En un article de la Revue critique du 22 septembre
2. Voir une note de Paul Meyer dans la Romaiiia, 191 1, p. 632.
serviront à déterminer deux autres familles, une famille .v = E F, une famille lu = B C D.
Que si enfin, considérant le manuscrit A. on constate que pas une des mauvaises leçons qu'on y relève ne reparaît ailleurs, on dira qu'il représente une autre famille encore, dont il est le seul membre qui ait survécu.
Et supposé qu'au terme de cette chasse aux fautes communes on ait recueilli en nombre suffisant des indices de ce genre, tous concordants, c'est-à-dire des faits qui se distribuent tous dans les cinq catégories d'observations ci-dessus définies, et supposé qu'on n'ait pas vencontré de faits qui contrarient ceux-là, on sera autorisé à dessiner un schéma qui figure aux yeux l'ensemble et le détail de ces rapports, rapports de filiation en ligne directe, de fraternité ou de cousinage, et qui rattache à l'ancêtre commun, au manuscrit original, 0, les quatre lignées qui sont issues de lui :
C'est le stemma codiciim, l'arbre généalogique des manuscrits (un arbre qu'on a pris coutume, je ne sais pourquoi, de dessiner à l'envers, racine en haut, branches en bas).
Dès qu'on a sous les yeux un tel schéma, on échappe à la condition misérable qui fut celle des anciens humanistes. On ne risque plus, comme ils le risquaient, de s'en laisser imposer par le nombre et, par exemple, de préférer une leçon ofierte par G H, I ei J à. l'une de ses rivales offerte par le seul manuscrit A : on sait désormais que le témoignage de ce manuscrit A pèse autant à lui seul que le témoignage des quatre autres. Pour établir le texte, on n'a qu'à observer une règle, plus ou moins ferme et impérieuse selon les cas, mais constante , un « canon
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critique », qui restera le même d'un bout à l'autre de l'opération. Dans le cas ici envisagé, la leçon authentique sera continûment et infailliblement révélée soit par l'accord de trois des familles contre la quatrième, soit par l'accord de deux des familles contre les deux autres, discordantes entre elles. On n'aura à choisir qu'aux seuls lieux, vraisemblablement assez rares, où les quatre familles proposeraient chacune sa leçon. Partout ailleurs, le « canon critique » se chargera de constituer un texte, et ce sera le texte de l'original. — A moins que, en tels et tels passages, les dix manuscrits offrent des leçons que l'on doive toutes juger logiquement, grammaticalement ou littérairement inacceptables : auquel cas on dira que la source des dix textes ne fut pas l'original lui-même, 0, mais une copie impure, 0', de l'original. Pour remonter d'O' jusqu'à O, pour essayer de retrouver le texte premier, il faudra, mais seulement aux passages que le scribe de la copie O' a abîmés, recourir à la critique conjecturale.
3. Sons le signe de Lachmanu. Intervention de G. Paris (^18^0).
C'est à cette méthode, il va sans dire, que je m'adressai, voulant étudier la tradition maimscrite du Lai de F Ombre. Au terme de cette étude, je me crus autorisé à dessiner la figure que voici (je l'appelle le Schéma )f i et je numéroterai à partir de ce n° I un certain nombre des schémas qu'on me verra dessiner par la suite) :
Schéma n" i.
Comme on voit, je m'étais persuadé que nos manuscrits se divisent en deux familles, issues de deux copies perdues, diver-
sèment fautives, w et ~. Et c'est en cette persuasion que j'établis et publiai, à Fribourg-en-Suisse, un texte dit « critique » du Lai de rOmbre : fondé qu'il était sur l'emploi raisonné de tous les manuscrits ', ce texte se prétendait par là-même, sinon définitif (puisqu'il m'avait fallu choisir à mon idée aux lieux où une leçon A B CG s'oppose à une leçon D E F), du moins à peu près définitif, plus ressemblant qu'aucun autre à celui que Jean Rennrt avait livré aux déformations des scribes lu, ;;;, x et tutti quanti.
Presque aussitôt après, G. Paris donna de ce travail {Romania, t. XIX, 1890, p. 609) un compte rendu, empreint delà plus généreuse et de la plus ingénieuse indulgence. Mais il m'y adresse une critique, dont il n'a pas réussi, encore qu'il y ait pris peine, à masquer la gravité. D'après lui, mon classement des manuscrits, fondement et ressort de tout mon système d'établissement du texte, est faux.
De ce classement, il accepte tous les termes, hormis un. Il examine les passages — cinq en tout (v. 27, 274, 431, 583, 677) — qui m'avaient semblé déparés en D, E et F par des fautes communes à ces trois manuscrits et montre que je les ai mal interprétés ; et, en effet, je le reconnais pleinement, de mes cinq arguments, le premier (tiré de la leçon Z^f" au v. 27) ne valait guère et les autres ne valaient rien. Il conclut de là. très justement, que la réalité du groupement ::^ = DEF n'est pas démontrée. Et il ajoute ceci, qui est plus contestable : « Il résulte de ces remarques que,bien probablement, le Lai de l'Ombre nous a été conservé, non par deux, mais par trois familles, zu, t, E y^ :
Schéma n
I. En fait je n'en avais employé que six, faute d'avoir connu à temps le manuscrit G. Mais pour la clarté de l'exposé, je puis, sans inconvénient, reléguer en note la mention de ce détail.
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De là, pour un éditeur futur du Lai de J'Ombre, une règle autre que celle que je m'étais forgée. Par l'accord de deux des familles contre la troisième, « le texte de l'original, dit G. Paris, se reconstitue à coup sûr ».
J'avais manqué une belle occasion.