‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 6 sur 113 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Comme le feu

Dans une haie de bruyères sèches passe en rafale,

Le souffle d'Apollon, cinglant ces cœurs durs, les balaie

Du fouet des flammes.

Tout est à craindre.

Je vais chercher Vombre du bois Et le frais de nos tombes.

Là nous pourrons dormir.

Exit le Chœur.

VOIX DE TANTALE

Jupiter ! Jupiter !...

Entre Jupiter. — Il est tout entier vêtu de blanc lamé d'or, — Il porte le pétase, et tient à la main un bâton d'olivier.

JUPITER

Je suis ici, Tantale. J'arrive et tu ne le sais pas. Vous, dans le noir palais, et vous, à l'ombre bleue du bois, Vous dormez. Au plus fort du jour, pour une nuit terrible Prenez des forces, malheureux. Je vous ai entendues, Pierres brillantes de Mycènes : me voici.

VOIX DE TANTALE, eUe s'éloigne

Je viens pour délivrer ta race, mais non toi.

Elektre et Or este

VOIX DE TANTALE

Jupiter !

JUPITER

N'appelle plus. Tu me retrouveras. Endormez-vous

Pour un moment, voix haletantes. Pas une pierre, ici,

Qui n'ait trempé dans quelque crime dont le remords la hante.

Comme Tantale est las de tout ce qu'il a fait, lassé

De tout ce qu'il a vu le rocher penche sûr l'abîme.

Je ne viens ni punir ni absoudre. Je suis venu

Tout achever. Quand la coupe de l'horreur sera pleine

Ce soir, il faudra la faire boire à la terre,

Et que le sang s'écoule. Car tout doit s'écouler.

Ce jour va tous les réunir dans l'atroce demeure,

Face à face, les tombeaux et les lits, les criminels

Et les victimes : tous criminels en vérité, et tous

Victimes.

VOIX DE TANTALE, de très loin

Jupiter !

JUPITER

Ici, comme partout.

L'orgueil de l'homme a tout fait, et l'aveugle passion De la femme pour le sang et l'amour, — l'amour, Rire du sang... Il ne faut plus, sm^ ce pays, que plane Inapaisablement l'ombre de l'efirayant Tantale, Celui que j'ai dû condamner à vivre, jusqu'ici, En châtiment d'une force sans lois, et de l'orgueil Qu'il a mis dans le crime, cette ivresse de l'énergie.

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