutes les rues ? La religion et ses dogmes, sa morale et son culte, l'Église et ses Saints, ses solennités et ses ministres, la piété, ses ferveurs et ses pratiques ne sont-ils pas signalés tous les jours à l'incrédulité sauvage des masses , comme des objets dignes d'exécration et de mépris ? Y a-t-il rien de chrétien, dhonorable, de vertueux , de sacré qui échappe aux attaques de l'astucieuse hypocrisie des Débats ^ au persiflage du Charicarij aux raisonnements captieux de la Presse, aux déclamations furibondes du Siècle f En admettant donc, comme nous voulons bien l'admettre, que notre auteur n'ait pas voulu en imposer à ses lecteurs, n'est-ce pas pousser au suprême degré la simplicité , la bonhomie , l'illusion qu'oser présenter au public comme toutes prêtes à se convertir l'hérésie et l'incrédulité, dans un temps oij elles se montrent plus que jamais obstinées dans leur haine contre l'Église, contre la foi et contre toute vérité?
En rendant compte de la Religion naturelle de M. Simon, le savant M. Lherminier, qui, en vrai philosophe, ayant cherché sincèrement la vérité, a fini par la retrouver, a fait ces sages, mais navrantes réflexions :
« Cette résurrection de la Religion naturelle nous a surpris , nous « ne le cacherons pas. Nous étions loin de nous attendre qu'au milieu « du dix-neuvième siècle on fît la tentative de reprendre et de raco commoder cette machine de guerre du dix-huitième... Nous trouvons « dans la Religion naturelle de IVL Jules Simon la preuve que des homa mes distingués, au lieu démarcher en avant dans la recherche de « la vérité, se replient sur le dernier siècle et lui demandent des « arguments, des armes. M. Jules Simon nous dit aussi qu'il écrit pour « les esprits qui ne sauraient admettre le principe de la révélation et « qui se livrent sans réserve à la philosophie. Il veut encore marquer « d'une main ferme la limite qui sépare ce que nous pouvons connaî- « tre de ce que nous ne saurions comprendre. Mais alors que devient M l'unité de la vérité? Quoi! nous avons travaillé pour en approcher « le plus possible; tous les esprits éminents dans l'ordre religieux et « dans l'ordre philosophique se sont proposé comme but , comme
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« récompense de leurs efforts l'accord des croyances et des idées, de « la foi et de la raison , de la tradition et du progrès légitime, et on, « vient recommencer aujourd'hui une scission mauvaise^ inféconde « entre les parties intégrantes de la vérité, qui\,est essentiellement « unel Qu'il s'en soit plus ou moins rendu compte, M. Jules Simon, « par sa Religion natiirelle, nous fait rétrograder de cent ans; il « nous replace au milieu du dix-huitième siècle ; il pose de nouveau « les problèmes comme on les posait alors ; et tout le travail par le- « quel les grandes questions religieuses ou philosophiques ont été non « pas résolues, mais du moins mieux définies et embrassées dans leur « étendue, semble comme perdu, comme effacé. »
Ainsi, pour M. Lherminier, nous serions retournés aux plus mauvais jours de la philosophie du dernier siècle. Point de progrès dans la polémique philosophique en faveur de la religion révélée; nous nous trouverions en présence des mêmes erreurs, des mêmes blasphèmes que nos pères, sauf que, à chaque production impie qu'alors l'enfer vomissait sur la terre, les philosophes vraiment catholiques, nos pères , jetaient un cri d'alarme, d'indignation et de douleur, et que de nos jours nos philosophes, soi-disant catholiques, y restent tout à fait indifférents! JN'est-ce donc pas le comble de l'aveuglement, si ce n'est le délire du mensonge, qu'oser dire au public vraiment catholique, gémissant de pareils scandales.- Vous avez tort de vous plaindre de la situation d'aujourd'hui, car beaucoup d'erreurs ont disparu et se sont effacées ?
