ACTE PREMIER
ELEKTRE
La haine croît sous l'offense comme les joncs Du marais sous la pluie.
GLAIA
La vierge n'a pas allaité.
ELEKTRE, durement
O esclave, la vierge a le tranchant amer
Du roseau vieilli dans l'hiver empesté de la mare.
Soudain émue
Mais qn'as-tu donc, Oreste ? Pourquoi te penches-tu ? Nourrice !
ORESTE, défaillant
Quoi ?... faudra-t-il que je la tue ? Moi ? Ha
Horreur. Il tombe évanoui.
GLAIA
Hélas, hélas, jamais il ne pourra.
ELEKTRE, iiTitée, soutenant Oreste
Tu mens, c'est la fatigue ; c'est la douleur. Va, cours A la source, puise de l'eau, fais vite.
Silence. — Glaïa s'éloigne. — Elektre contemple son frère, elle lui prodigue de silencieuses caresses.
Iniquité des dieux!
Frère, tète chérie, tout mon espoir, toute ma vie,' Mon royaume et mes noces... R'ouvre, R'ouvre les yeux !... Tu ne faibliras pas ;
Elektre et Oreste
Non, ton front me l'assure... O dieux cruels...
Que sommes-nous? des fourmis sous vos pieds méchants, des verî
Que vous vous amusez à écraser, un jeu pour vous...
Me rendez-vous un frère et la vie pour me les ôter?...
Tu ne peux pas faiblir, et me trahir ainsi.
Tu es lier ; tu seras fort ; tu es né pour cet acte.
Reviens à toi, mon frère, il le faut.
Glaïa rentre. Elle porte de l'eau dans une écuelle. Donne !
GLAIA
Laisse-moi faire: sur le front,... sur le cou,... sur les tempes.
ELEKTRE, tendre
Ha, il r'ouvre les yeux.
ORESTE
C'est toi, Elektre? C'est donc vous?...
GLAIA
Mon enfant, mon enfant bien aimé, mon fils.
ORESTE
Ha
Ne le dis pas... Un fils ? Ne me rappelle pas ma mère.
GLAIA
La chèvre se réjouit de son chevreau.
ORESTE, ferme
J'ai cédé à la chaleur, au soleil.