‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 31 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GLAIA

Mon fils, tu n'es donc revenu dans tes demeures,

Que pour pâtir déplus grands maux? Certes, il est bien vrai:

Comme les poussins sortent de l'œuf, le duvet humide.

Vous êtes nés, pauvres enfants, mouillés de larmes,

Et pour souffrir.

ORESTE

Mouillés de sang, trempés.

GLAIA

Hé, s'il le faut, Saignez-le, le brigand; saignez-le comme un porc. Punis-le, tu le peux : C'est lui qui t'a volé Ton père, ta mère, ton palais et tous tes trésors

ORESTE à Elektre

Parle de lui.

11 engraisse, le misérable, Et il s'épanouit : il est au faîte, il ne craint rien. Il vit dans le faste; notre pouvoir, il l'a. Il tient tes richesses, Oreste; il a la joie de l'or. Il la manie; elle lui rit : il est le maître.

ORESTE, entre ses dants

O, le tuer dix fois, et mille fois dix fois,

Et dix mille fois mille. O, je lui arracherai

Goutte à goutte, des entrailles, tout le sang qu'il m'a pris

Elektre et Oreste

Et le sang de mon père, et le sang de mon or. O, je voudi'ais pièce à pièce lui retirer la chair De mon pouvoir qu'il a volé, et jour à jour la chair De ma vie en exil, de mes douleui'S, de tes douleurs Aussi, Elektre !

ELEKTRE, l'embrasse avec passion

Sois béni, toi qui es le vengeur.

Mais pourtant, n'oublie pas ; rappelle-toi, mon frère : Lui d'abord ; mais elle, ensuite. Et elle, i^lus que lui.

GLAIA, mécontente

Crains ce crime.

ELEKTRE

Non ! Le crime suit le crime, comme une ombre. Tous les deux, qu'ils meurent.

Elle montre le tombeau.

Celui-là, qui seul a droit sur nous, Le veut : il le veut, lui, qui nous appelle sous le tertre Depuis sept ans, — sept ans, ô constellations fidèles ! Quand j'ai prié le mort pour les enfants qui l'aiment. Il a dit : — Qu'ils meurent tous les deux ! Et : — Qu'ils meurent de votre main. Je suis mort de la leur. Comme tu pâlis, ô mon frère ?

ORESTE, voix rauque et faible

Ce n'est rien.

GLAIA

La sueur coule de son front. Laisse-le respirer.

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