ACTE DEUXIEME
Tu le feras. Ma maison est la tienne. Quant à moi,
Je pense, Œnops, à conjurer jusqu'au souvenir même
D'un passé qui n'est plus : ici, vous avez trop vécu,
Tous et moi aussi iDcut-être, clans un regret soui'nois,
Rongeant cette racine amère qui donne l'insomnie,
Et agace les dents. Moi-même, grâce à vous, je vois
Mes nuits hantées d'ombres funestes. J'ai résolu
D'écarter tout souci : pleurent les enfants et les femmes,
Sans oser prendre leur parti d'une action parfaite !
Soit ! C'est à l'homme d'imiter les dieux très calmes,
Et d'en suivre l'imperturbable exemple : Que sommes-nous,
Si nous ne sommes pas capables de la joie ?
Œnops, tu porteras des libations au tombeau
De l'ancien Roi.
ŒNOPS
De qui dis-tu ?
^GISTHE
D'Agamemnon.
ŒNOPS
-^gisthe, tu es le souverain, et tu as le pouvoir. Mais un tel acte est sacrilège.
^GISTHE
Il ne l'est pas. Il me sert.
Devant son lit, la reine a vu passer une ombre Irritée et sanglante : il convient donc de Fapaiser.
jElektre et Oreste
ŒNOPS
Tu ne le saurais pas ; tu ne peux que la courroucer.
^GISTHE
Pourquoi ? — Si l'ancien roi n'est plus, c'est (ju'il dut plaire
aux dieux
Qu'un autre en prît la place. Demain tu porteras l'offrande,
Œnops ; tu feras la libation pour nous.
ŒNOPS, timide
Maître,
Ne l'attends pas de moi.
^GISTHE
Je l'attends, et je te l'ordonne.
Pourqpioi me regardes-tu toujours avec tant de haine, Eiektre?
ELEKTRE
Parce que je te hais. N'approche pas.
^GISTHE sourit
Haïs-moi donc : si pour regards ils avaient des couteaux, Tes yeux m'auraient tue.
ELEKTRE, entre ses dents
Ils te tueront.
^GISTHE
Mais tu es belle ainsi. Et tu me plais.