‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 34 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ORESTE

Mon cœur engourdi comme un rocher pèse à ma poitrine.

ELEKTRE

Ensuite, que je meure ! El je mourrai heureuse, Faisant offrande de ma vie en dédicace Au salut de la race,, et à l'expiation.

Avec colère.

Oreste, tu la plains, je le vois... Oh, il la plaint ! Il le peut ! Mais enfin, que te faut-il de plus ? Elle a les mains en sang ; tout est impur en elle, tout. Elle est l'afifront vivant de la piété, un soufflet Sur la joue de la justice qui frappe et qui absout. Ici foulée aux pieds. L'ineffaçable vin du meurtre, Elle l'a dans les yeux, elle l'a sur les lèvres. Mais moi, je porte la rougeur d'une autre i)ourpre. Je suis vêtue d'un incendie, je suis ceinte du feu De la vengeance qui me briile : depuis sept ans, Le soleil de l'affreux jour ne s'est pas couché pour moi. Et comme eux dans le trésor de leur abomination. Je vis dans le reflet sanglant qu'il fait à ma misère.

ORESTE, désespéré

O passé, passé !... Une heure, une heure inexpiable. Une heure inexpiée, — une heure ! Et c'en est pour jamais. Elektre se jette à ses genoux et l'embrasse étroitement.

Elektre et O reste

ELEKTRE

Non, non, c'est moi qui porte le passé, moi malheureuse,

Qui ai vécu pour soustraire les jours à la nuit noire

De l'oubli : mes larmes et mes prières ont figé

Le sang paternel dans la terre paternelle,

Gomme les veines du marbre, là, sur l'autel ' "

De la commémoration.

ORESTE, penché sur elle, comme un hurlement bas

L'invincible horreur d'agir, —

Et l'invincible élan à l'action.

Ho, je te retrouve, séculaire épouvante

De ma maison, de la contré* et de toute la race.

A^amemnon, mon père, toi, le chef des armées,

Toi, si fort, toi, vaillant, le soir de ton retour.

Quand tu as reconnu la porte et les lions,

Quand tu as mis le pied sur la première marche

Et fait le premier pas dans l'antre, au lieu terrible.

Tu tremblais, je le sais. Et tu vois si je tremble.

ELEKTRE

Tu es là maintenant, mon Oreste. Je t'ai !

Tout sera réparé. Image sacrée de l'espoir.

Tout, pour moi, tout revit depuis que je te vois : je ris,

Je ris. Tout sera réparé. Réjouis-toi.

ORESTE

Je tremble. Je dis, — je tremble.

Page 1