ACTE PREMIER
ELEKTRE, le regarde, calme
Tu ne peux pas savoir ; C'est son devoir qui le travaille, et la sainte colère.
GLAIA, à genoux Épuisé, épuise, en vérité. Un front d'enfant, Et la tristesse d'un vieillard : — Quelle souffrance !...
ELEKTRE
Pense à la mienne aussi, Glaïa : c'est le trésor commun
De la famille. Que les dieux sont méchants ! Quel compte
Ont-ils tenu au grand Agamemnon de sa piété ?
Et de ses droits, à son fils malheureux ? Iniquité
Des immortels ! Les morts ont toujours tort, les tristes morts :
Ils ne peuvent plus rien, — que troubler les vivants,
Les dieux jaloux resplendissants de vie.
Geste de Glaïa.
Je ne me tairai pas ! tu pleures en agitant la main ?... Je suis vierge : l'amour n'a pas amolli mon sein ferme. O nourrice, tandis que tu dormais dans la maison. Honteuse j'ai réfléchi, et j'ai loijgtemps pesé la honte.
GLAIA, en larmes
Il est tout baigné de sueur ; les cheveux collent
A son front ; vois : certes, il rêve comme un malade.
ELEKTRE, amer souci
Injustes dieux ! Frappé par l'un de vous sans doute, Oreste Dort sans joie au seuil de son œuvre : il n'accomplira pas
Elektre et Or este
Joyeusement le labour de la vengeance joyeuse ; Il n'achèvera son sillon que piqué par les taons, Et sous l'àpre aiguillon de la tristesse amère. Ainsi, l'acte pour lui n'aura pas le bonheur Qu'il eût fallu ! Mais soit ! Faisons d'abord ce qu'il faut faire !
Glaïa embrasse Oreste.
GLAIA
J'éponge de baisers la cruelle sueur...
Oreste, Oreste ! Chère tête...
ELEKTRE, calme
Tu réveilles.
GLAIA
Ha, comme autrefois.
ELEKTRE, impérieuse
Fais venir CEnops, fais-lui signe. Là-bas il guette. Qu'il vienne ! Et quand il sera là, va voir Si personne n'a l'éveil au palais, 'si nul n'approche.
GLAIA
Quoi, tu yeux m'éloigner ?
ELEKTRE
Va, t'ai-je dit. EUe tourne la tête. Et reviens.
GLAIA
Laisse-moi l'embrasser.
Elle l'embrasse et l'appelle tendrement. Oreste !... Oreste se soulèye hagard.