ACTE PREMIER
ORESTE
Et à mon père mort.
Alors une voix a murmure dans mon cœur; Puis, peu à peu, elle a crié, menaçante et si fort Qu'à jamais je l'entends : — Oreste! Oreste! Or este!
ELEKTRE
O, tu m'as entendue.
ORESTE, comme s'il écoutait
Oreste 1 — Je tremblais ainsi : c'était l'hiver ; j'avais froid au ventre... Oreste ! — Et cette voix de feu brûlait mes tempes. Depuis, la tête me fait mal. Et j'écoutais Hurler le vent du nord; et je suais d'angoisse. Tout s'est fait, tout s'est décidé cette nuit-là.
ELEKTRE
Et tu hésites, aujourd'hui ?
ORESTE
Destin, destin cruel...
Mais moi, Elektre, moi, je n'étais pas fait pour cette œuvre.
ELEKTRE
Tu voudrais reculer ? Tu ne le iDourrais pas : Ou fuis ! Fuis alors, si tu l'oses, et abandonne-moi.
Elektre et Or este
J'aime la vie, j'aime le soleil, j'aime la lumière, Hélas! et j'amasse les ténèbres sur moi. O malheureux, l'épouvantable don m'a été fait De rendre l'amère justice. Puis-je fuir ?
ELEKTRE
Toi?
ORESTE
Mais comment ? Qui peut se laver de lui-même? Rejeter sa pensée ? Se dépouiller enfin de soi?
ELEKTRE
Du sang d'Agamemnon tu ne pourras vider tes veines.
ORESTE
Combien j'aimais le joiu*, le baume du réveil! Et maintenant, la profonde horreur est mon lit : Je ne le quitte plus sous les draps des ténèbres. Là, qui s'est couché une fois, jamais plus ne se lève.
GLAIA, émue aux lai'mes
Quel soupir déchirant !... Mais —
Elle s'arrête intei^dite, Oreste s'est baissé. Il gratte la teiTC, et s'en met dans la bouche.
ORESTE, presque hagard
Terre, qui sues le sang, pain de mort, je te mange. Empoisonne mon cœur, ô froment de forfaits.