Mais on croit difficilement ce qui n'est pas commode à croire. Si le semi-rationalisme croyait ou donnait à entendre qu'il croit aux pertes et aux dangers delà religion , par un reste de sentiment du devoir, ou du moins par un reste de pudeur , il serait obligé de changer la vie douce et commode qu'il s'est faite contre une vie de mouvement, d'action, de préoccupations, de sollicitudes, de peines et de sacrifices. 11 serait obligé de s'exposer aux violences, aux persécutions de certains partis qui, farieux de ne pouvoir faire de l'opposition sur le terrain de la politique, s'en dédommagent en faisant de l'opposition sur le terrain de la vérité religieuse, et qui se consolent de la guerre qu'ils ne peuvent faire aux hommes d'État par la guerre qu'ils font aux ministres fidèles, aux défenseurs zélés de la religion. Or, c'est précisément ce que le semi-rationalisme ne se soucie pas trop de faire. Pour se dispenser donc de travailler à conjurer le danger, il le nie; pour éviter de s'engager dans de rudes et pénibles combats contre le mal, il dit que tout va bien, et se livre à un scandaleux ya^'-nie/J/e; Noluerunt intelligere, ut bene agerent
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SEPTIÈME r.RIEF CONTRE LE SEMI-RATIOXALISME :
a FAIT DR UAL IlUERSE A LA RELIGION E5 KB OOMBArrANT QOB SB8 TRAIS DÉFENSEURS.
S 57. Le semi-rationalisme n^a du zèle et de ractivité que contre le tradi' tionalisme. Manière indigne dont il a traité M. Donoso Cortès. Deux de ses nouveaux chamfnons signalant leur entrée dans le parti par d'incompréhensibles attaques contre les traditionalistes. Sa troisième levée de bouclier contre l'Cmyers. // divise et neutralise les forces des écrivains catholiques, au grand avantage de lincrédulité, qui, aujourd'hui, se dresse menaçante plus que jamais. Il ne se /ait de bien en France que par les tradilionalisfes. Loin de favoriser ce bien, le semi-rationalisme ne fait que l'empêcher ou rarrêter.
Nous nous trompons, le semi-rationalisme ne dort pas ; il se donne beaucoup de mouvement, beaucoup de peine et il fait beaucoup contre... les vrais catholiques, les traditionalistes. Nous avons signalé plus haut ses horribles procédés à leur égard ( § 8) ; mais nous n'avons pas tout dit, nous n'en avons pas dit assez. Au scandale qui frappe les yeu.t de tout le monde, de laisser tranquilles , de caresser même les incrédules, il ajoute le scandale, plus révoltant encore, de persécuter, par tous les moyen-J, les hommes de foi et de ne persécuter qu'eux ! C'est contre eux qu'il emploie toutes ses forces, tout son crédit, toute son influence, toute son autorité. Il ne censure que leurs doctrines, il ne déprécie que leur talent, il ne calomnie que leur personne, il n'attaque que leurs ouvrages, il ne s'oppose qu'à leurs entreprises, il ne combat que leurs projets de bien. Les efforts, les inventions et les industries de leur zèle et de leur charité n'échouent , le plus souvent, que devant les obstacles de tout genre que leur créent sa haine , son injustice et sa jalousie !
La belle entreprise d'une Bibliothèque catholique populaire , pour citer lin exemple, qui eût, en quelque numière, neutralisé le mal des doctrines vénéneuses que répandent des bibliothèques populaires de tout autre genre et qui eut produit un immense bien, n'a été arrêtée dans son développement que par les critiques insensées que le semirationalisme s'est permises des ouvrages qui la composent. On se souvient avec quelle rage il sest rué sur le beau livre de M. Donoso Cortès, Essai sur le Catholicisme, qui avait, à juste litre, obtenu la première place dans cette collection. C'était au moment où l'on répandait, par centaines de milliers d'exemplaires en France, le livre du plus stupide déisme , la Confession du Ficaire sacoyard, de Rous-
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seau , dont V Assemblée constituante de 1848 avait ordonné la réimpression aux frais de l'État, pour moraliser le peuple. Eh bien, le semi-rationalisme, qui était alors puissant au point de vue politique , ne trouva pas dans son zèle pour la vraie religion un seul mot à dire, une seule observation à faire sur ce grand scandale. Apparemment parce qu'à ses yeux la religion du peuple français n'avait rien à craindre de la propagation de cette apologie de l'indifférentisme religieux, et qu'au contraire Y Essai sur le Catholicisme pouvait sérieusement la compromettre!!! Il laissa donc Rousseau renouveler et continuer paisiblement son œuvre de la destruction du catholicisme en France, et il ne s'attacha qu'à signaler comme hérétique le successeur de M. de Maistre, l'un des plus beaux génies et des plus grands catholiques de nos jours. Le rationalisme absolu attaqua, lui aussi, cette gloire de l'Église; mais ce fut le semi-rationalisme qui l'emporta, dans ses journaux, par l'excès de la violence, de l'injustice et de l'impudeur.
