ACTE PREMIER
GLAIA, évasive
Ce soir ? Sans doute, il y aura fête En l'honneur de Thésée, l'hôte d'Agamemnon^le roi D'Athènes ; il doit venir ; son arrivée est attendue.
ELEKTRE, calme
C'est sur quoi j'ai compté : Oreste inaperçu pourra Se glisser derrière la porte ; -je serai là, Ou toi, pour le cacher, pour le défendre, pour l'aider. Puis... C'est à faire au Destin.
GLAIA
Oui... Hélas, ma fille.
ELEKTRE
Cesse de gémir.
Toutes deux vont peu à peu près du tombeau. GLAIA
Dieux bons, que va-t-il se passer ?
ELEKTRE
Si tu as peur, va-t'en !
Tu me renvoies ?
ELEKTRE
Non ; mais alors
Cesse de gémir.
Elektj^e et Oreste
GLAIA
Ha, pourvu qu'il soit sauvé, qu'importe ? O puisse-t-il l'être, puissent enfin les dieux le permettre !
ELEKTRE, violente
Parle-moi de mes dieux ! ne parle pas des dieux : J'en ai trop d'ennemis ; ils nous ont trop trahis. Mais si Oreste vit, s'il est sauvé, s'il est ici. C'est le Destin qui l'a voulu : que le Destin achève Ce qu'il a entrepris.
GLAIA
Prends garde, ô fille violente.
De révolter les puissances célestes.
ELEKTRE, calme
J'adore Le Destin qui règne sur les dieux ; et j'adore Les dieux qui l'accomplissent.
' gLaia
Tu en sais plus que moi.
J'obéirai, commande : il faut toujours qu'on t' obéisse. Ma fille, aie pitié, cependant, aie pitié de ton frère.
Elle s'af^enouille près d'Oreste qui dort.
Comme il dort!... 11 est si jeune... Son visage est si grave Pourtant !... Le retrouver ainsi... Je ne l'aurais pas cru... Il est grand, il est fort, — mais hélas, qu'il est pâle ! Elektre, écoute : il murmure... il rêve étrangement: II, souffre... Ha! comme i\ est défait...