SCENE I
Le Chœur est rangé dans le fond, derrière le tombeau.
Oreste perdu au dernier rang.
Elektre et la nourrice portent des fleurs sur e tertre.
iEGisTHE s'avance, suivi de quelques esclaves chaînés d'amphores.
^GISTHE
Porte ces dons de vins, de froment et de viandes
Aux prêtres de mes dieux : demain, j'irai moi-même au temple,
Les mains j)Ieines de présents et des plus riches offrandes.
Annonce-les, esclave; j'y veux être dès l'aube,
Pom' recueillir la prime fleur de la reconnaissance.
Pareils à nos amis, les immortels veulent être comblés.
Vous, gardiens des tombeaux, ce soir, si le vieux roi d'Athènes
Dort sous mon toit, hôte de la maison, je ne dois pas
Vous oublier : vous aurez part aussi à ce festin.
Il faut vous réjouir de ce qui réjouit vos maîtres.
Vous savez comme moi ce qu'on dit : dans son exil.
Le maladif Oreste est mort, ou va bientôt mourir.
Les dieux l'ont condamné, puisqu'ils lui refusent de vivre.
Elektre, je m'étonne que tu ne pleures pas.
Elektre et Or este
Pas devant toi, tu te plais trop à voir couler mes larmes. Tu te repais des douleurs que tu causes, je le sais.
^GISTHE
Non : mais je suis heureux du bonheur qui m'arrive. Ton cœur farouche est celui d'une fille qui n'a pas aimé.
ELEKTRE
D'une fille orpheline. Et ton humeur joyeuse est celle De l'honnête homme à qui tout réussit : pense à la fin.
^GISTHE sourit
Je pourrais te punir : je suis le maître ; mais je ris De ta haine impuissante : j'admire même ta rancune. Car tu es belle, Elektre.
ELEKTRE
Ecoute, Or este ! Entends le cri De ta sœur : je t'appelle du fond noir de l'enfer : écoute !
^GISTHE
11 n'est plus temps de compter sur ton frère : il est mort. Sans doute... Mais toi, qui dois ce soir prendre place au banquet. Quitte ces vêtements de deuil; car la lyre à la main, Tu chanteras, — ta voix est belle, — en l'honneur de notre hôte.
ELEKTRE
Je ne le ferai pas : Je maudirais. Si la maison. Désormais, est à toi, mon âme et mon souffle me restent.