‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 30 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Solitaire, en orpheline de la mort, moi si jeune!

Elle m'a sépai^ée de mes compagnes et tenue

Comme en prison dans le palais : Si jeune, ha —

Je n'ai point ri, et je n'ai pas chanté; jamais

Je n'ai connu la joie des danses avec celles

Démon âge; et jamais les yeux des jeunes hommes,

Jamais je n'en reçus la promesse d'amour,

L'espoir délicieux qui précède les noces.

Mon cœur s'est nourri de sanglots ; j'ai dormi dans les larmes;

Et j'ai dû, sur mes lèvres, étouffer jusqu'à mes cris.

GLAIA

Elle a souffert, elle a beaucoup souffert ; crois-le, Oreste.

ELEKTRE

O, je la hais!

GLAIA

Ta mère cependant.

Tu ne dois pas le dire, ma fille.

ELEKTRE

Je la hais, je la hais.

Elle m'a fiancée à l'humiliation, moi.

Moi, — elle a voulu me marier à un vassal. Ignoblement.

ORESTE

Quoi?

ELEKTRE

Oui. Dis-le-lui, nourrice.

Elektre et Or este

GLAIA

Tous deux, elle vous a vendus à sa honte d'amour Gomme deux chevreaux nouveau-nés à un berger galeux.

ELEKTRE

Elle veut anéantir la race, — ou la rendre esclave.

ORESTE, pâle, balbutiant

Dis, dis-moi son nom, dis-le,

ELEKTRE

Son nom?

ORESTE

Le nom du vassal.

ELEKTRE, elle l'embrasse

Plus tard. Ce n'est pas lui qu'il faut tuer, vengeur chéri.

ORESTE

Et qui, tuer?

ELEKTRE, bas, demi-sourire

Tu le sais bien ; elle. Elle seule.

GLAIA

Elektre, tu as tort; tu parles mal, ma fille.

ORESTE

O malheureuse... Et moi, malheureux que je suis.

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