ACTE PREMIER
ŒNOPS Ce n'est pas à nous de hennir, ni de ruer, Nous sommes entravés : ou le fouet ou l'avoine. Il faut manger; le peuple reçoit le mors avec le pain. L'usurpateur, — iEgisthe...
ORESTE
Tu oses à peine le nommer?
As-tu si peur?
ŒNOPS
Certes, j'ai peur. Je n'ai que cette vie.
ORESTE
Murmure donc ce que tu redoutes de dire.
ŒNOPS, avec pi'écaution
JEgisihe, — le maudit, — est jeune et insolent.
Il frappe; et il flatte. Il a fait tomber plus d'une tête.
ELEKTRE, avec mépris
Ne regarde pas ainsi de tous les côtes :
Il ne vient pas, et ta tête tient bien sur tes épaules.
ŒNOPS
Mais toi, tu es le lils, tu es le Maître! A toi d'agir. Oreste, je t'appelle mon roi. Commande.
Ta me noiis est plus douce, qu'au retour de l'exil Celle d'un fils unique, ou d'un père chéri.
Elektre et O reste
ORESTE
C'est un père qui t'a reçu, quand tu revins de Troie?
ŒNOPS, avec énergie
Reprends ton bien, mon Roi. Agis; nous t'aiderons.
Je te le dis : Mycènes est lasse de Vattendre. Reprends l'illustre ville; tu le dois : reprends-la.
ORESTE
Que ferai-je de vous? Que ferez- vous pour moi?
Vois-tu, nous haïssons mortellement le couple impur; Il a fait le malheur de ta maison et de la ville. Mais ce n'est pas à nous, sache-le, de frapper. Les puissants sont puissants. Il nous faut respecter Le sceptre, sinon celui qui le tient : car s'il l'a Entre les mains, c'est Jupiter qui l'a permis.
ORESTE, à Élektre, puis à soi-même
C'est ce qu'ils m'ont tous dit, partout, c'est ce que dit le rêve,
Ce que je sais moi-même : alors j'ai dû comprendre.
Et m'engager sur le chemin terrible. J'arrive —
Déjà? — Quoi, déjà? — C'est bientôt... Point de délai.
De toute éternité l'atroce loi pesait
Sur ma tête... Il fallait donc que ce fût moi? Ha!