Et ne voit-on pas se renouveler tous les jours le scandale de chrétiens sincères et même fervents, — mais semi-rationalistes au point de vue philosophique , — qui , muets, inactifs , indifférents à l'égard des philosophes, ne s'émeuvent et ne vocifèrent que contre les vrais catholiques, les tradiiionalistes ! Voyez tout ce qui sort de la presse semi-rationaliste, livres, brochures, revues, journaux. A l'exception près des belles pages en faveur de la révélation divine que nous venons de mentionner, vous y chercherez en vain des réfutations solides, sérieuses contre la grande hérésie du jour, le rationalisme incrédule. Vous n'y trouverez que des diatribes plus ou moins injustes, plus ou moins acrimonieuses, plus ou moins insolentes contre le traditionalisme, comme si c'était du côté du traditionalisme qu'on eût à craindre la ruine entière de l'ordre social et la destruction de ce qui reste encore de christianisme en France !
Dernièrement, des hommes aussi honorables par le caractère qu'ils sont dépourvus des principes du vrai savoir, écrivains aussi distingués qu'ils sont pauvres philosophes, n'ont signalé leur entrée dans la rédaction d'une Revue — qui avait besoin de s'appuyer de leur nom et qui dans ce moment ne vit qu'aux dépens de leur réputation— que par des articles qu'on peut résumer dans ces deux mots : Tous les maux dont le catholicisme a dans ce moment à se plaindre ne sont imputables qu'aux imprudences et aux excès des écrivains catholiques. Pour l'auteur du Coup d' œil sur la Controverse religieuse du jour ^ si la Presse, par exemple, le Siècle^ les Débats, le Charivari, la Revue des deux Mondes et toute la coterie voUairienne attaquent avec tant de rage, blasphèment avec tant de fureur et traînent tous les jours daus la boue tout dogme, toute morale , tout culte, le catholicisme,
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rÉglise>Jé8us-Cbrist et Dieu lui-même, la faute u'en est qu'à finivers^ aux yinnales de philosophie chrétienne, aux Etudes sur le christianisme t voire même aux Jnnales du Bien et au Journal de la Charité. Ce sont les violences de ces feuilles, de ces livres catholiques qui auraient excité les susceptibilités religieuses de rincrédulité ! Pour le noble auteur de l'iacompréhensible écrit sur le;;ar/t catholique , c'est aussi ce parti qui est cause de tous les maux de la religion, voire même de cette triste loi sur l'enseignement, dans laquelle l'indifférence en matière de religion a été établie en principe , et la plus précieuse des libertés^ réclamée depuis tant d'années par le catholicisme, immolée aux exigences et aux intrigues du parti voitairien de la main d'orateurs catholiques. Et remarquez bien que tout cela a été dit dans une feuille dont quelques rédacteurs ne se refusent pas toute espèce de violence et d'injustice dans la discussion!
Ah! vraiment, il est navrant de voir des hommes religieux, n pleins de douceur, de courtoisie et d'égards pour les démoUsseurs de la religion, ne réserver leur colère, leurs invectives et leur» emportements que pour les défenseurs de leur propre foi ! Mais que voulez-vous? c'est une nécessité de la position qu'ils ont prise. Ils se sont convertis au semi-rationalisme ; et, dans cette communion philosophique, comme la réfutation du rationalisme est une impossibilité , un non-sens, la persécution du traditionalisme devient une nécessité.
