ACTE DEUXIEME
ORESTE, résolu
Qu'as-tu pris dans la tombe ?
GLAIA
Je sais d'où elle vient. Elle a tout préparé, Dès la veille, comme la mère qui marie sa fille, Dispose tout pour le repas des épousailles.
ELEKTRE
Oreste, as-tu des armes ?
ORESTE
J'ai ce poignard.
ELEKTRE
Garde-le d'une main, mais dans l'autre laisse-moi mettre
L'éclair tranchant qui divisa jadis la vie d'avec
La vie, et qui, depuis, a si longtemps dormi dans l'ombre :
La hache du bourreau, l'outil sacré du châtiment.
Frère, sept ans je t'ai gardé l'arme des assassins
Pour venger l'assassiné. Prends cette hache, prends-la.
Vois aussi ce couteau, c'est le lâche voleur de soufïle.
Le renai'd qu'ils lancèrent à la gorge d'Agamemnon.
Je le garde pour moi. Il est fait à ma main.
ORESTE
Rouge et d'or. Et le fil coupe l'obscurité qui crie.
Comme un regard d'angoisse : un tranchant pour deux vies.
Elektre et Or este
ELEKTRE
Rouge de sang, et patiemment aiguisé par moi ! Vois, les gouttes sur la garde.
Elle baise l'arme ardemment.
Ainsi, tant de fois, Je les baisai en t'appelant : mes lèvres ont eu soin De ne jamais les effacer; la nuit, à mon oreille. Chaque goutte a parlé : toutes ont dit ton nom.
ORESTE
Oui, tu m'as beaucoup appelé.
ELEKTRE
Et ce linge effrayant, —
ORESTE, il recule
Quelle pourpre est-ce là?
ELEKTRE
Pourpre royale, en vérité :
La tienne, la même qui coule dans tes veines et les miennes. Ce linge d'or sépulcral est le dernier manteau Qu'a porté notre père, le drap de la couche traîtresse, Où la mort l'attendait : H est teint de sa vie. Frère, il est fluide encore, ce sang, grâce à mes larmes.
ORESTE
Bien. Donne. Et maintenant, aie le courage de mourir, Oreste.