‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 107 sur 113 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Oreste, j'étais l'allié et l'ami de ton père;

Tu l'as vengé, comme un fils ; il voulait l'être : c'est bien.

Le crime est au destin, qui pour lui-même a toute excuse.

• La vertu est à toi, et le pardon aux dieux.

ORESTE

S'il était possible !...

JUPITER

Tu dois me croire et t'apaiser, O malheureux : Je viens délivrer la maison. Je viens trancher les liens farouches du sang, Que l'aveugle pensée a noués dans la mort. Et qu'a scellés la violence. Le mal a une fin, L'ancienne loi doit faire place à la nouvelle. Le crime né du crime aura un terme; il est temps. Non, le sang ne veut plus du sang : le sang veut la pitié Et l'oubli. Se venger, c'est se mordre en mordant. Que le châtiment cesse avec le plus puni, mon fils.

• Je te porte la loi de Jupiter lui-même,

La loi qu'il m'a donnée et qu'à mon tour, je donne. Homme, cherche en toi seul le remède au destin. Pour le destin, il n'est jamais de lassitude : Rien ne peut le réduire, — sinon la calme volonté De t'y soumettre, ô homme, et de le regarder en face.

ORESTE

Cependant, j'ai lue. Là-bas, ils sont couchés : le poing De ma mère est encore levé contre moi...

Elektre et Or este

JUPITER

Voilez ces morts, côte à côte. Ne les séparez pas. Ils ne trahiront plus personne. Ils ont ces-sé De haïr — et désormais de mériter la haine.

Entrent quelques esclaves. Dans le plus grand silence. Ils couvrent les morts et se rangent derrière eux. La porte du palais est ouverte. La lumière de l'intérieur éclaire doucement le seuil.

CHŒUR

L'auguste visiteur dont les regards^ — tel l'incendie Dans un buisson, — brillent sous les puissants sourcilSf A prononcé l'arrêt : le sceau du mal, c'est la clémence.

ELEKTRE

Ha, tu seras sauvé ! L'épouvante, enfin, se dissipe. N'écoute plus les aboi^ du remords : la meute est loin. Le lit de ton père t'attend : tu dorlrtiiras, mon frère.

TANTALE, farouche

Le rachat? La justice? La loi nouvelle et le pardon?

O dieu menteur, en vérité, le roi des dieux!

Pousse la porte, Oreste, si tu peux : la mort

Est sur le seuil, et te défend d'entrer, — la mort — ton œuvre.

Essaie de vivre.

ORESTE

Voilà ce qui ne peut être effacé.

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