Au moment même où nous écrivons, le semi-rationalisme , qui n'a jamais rien entrepris, qui ne fait et ne dit rien contre tant de livres et de journaux impies répandant partout et si loin l'impiété, en est à sa troisième croisade contre F Univers ; il vient de l'attaquer par un violent libelle anonyme (1). Or, malgré ses défauts, qu'il reconnaît et avoue lui-même, rinivers est au fond l'unique organe de l'opinion catholique, le plus sérieux et le plus redoutable défenseur du catholicisme dans la presse périodique européenne. Combat-
(I) Voici comment le journal le plas orthodoxe, le plus indépendant, le plus sensé et le plus répandu de tous les journaux de la province, le Messager du Midi (du 7 août 1856), vient de flétrir la mauvaise foi, l'injustice et les intrignes du semi-rationalisme, à l'occasion de celte brochure : « Un de nos cor- « respondants de Paris nous signalait dernièrement l'apparilion d'un pamphlet « intitulé rUnirers jugé par lui-même, qu'on a distribué gratis aux princi- « paux membres du clergé et dans lequel, avec une mauvaise foi insigne, on « a rapproché quelques passages extraits rà et là de la collection entière de « VVnivers, pour en faire un acte d'accusation contre M. Yeuillol. Ce sont là « des procédés odieux et que n'emploient |)as les éciivains les moins délicats ■ sur le choix des armes de la polémique. On s'étoajje donc de les voir mis eu « œuvre par une coterie qui se prétend religieuse, catholique, parlementaire et
tre donc ce journal , ce n'est pas, il s'en faut, du zèU catholique (1). ' Ce sont des moyens indirects, si l'on veut; mais il est impossible de calculer le mal que, par ces moyens, les semi-rationalistes causent à la religion! Ce même journal, VUnivers, et dans ce journal un seul homme d'un talent exceptionnel ne fait-il pas passer de mauvais quarts d'heures à tous les organes de l'impiété ? Que serail-i! si tous les hommes de talent et de doctrine, si tous les grands écrivains que, grâce à Dieu , le catholicisme compte en si grand nombre , au lieu d'être divisés et de se déchirer entre eux par des querelles intestines, par la guerre civile, étaient unis en un corps d'armée compacte contre tous les ennemis extérieurs du catholicisme? Ah ! ils leur feraient un bien mauvais parti ! Ils porteraient dans leur rang le trouble, la consternation, le découragement, ces avant-coureurs de la défaite! ils les chasseraient de toutes les positions avantageuses qu'ils occupent ; ils leur feraient éprouver des pertes qu'ils ne pourraient réparer. Ils leur enlèveraietit les chefs les plus habiles , les combattants les plus généreux. Ils réduiraient toutes leurs batteries au silence. Ils les obligeraient à se cacher ou à fuir ; et lors même qu'ils
« même académique. Nous avons dit cent fois que nons ne partagions pas « tontes les opinions de r£/n/i;er5; par conséquent nons ne trouvons pasextraor- « dinaire qu'il soulève des discussions vives. Mais on ne peut s'empêcher de « reconnaître que celte petite et courageuse phalange d'écrivains rangés autour « de M. Veuiilot ne soit composée d'Iiommes honnêtes, désintéressés, convain- « eus, dévoués et par conséquent resper labiés. C'est ce que déclare très-netle- « ment aujourd'hui M. l'évêque d'Arras, dans une lettre adressée à l'Ami de la « Religion, petit journal ecclésiastique qui se met à la tête de la coalition « contre l'Univers, parce qu'il compte sur sa succession. Nous ne reproduisons « pas la lettre de monseigneur d'Arras, mais nous revendiquons avec lui la « liberté pour des écrivains consciencieux, et noiis dénonçons, comme lui, à « l'indignation des gens de bien les pitoyables intrigues à l'aide de';quelles «on s'efforce de tuer un journal qui a rendu plus de services, remué plus « d'idées et déployé plus de courage que tous ceux qui Vattaquent avec tant « d'acharnement et d'injustice, »
(1) Monseigneur l'évêque de Saint-Claude, l'un des êvêques les plus distingués de France qui, dans ce démêlé contre l'Univers, oni pris fait et cause pour cette feuille, a dit : « Si l'Univers se jetait dans l'opposition, on lui pardonnerait bien des torts. » C'est une grande parole que celle-ci. Elle nous apprend que ce n'est pas le zèle de la religion , mais que c'est le zèle à faire triompher une certaine opinion politique qui arme en ce moment le bras du semijiationalisme contre l'Univers. En effet, si ou voulait s'en rapporter aux bruits qui courent, les principaux chefs de celte opinion, ecclésiastiques et laïques, auraient contribué, chactm pour sa part, à la confection de ce pamphlet, de celte Babel philosophique!
