ACTE TROISIEME
JUPITER
Mais, mon fils, tout s'achève. Chaque forme, à son heure ! Après le mal, le bien. Aime jusqu'à ton châtiment. Laisse venir le temps, le père du sommeil : accepte. Prends ce qui t'est donné : la vie comme un beau jour, Et comme un soir plus beau encore, — la mort.
Goiu't silence.
ORESTE, i-etient un sanglot
ORoi.
JUPITER
La vie pardonne : tu seras pardonné.
Oreste, la bonté est l'interprète du Destin ;
A sa droite, elle est assise ; elle lui tient la main
Et la réchauffe entre les siennes. Quel autre médecin
A la fatalité, que la pitié humaine?
Tu as tué : purilie-toi ; tu dois être purifié.
ELEKTRE
Tu le seras, mon bien aimé, tu pourras vivre. Crois-en le Roi très sage.
TANTALE, rire farouche
Comme la chèvre broute l'herbe, Tel le lion se repaît de la chèvre et du chevreau; Ainsi, dévoré par les dieux, l'homme dévore l'homme. Cai> le plus fort se nourrit du plus faible : c'est la loi.
' Elektre et Oreste
Tout le reste est mensonge et vient des dieux, les dieux qui mentei C'est la loi : de tout temps ! et le premier vivant l'a sue.
JUPITER
Non.
La sereine splendeur illumine le fait,
Et sans y compatir, l'accepte. Accepte aussi.
Tu partiras pour Delphes. Sois fort, marche vers le soleil,
Sans t'arrêter, jusqu'à ce que tu sois dans la lumière.
Sois fort, mon iils : tu seras pur, et ton crime expié,
Garde à l'avenir l'innocence de tes maux.
La mort t'avait choisi pour porter ses armes : prends celles
De la vie. Règne en paix. Punis et ne te venge pas.
ORESTE
Qui es-tu, ô toi qui disperses les serpents. Et rends au cœur le calme?
JUPITER, sourit
Je te l'ai dit : le roi d'Athènes, Thésée, ton hôte, qui sait purifier les hommes.
TANTALE
Qui parle de Thésée? Je te connais, ô Jupiter,
Père au front immuable : mais moi. Tantale, je te brave.
Tu es le roi des dieux et non le roi d'Athènes :
C'est Jupiter lui-même qui te joue, mon lionceau.