‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 33 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ELEKTRE

Misérable ! Ils ne font qu'un.

Ensemble, ils ont péché ; ils triomphent ensemble ; Qu'ils meurent accouplés ; ils sont heureux impudemment. Le sais-lu bien ? Tandis que nous pleurons sur un tombeau, Ils attendent ta mort et la mienne, les insolents 1 Ils l'espèrent. Enfin, — toi, nourrice, dis le contraire, Si tu l'oses, — l'eût-elle pu, à son infâme Elle m'aurait livrée.

ORESTE, rauque

Qui?

ELEKTRE, exaspérée

Elle, eUe ! à lui !

A son... Elle s'ain'ête.

ORESTE

Roug-is, ma sœur, rougis. Mais il faut tout me dire.

ELEKTRE

Tu ne l'ignores pas, Glaïa, toi qui secoues la tête. Le misérable, un soir, a mis la main sur ma poitrine» Ivre, il a déchiré le lin sur mon épaule, et moi Je l'ai mordu au pouce.

GLAIA

Il a crié. Elle, non.

Mais selon moi, ta mère n'y a été pour rien.

Elektre et Oreste

ORESTE

Il a osé ?

ELEKTRE

Que n'oseraienl-ils pas ? Oh, mon Oreste, Si tu avais tout vu...

ORESTE

Non, ne parle plus, ii crie. Et il vit!

ELEKTRE, avec lenteur pleine de force

Elle aussi, elle vit.

Comme la vénération invincible du peuj)le,

Qui n'en eût pas cru d'avoir à blâmer les maîtres,

A iini par céder, — ainsi le respect de la mère

Est mort à jamais dans la fille, et tout amour.

J'ai horreur d'elle, mon frère. Je hais sa vue ;

Je hais sa voix ; je ne veux plus qu'elle me touche.

Je hais les aliments qu'elle porte à sa bouche.

Je frémis de dégoût à chacun de ses pas.

Je la hais dans sa vie et même dans sa mort.

Car, je suis pure, moi, que cette impure outrage.

Ce tertre m'est témoin : je la hais sans remords,

Et je la frapperai, si tu ne frappes pas.

Ensuite, que je meure! Court silence. Et je rirai, alors !

GLAIA, mécontente

Une mère, une mère !... Quoi qu'elle ait fait, poui'tant. Que sa fille l'excuse avec bénignité.

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