SRPTIKME CHAPITRE. 431
n'en auraient pas complètement raison , il est certain qu'au moins les ennemis de la vérité catholique ne feraient pas tant d'horribles ravages, n'obtiendraient pas tant de déplorables succès et surtout qu'ils n'auriiient ni tant u'insolence ni tant d'orgueil!
Ab ! si nos ennemis ne sont forts que de notre faiblesse , nous ne sommes faibles que de nos divisions ! Mais ces divisions et cette faiblesse, dans la grande armée catholique ^ ne sont l'œuvre que des semi-rationalistes.
Âu lieu de s'unir aux talents disséminés dans les rangs des écrivains catholiques pour former avec eux une association puissante qui, sans aucun doute, aurait bientôt raison de toutes les erreurs et sauverait le christianisme en Europe et la foi en France, ils se sont formés en une coalition funeste qui détruit les principes de la polémique religieuse et qui, méconnaissant les intérêts et les besoins de l'Eglise, compromet sa cause. Us se sont engagés dans une vcie où les vrais défenseurs du catholicisme ne sauraient les suivre. De la , parmi ces beaux talents , cette division qui les arme les uns contre les autres quand elle ne les neutralise pas les uns par les autres. De là l'affaiblissement de leurs forces contre l'erreur. De là les déviations de tant d'âmes d'élite, qui sont à chaque instant enlevées à la cause catholique pour être jetées dans l'incertitude des opinions, dans un état qui n'est ni l'incrédulité ni la foi. De la enfin ce mouvement rétrograde qui, arrêtant les progrès de la religion, efface toujours davantage son action et son influence sur l'esprit des peuples!
Les traditionalistes ont été provoqués, ils n'ont jamais été provocateurs. Ce sont les semi-rationalistes qui, sous prétexte de défendre la vraie philosophie et la vraie religion, ont, les premiers, semé, nourri et fomenté la discorde parmi les défenseurs les plus courageux et les plus dévoués de la vraie religion et de la vraie philosophie. Ce sont eux qui, les premiers, ont fait feu sur leurs frères d'armes, et les ont forcés à épuiser, en se détendant contre leurs propres frères , les furces qu'ils avaient ramassées contre l'ennemi commun. Ce sont les semi-rationalistts qui , laissant tranquilles les vrais hérétiques et les vrais incrédules, ue se sont occupés qu'à faire passer pour incrédules et pour hérétiques des chrétiens à qui on ne pouvait reprocher qu'un dévouement peut-être excessif envers l'Église ! En imitant et niénie en surpassant les procèdes propres aux vieux partisans de l'erreur et en les tournant contre les vrais disciples de la vérité, ils ont accablé ces derniers de toute espèce d'injures ; ils les ont vexés par toute espèce d'attaques , ils ont tenté de les anéantir par toute sorte de persécutions. Ennemis secrets du gouvernement et de tout ce qui est Romain, ils se sont appliqués, par des grimaces d'un dévouement
hypocrite et par d'indignes bassesses, à rendre suspects même au gouvernement , même à Rome les personnes d'un attachement à toute épreuve à l'ordre public et à Rome. Ils ont provoqué contre eux des mesures pohtiques qu'ils blâment dans toute autre occasion, des condamnations ecclésiastiques dont ils se moquent ou qui, du moins, n'ont à leurs yeux aucune importance! Par la corruption et par l'intrigue, par le mensonge et par la calomnie , par d'obscures manoeuvres et par des agressions à ciel ouvert, ils ont cherché à les éloigner de toutes les places, à tourner contre eux tous les organes de la publicité, à les priver de tout moyen de défense, à leur ôter toute parole, à leur faire interdire l'eau et le feu.
