ACTE PREMIER
Solitaire, en orpheline de la mort, moi si jeune!
Elle m'a sépai^ée de mes compagnes et tenue
Comme en prison dans le palais : Si jeune, ha —
Je n'ai point ri, et je n'ai pas chanté; jamais
Je n'ai connu la joie des danses avec celles
Démon âge; et jamais les yeux des jeunes hommes,
Jamais je n'en reçus la promesse d'amour,
L'espoir délicieux qui précède les noces.
Mon cœur s'est nourri de sanglots ; j'ai dormi dans les larmes;
Et j'ai dû, sur mes lèvres, étouffer jusqu'à mes cris.
GLAIA
Elle a souffert, elle a beaucoup souffert ; crois-le, Oreste.
ELEKTRE
O, je la hais!
GLAIA
Ta mère cependant.
Tu ne dois pas le dire, ma fille.
ELEKTRE
Je la hais, je la hais.
Elle m'a fiancée à l'humiliation, moi.
Moi, — elle a voulu me marier à un vassal. Ignoblement.
ORESTE
Quoi?
ELEKTRE
Oui. Dis-le-lui, nourrice.
Elektre et Or este
GLAIA
Tous deux, elle vous a vendus à sa honte d'amour Gomme deux chevreaux nouveau-nés à un berger galeux.
ELEKTRE
Elle veut anéantir la race, — ou la rendre esclave.
ORESTE, pâle, balbutiant
Dis, dis-moi son nom, dis-le,
ELEKTRE
Son nom?
ORESTE
Le nom du vassal.
ELEKTRE, elle l'embrasse
Plus tard. Ce n'est pas lui qu'il faut tuer, vengeur chéri.
ORESTE
Et qui, tuer?
ELEKTRE, bas, demi-sourire
Tu le sais bien ; elle. Elle seule.
GLAIA
Elektre, tu as tort; tu parles mal, ma fille.
ORESTE
O malheureuse... Et moi, malheureux que je suis.