ACTE DEUXIEME
ŒNOPS
Enfants, prenez-y garde : s'il brave la lumière, Oreste,
C'est, j'en ai peur, que son démon le presse.
Ne le dérobe pas. Il maudirait, il clamerait
Ton nom : il a d'âpres appels qui te feraient connaître.
ELEKTRE
Mais, par bonheur, la Reine le redoute. Elle le fuit.
Sa présence d'orage l'inquiète. Elle déteste
Les paroles qu'il fait entendre en écho des ténèbres ;
Elle a peur de ses yeux; car ses regards saisissent
Ce qu'ils voient, comme un faucon prend la proie entre ses serres.
GLAIA, inquiète
Il faut le cacher dans le palais.
Non ; n'y pense pas.
Il fait jour : ici, il est mieux en sûreté. S'il entre Dans la maison, et s'il est reconnu, Oreste est mort.
ORESTE fait un pas
Je ne veux pas, non plus, entrer dans la demeure. Avant l'heiu'e de l'accomplissement : là-bas. Que le couteau me précède, soit que ma main le tienne. Soit que je l'aie dans le cœur, — et que je meure.
On entend des pas.
io3
Elektre et Or este
ŒNOPS
Oreste,
Tantale va paraître. Défends-toi d'abord de ses yeux.
Tantale paraît. Il tient le milieu de la place. On s'éloigne de lui. Il est ti'ès grand, très fort, vêtu de pourpre des pieds à la tête. Il a une crinière blanche et la face rouge. 11 pai'le fort et dur, mais d'un ton un peu sourd.
TANTALE
OÙ est-il, celui qui m'attend — et ne me connaît pas ?
I à voix basse
Il regarde, il sourit, et du même air cruel, Toujours il tend les bras, les deux mains en avant, Comme pour saisir un trésor qui lui échappe, Et que ses doigts se crispent de ne tenir pas.
L'odeur rouge de la curée tombe avec l'or dti jour.
Les labours affamés en aspirent la gloire.
L'odeur rouge flotte sous le ciel tiède, je la sens :
Elle est sortie de la maison, comme le chien de chasse
Qui bondit le premier et dépasse les cavaliers.
Où es-tu, lionceau, toi qui tournes autour des tombes ?
J'ai flairé ton odeur. Tes voies croisent mes voies.
Où es-tu? Parais, si tu ne veux pas que je te cherche.
Où es-tu? — Viens! Je te dirai ce qu'il faut faire.
L'arme qui découd, à la main. Je veux t'apprendre .
Gomme la dent s'aiguise, siieiice
J'ai faim, et je ne mange plus. — J'ai soif, et ne bois plus.