Dans cette position difficile, réduits à la nécessité de défendre à tout instant leur foi contre d'incompréhensibles attaques, comment les traditionalistes pourraient-ils se livrer aux grands combats contre l'incrédulité ? On comprend donc pourquoi , dans ce moment suprême pour le catholicisme en Europe et particulièrement en Italie et en France, la polémique catholique languit, et l'impiété est presque demeurée seule maîtresse du camp.
Ah! nous le répétons, par d'horribles productions de tout genre l'esprit d'incrédulité se propage , s'infiltre toujours davantage dans les masses et les pénètre de lui-même. Nous ne croyons pas exagérer en affirmant que^ dans ce moment, il y a moins de foi dans le peuple des villes et des campagnes en France qu'il n'y en avait à la fin du dernier siècle. Pour quelques individus de la classe moyenne qui revienvient à la foi , des populations entières l'abandonnent ou croupissent dans l'incrédulité pratique ou dans l'indifférence... Non, ce n'est pas exact. Car, indifférent pour la vérité , le peuple se passionne toujours davantage pour l'erreur. Témoin l'empressement avec lequel , dans les dernières classes , particulièrement à Paris et même parmi les paysans des environs de Paris et du centre de la France, on s'arrache des mains les livres, les romans, les journaux les plus hostiles au catholicisme et aux mœurs : ce qui donne à la Presse et au Siècle seuls plus de souscripteurs que n'en ont tous les autres journaux ensemble; ce qui fait l'horrible succès de ces livres en petit format qu'on donne au peuple plutôt qu'on ne les lui vend (1); et c'est cette nourriture empoisonnée que le peuple préfère!
(l) On lit dans le Journal de Bruxelles : « La littérature française c>t l'une « des grandes plaies de ce temps. An lien d'aider le mallieureux à porter plus « légèrement le poids de la vie en lui montrant les perspectives iniiiiies que la « religion nous ouvre an delà de ce monde, elle semble n'avoir au contraire <i d'autre but que de liver l'homme à la terre et d'éveiller dans son cœur de
On en fait un reproche au gouvernement, qui n'y peut rien, ^'ous savons d'une manière certaine que, dans tous les nouveaux contrats qu'il a passés avec les entrepreneurs des travaux publics , le gouver-
« stériles et dangereuses convoitises. Rien ne trouve grâce devant le cynisme « brutal et la verve libertine des romanciers du jour. Et cependant ce sont « là les véritables instituteurs du peuple I
« Un moment on a pu croire que nous allions être délivrés de cette lèpre des « mauvais livres. L'abolition de la contrefaçon des ouvrages français paraissait
■ devoir amener ce résultat ; mais, la spéculation aidant, nous avons conservé « l'avantage de pouvoir nous empoisonner à bon marché. Jamais la France « n'a déversé chez nous autant dC immondes productions.
« Pour s'assurer le marché belge, la librairie parisienne en est venae à livr m. à des prix fabuleux ces ignobles publications, où le crayon vient eu aide « rimaginatiou en délite pour fasciner et corrompre plus sûrement la jeunesse.
« Ces ouvrages illustrés, auxquels on ne saurait donner le nom d'œuvres K littéraires, se vendaient déjà à raison de quatre sous la feuille, c'est-à-dire a l'équivalent d'un in-S° ordinaire. £b bien, il paraît que c'était encore trop « cher.
