ACTE PREMIER
GLAIA
Mon fils, tu n'es donc revenu dans tes demeures,
Que pour pâtir déplus grands maux? Certes, il est bien vrai:
Comme les poussins sortent de l'œuf, le duvet humide.
Vous êtes nés, pauvres enfants, mouillés de larmes,
Et pour souffrir.
ORESTE
Mouillés de sang, trempés.
GLAIA
Hé, s'il le faut, Saignez-le, le brigand; saignez-le comme un porc. Punis-le, tu le peux : C'est lui qui t'a volé Ton père, ta mère, ton palais et tous tes trésors
ORESTE à Elektre
Parle de lui.
11 engraisse, le misérable, Et il s'épanouit : il est au faîte, il ne craint rien. Il vit dans le faste; notre pouvoir, il l'a. Il tient tes richesses, Oreste; il a la joie de l'or. Il la manie; elle lui rit : il est le maître.
ORESTE, entre ses dants
O, le tuer dix fois, et mille fois dix fois,
Et dix mille fois mille. O, je lui arracherai
Goutte à goutte, des entrailles, tout le sang qu'il m'a pris
Elektre et Oreste
Et le sang de mon père, et le sang de mon or. O, je voudi'ais pièce à pièce lui retirer la chair De mon pouvoir qu'il a volé, et jour à jour la chair De ma vie en exil, de mes douleui'S, de tes douleurs Aussi, Elektre !
ELEKTRE, l'embrasse avec passion
Sois béni, toi qui es le vengeur.
Mais pourtant, n'oublie pas ; rappelle-toi, mon frère : Lui d'abord ; mais elle, ensuite. Et elle, i^lus que lui.
GLAIA, mécontente
Crains ce crime.
ELEKTRE
Non ! Le crime suit le crime, comme une ombre. Tous les deux, qu'ils meurent.
Elle montre le tombeau.
Celui-là, qui seul a droit sur nous, Le veut : il le veut, lui, qui nous appelle sous le tertre Depuis sept ans, — sept ans, ô constellations fidèles ! Quand j'ai prié le mort pour les enfants qui l'aiment. Il a dit : — Qu'ils meurent tous les deux ! Et : — Qu'ils meurent de votre main. Je suis mort de la leur. Comme tu pâlis, ô mon frère ?
ORESTE, voix rauque et faible
Ce n'est rien.
GLAIA
La sueur coule de son front. Laisse-le respirer.