ACTE DEUXIEME
KLYTEMNESTRE
Oui, de bonheur.
Sur ta méchanceté, sur ta haine envieuse Je souffle : elles ne m.e pèsent pas plus que le fardeau Que la poitrine chasse d'une haleine, — ainsi î La haine ni l'amour ne ressuscite pas les morts.
ELEKTRE
n n'est que la vengeance, je le sais.
KLYTEMNESTRE
O malheureuse, Consume-toi sur une pierre au haut d'un tertre, Si tel est ton plaisir. Que m'importe? ici. Tu n'es rien qu'une fille funèbre.
ELEKTRE
, Funèbre
Gomme une ombre, funèbre comme le souvenir, oui. Funèbre comme le remords, cette mémoire aiguë Qui perce ses dents sur le cœur, et qui n'oublie jamais.
KLYTEMNESTRE
Lève-toi de mes yeux.
ELEKTRE
Domine-toi, ma mère.
Tu n'oublies pas, non plus. Tu ne me fais pas peur.
Elektre et Oreste
KLYTEMNESTRE
Ne me brave pas trop : le jour viendra de te punir.
ELEKTRE
Le jour n'est pas venu. Tu n'oses pas. Pourquoi N'oses-tu pas, pourtant? — Veux-tu que je le dise?
Klytemnestre en fureur descend quelques degrés. ./Egisthe l'arrête
ŒNOPS, au chœur
Éloignons-nous, mes amis, si vous m'en croyez. Il est temps de quitter ces vivants pour nos morts.
Là, que grommelez-vous ? Les fouets sont prêts pour le chenil.
KLYTEMNESTRE
iîlgisthe, laisse-les. Ils tirent sur la chaîne, les chiens ; Mais ils sont enchaînés. Vous n'osez plus que murmurer; La crainte a muselé vos aboiements de meute maigre? Rongez votre os, mais sans gronder : Je sais que mon amour Et peut-être ma vie vous font ombrage.
ŒNOPS
Eloignons-nous .
iEGISTHE
Vous ferez bien, et gardez le respect : sinon, ce soir,
Vous pourriez être exclus du festin : le partage
Des viandes et du vin se fera sans vous, imprudents !
Il rit.