« La librairie française n'avait pas dit son dernier mot, et, en attendant qu'ils
■ se donnent pour rien, les chefs-d'œuvre de George Sand, d'Eugène Sue et • tutti quanti sont tombés à cinq centimes : cinq centimes, un sou, comme la K panacée de Fontanarose. En outre, pour rendre la chose plus séduisante, « c'est sous forme de^ourna^ t7/us^re qu'elle s'offre au public blasé, et, à en
■ juger par K-s titres, il y>n a pour tous les goûts: ['Omnibus, le Journal pour « rire, le Dimanche, V Ami de la maison, elc, etc., etc. L'étiquette, comme « on voit, a un certain air d'honnêteté, mais il n'en est pas de même delà « drogue qu'elle couvre ; celle-ci est de la pire espèce, et nous croyons de notre « devoir de prémunir les familles chrétiennes contre le danger de ce nouveau « genre de publications. »
« Nous avions entendu dire, ajoute Ici une feuille française, que les évoques
■ réunis à Paris, il y a trois semaines, pour le baptême impérial, avaient fait « une démarche pour obtenir du gouvernement deux choses : l'observation de « la loi du dimanche, au moins dans les travaux publics, et la surveillance de « cette pre»se à cinq centimes, qui Ta porter les romans de M. Sue et de maa dame Sand jusque dans les derniers rangs du peuple des villes et des cam- « pagnes ; de ces journaux illustrés que leur bon marché met à la portée de toutes > les bourbes, que les plus pauvres n'ont besoin d'emprunter ni de louer, qu'ils a achètent ; que les enfants peuvent ainsi ramasser et lire quand les adultes n'en
■ veulent plus, et qui corrompent jusqu'aux illettrés ; car les images suppléent n au texte pour ceux qui ne veulent pas le lire.
■ Cependant le travail du dimanche n'a pas même été interrompu, et la litté- « rature à cinq centimes fait rage.
« Évidemment la démarche qu'on a racontée n'a pas eu lien, car elle n'aurait m pas pu, si elle avait été faite, ne pas obtenir un plein succès. »
nement a fait insérer, comme l'une des conditions essentielles , le respect du repos du dimanche. Cela pouv;iit se faire, et cela a été fait. Mais ce n'est guère par des ordonnances de police ni par la censure qu'on peut arrêter le mal de la mauvaise presse. La Restauration^ qui eut recours à de tels remèdes, ne fit que l'aggraver et rendre le catholicisme odieux. Le moyen le plus sûr et le plus efficace de neutraliser le poison des mauvais livres , c'est d'en faire et d'en propager de hons. C'est d'imiter le zèle infernal de l'impiété et de s'unir, de s'entendre , de se concerter, se dévouer pour adopter contre elle ses propres moyens, et de la combattre par ses propres armes.
Le traditionalisme ne demanderait pas mieux. JNon-seulement il en a la pensée, mais, dans la mesure qu'il lui a été possible de le faire, il l'a réalisée. C'est lui qu'on a toujours trouvé et qu'on trouve encore toujours sur la brèche et aux premiers rangs parmi les défenseurs de la cause catholique. Tous les livres, comme nous l'avons remarqué plus haut, qui dans ces derniers temps ont donné le plus à mordre au philosophisme incrédule et à l'hérésie ne sont sortis que de son école. Tout ce qui se fait de bien (et, Dieu merci, il s'en fait encore beaucoup ) en France et par la France, c'est par ces traditionalistes qu'on accuse de renverser la religion par sa base qu'il se fait, et nous dirions presque qu'il ne se fait que par eux. C'est particulièrement par eux que cet esprit de prosélytisme religieux, l'un des éléments de la nature française et qui distingue et honore tant la France catholique, se perpétue dans l'Église, se propage par le monde et renouvelle, avec les travaux , les prodiges des plus beaux siècles du christianisme.
