‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 64 sur 113 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Hélas !

GLAIA, gémit

La chouette a hôlé.

Dernières lueui's du crépuscule.

Silence. Puis la nourrice appelle tout bas.

Oreste, Elektre, enfants ! c'est moi qui veille.

ELEKTRE

Les félons ! Tu les as entendus ?

Elle joint ses deux mains sur la goi'ge d'Oreste.

Es-tu résolu ?

Un seul cri, puis tout bas.

Oui? Mieux vaut mourir que de vivre lâchement ainsi Sous des maîtres infâmes. A l'œuvre, Oreste !

Long silence.

ORESTE à Elektre

Mais quoi ? Faudra-t-il que je la tue ? Tout bas. Elle?

Elektre ne répond pas. Impassible elle le regarde.

Va-t-il falloir que — que moi — je tue —

Tout bas.

La mère? — Réponds, réponds-moi.

ELEKTRE

J'ai tout dit.

ORESTE

Tu as parlé, et moi Je dois agir. C'est moi qui dois frapj)er, moi. Mais pourquoi Moi? — O mon père, quel héritage tu m'as laissé.

Il se tourne vers le tertre, et ne le quitte plus des yeux. Sombre et égaré.

Elektre et Oreste

ELEKTRE

Guéris-toi de la pitié, si tu veux être juste.

Oui.

Oui je suis l'héritier : je ne l'ignore pas, ô roi, J'entends que tu m'appelles. Malheur, malheur, malheur sur moi, Malheur sur ma tête ! Ma mère, moi du moins, Dis, que t'avais-je fait pour être condamné à faire Ce que je vais oser? — Car, je le sais : je le ferai.

ELEKTRE

Tu le feras, Oreste : c'est l'ordre du destin.

ORESTE

Père, père, éloigne-toi. Ne remonte pas si vite

Des épaisses ténèbres où tu tettes la terre,

O pauvre nourrisson de la nourrice au cœur de roc !

O déjà, il me semble que tu es là, mineur pâle.

Terrassier du sépulcre. O, j'ai peur de te voir.

J'ai i)eur de toi, depuis que je i^ense à toi. Et,

Tu viens.

Je t'entends creuser, là ! tu soulèves le dos humide

Du tertre. Tu viens. Les écailles sanglantes de la poussière

Vont tomber sous tes doigts. Oh, j'ai peur de te voir, —

Et je sais que je le dois : — tu es là !

Il étend les bras devant sa face, comme pour se défendre.

Plus qu'un instant, pas encore. Va-t-en ! Va ! tout à l'heure ! Demeure encore un peu dans ta prison, grande ombre.

Reste, chère âme, reste à l'abri sous la terre. Il fait mauvais, ici, il fait mauvais pour l'homme. Ne quitte pas ta cage noire, ô aigle courroucé. Aie pitié. Que vais-je devenir j si tu parais ?

Cri sourd, puis sur un ton de plainte.

Ha, —

Ton œil s'ouvre, il est sur moi : je le sens, il pèse.

La prunelle du père étincelle dans les ténèbres.

Il faudi'a donc — que je tue ? moi aussi ? — que je la tue ?

Et que je t'enrichisse encore d'une proie, — sépulcre ?

Le ci'épuscule couvre le palais. — Lueur rouge sur le bois. La lumière traîne à terre. — Le haut du tertre est sombre.

L'ombre d'Agameninon paraît. Blanche, bleuâtre, très haute. On ne voit h'iQn que les yeux caves, où l^rille un feu lointain.

OMBRE d'aGAMEMNON

Oreste, mon fils, me voici.

C'est moi, ton père, assassiné.

Je suis venu. Tu savais bien que je viendrais.

ELEKTRE

Parle à ton lils, malheureux père.

Ordonne. Dis ce qu'il faut faire.

Ta fille te supplie aussi, ombre chérie.

OMBRE d'AGAMEMNON

L'heure est venue.

Venge-moi, venge-moi. Il faut que tu me venges. Prends le couteau contre eux, comme ils l'ont pris. Frappe. Et tue.

Elektre et Or este

ORESTE

EUe aussi? Ma... ?

OMBRE d'AGAMEMNON

Sois un juge sévère, mon fils : tue-la. Tue la femme Qui a tué ton père. Mais sois un juge intègre : Aie pitié en tuant, aie pitié de la mère : N'insulte pas au châtiment, et détourne les yeux. Frappe ! Venge-moi : ne te venge pas. Sois juste. Tu es mon fils; tu es son fils, hélas, et tu es homme. Ici, il faut du sang, et ce soir même : frappe et tue. Adieu.

L'ombre disparaît. — Silence, avant et après la réplique du Chœur.

Je n'ose pas parler; je n'ose plus penser. Je palpite de crainte : pareille au corbeau que les pas I JD'iiTi passant chassent du cadavre, la noire peur.

En battant lourdement de l'aile, s'élève dans mon âme»

'>'% Elektre, penchée, fouille au pied du tombeau. — Ci'épuscule rouge.

i — Elle va droit sur Oi'este; elle porte une large hache enroulée

llili dans un linge sanglant.

ŒNOPS

Elektre, princesse cruelle, noble vierge. Rouge pensée de la maison, voici que tu fais face A la blessure brûlante du ciel, et tu t'avances, Ombre virginale, miroir du crépuscule, Pour quelle œuvre de nuit, fleur du roc noir. Ardente digitale ?

Page 1