ACTE PREMIER
Comme le feu
Dans une haie de bruyères sèches passe en rafale,
Le souffle d'Apollon, cinglant ces cœurs durs, les balaie
Du fouet des flammes.
Tout est à craindre.
Je vais chercher Vombre du bois Et le frais de nos tombes.
Là nous pourrons dormir.
Exit le Chœur.
VOIX DE TANTALE
Jupiter ! Jupiter !...
Entre Jupiter. — Il est tout entier vêtu de blanc lamé d'or, — Il porte le pétase, et tient à la main un bâton d'olivier.
JUPITER
Je suis ici, Tantale. J'arrive et tu ne le sais pas. Vous, dans le noir palais, et vous, à l'ombre bleue du bois, Vous dormez. Au plus fort du jour, pour une nuit terrible Prenez des forces, malheureux. Je vous ai entendues, Pierres brillantes de Mycènes : me voici.
VOIX DE TANTALE, eUe s'éloigne
Je viens pour délivrer ta race, mais non toi.
Elektre et Or este
VOIX DE TANTALE
Jupiter !
JUPITER
N'appelle plus. Tu me retrouveras. Endormez-vous
Pour un moment, voix haletantes. Pas une pierre, ici,
Qui n'ait trempé dans quelque crime dont le remords la hante.
Comme Tantale est las de tout ce qu'il a fait, lassé
De tout ce qu'il a vu le rocher penche sûr l'abîme.
Je ne viens ni punir ni absoudre. Je suis venu
Tout achever. Quand la coupe de l'horreur sera pleine
Ce soir, il faudra la faire boire à la terre,
Et que le sang s'écoule. Car tout doit s'écouler.
Ce jour va tous les réunir dans l'atroce demeure,
Face à face, les tombeaux et les lits, les criminels
Et les victimes : tous criminels en vérité, et tous
Victimes.
VOIX DE TANTALE, de très loin
Jupiter !
JUPITER
Ici, comme partout.
L'orgueil de l'homme a tout fait, et l'aveugle passion De la femme pour le sang et l'amour, — l'amour, Rire du sang... Il ne faut plus, sm^ ce pays, que plane Inapaisablement l'ombre de l'efirayant Tantale, Celui que j'ai dû condamner à vivre, jusqu'ici, En châtiment d'une force sans lois, et de l'orgueil Qu'il a mis dans le crime, cette ivresse de l'énergie.