Voyez toutes ces nouvelles fondations pieuses qui se multiplient en France comme par enchantement et par lesquelles le zèle catholique^ parcourant toute la terre, explore tous les coins, embrasse toutes les nations, et, semblable à la Grâce dont il est l'œuvre, prend toutes les formes {multi/o7'mis gratia Dei, Petr.), parle tous les langages et se plie à toutes les situations. Voyez, il catéchise l'infidèle, il confond l'incrédule, il gagne l'hérétique, il instruit l'ignorant, il convertit le pécheur, il satisfait tous les besoins de l'âme, il guérit toutes les plaies, relève toutes les faiblesses, il accueillit tous les repentirs, il sauve tous les désespoirs, il porte à la connaissance de Dieu et répand partout les bienfaits et les consolations de la grâce et de la vérité. Regardez tous ces établissements charitables, toutes ces associations du dévouement qui surgissent à chaque instant et en si grand nombre sur ce beau sol de France, et par lesquels, sous les noms les plus touchants, par les combinaisons les plus ingénieuses , par les industries les plus délicates et par l'esprit de sacrifice poussé aux dernières limites de l'héroïsme , la charité catholique multiplie et répand selon toutes les
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nuances de la misère les divisions du' secours. V'oyez-ia donc « élever i'enfauce du pauvre dans la crèche, dans Kasiie et dans recule, payer et protéger son ap(^)rentissage , adopter Torphelin, délivrer le prisonnier, visiter le malade, ouvrir des refuges a des existences brisées, réhabiliter le desordre, encourager le repentir, essuyer toutes les larmes, compatir à toutes les douleurs, aidt^r sans l'humi ier la pauvreté qui se cache, ajouter à Taumôue la parole qui console et qui fortifie. » Eh bien, toutes ces œuvres de zèle et de charité qui font connaître et bénir l'esprit de la >raie religion et qui honorent la France, c'est, avant tout, au traditionalisme qu'on les doit. Elles sont sa pensée. Et comme c'est lui qui les imagine par sa science et qui les accomplit par son énergie, c'est encore lui qui les défend par son courage, qui les nourrit par sa générosité, qui les soutient par sa persévérance et les fait prospérer par son dévouement. Et ce qui est bien remarquable encore, tandis que ceux qui se pavanent du titre de Gallicans n'ont travaillé qu'à déconsidérer la France, à amoindrir, à annuler la prépondérance légitime qu'il lui appartient d'exercer parmi les nations au point de vue politique aussi bien qu'au point de vue religieux, ce sont les traditionalistes, ces hommes qu'on cherche à ûétrir du nom d'ultraviontaiiiSy qui se montrent les plus zélés pour la prospérité et pour la gloire de la France. Ce sont eux qui, par des livres publiés dans tous les formats et adaptés à toutes les intelligences , ce sont eux qui , par des inventions toujours nouvelles pour améliorer les âmes et soulager les corps, font partout admirer et chérir le nom et le caractère français.
Or, toutes ces entreprises si catholiques des traditionalistes , loin de rencontrer l'encouragement, la faveur, le concours auxquels elles auraient droit, ne rencontrent que des oppositions de tout genre de la part des semi-rationalistes, qui se donnent pour les défenseurs zélés du catholicisme!
Le semi-rationalisme fait directement, lui, un grand mal par ses doctrines. Abusant de l'autorité de deux grands noms, il ne fait, par son prétendu catholicisme selon Bossuet, il ne fait, dis-je, du raiholicisme, autant qu'il lui est possible, que sans le pape et contre le pape; et par sa prétendue philosophie selon Descartes il ne fait de la philosophie, autant qu'il lui est possible, que sans la religion et contre la religion. Mais ce mal qu'il fait par les mauvais livres qu'il produit (1) est
(1) Il est bien rare qu'un livre qui sort de l'école semi-rationaliste soit tiré à an grand uonibre d'exemplaires ou n-çoive les honneurs d'une deuiièoie édition. Ses journaux ont bien de la peine à vivre; le nombre des abonoés de tous ses journaux ensemble n'arrive même pas à la moitié dti nombre des abonnés d'un «eu/ journal de la Tradition, rVnivers. Cestpeut'étre parce que tout ce qui sort
moins grand que celui qu'il fait par lés bons livres auxquels il fait exclusivement la guerre et qu'il empêche de se propager et même de naître. Que ce soit par impuissance ou par paresse, il est incontestable que le semi-rationalisme ne fait ;mcun bien. Cela l'humilie, le rend furieux; et pour se consoler du bien qu'il ne fait pas \\ s'acharne contre ceux qui le font ou qui voudraient et pourraient le faire. Il paralyse le zèle des vrais catholiques ; il met des obstacles à leurs bonnes œuvres; il discrédite tous leurs desseins; il désarme leur courage, il dissipe leurs forces, il rend impossibles leur union, leurs combats énergiques et suivis contre les ennemis de la foi. Niez donc qu'à ce point de vue encore il soit horriblement funeste.