‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 65 sur 113 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ORESTE, résolu

Qu'as-tu pris dans la tombe ?

GLAIA

Je sais d'où elle vient. Elle a tout préparé, Dès la veille, comme la mère qui marie sa fille, Dispose tout pour le repas des épousailles.

ELEKTRE

Oreste, as-tu des armes ?

ORESTE

J'ai ce poignard.

ELEKTRE

Garde-le d'une main, mais dans l'autre laisse-moi mettre

L'éclair tranchant qui divisa jadis la vie d'avec

La vie, et qui, depuis, a si longtemps dormi dans l'ombre :

La hache du bourreau, l'outil sacré du châtiment.

Frère, sept ans je t'ai gardé l'arme des assassins

Pour venger l'assassiné. Prends cette hache, prends-la.

Vois aussi ce couteau, c'est le lâche voleur de soufïle.

Le renai'd qu'ils lancèrent à la gorge d'Agamemnon.

Je le garde pour moi. Il est fait à ma main.

ORESTE

Rouge et d'or. Et le fil coupe l'obscurité qui crie.

Comme un regard d'angoisse : un tranchant pour deux vies.

Elektre et Or este

ELEKTRE

Rouge de sang, et patiemment aiguisé par moi ! Vois, les gouttes sur la garde.

Elle baise l'arme ardemment.

Ainsi, tant de fois, Je les baisai en t'appelant : mes lèvres ont eu soin De ne jamais les effacer; la nuit, à mon oreille. Chaque goutte a parlé : toutes ont dit ton nom.

ORESTE

Oui, tu m'as beaucoup appelé.

ELEKTRE

Et ce linge effrayant, —

ORESTE, il recule

Quelle pourpre est-ce là?

ELEKTRE

Pourpre royale, en vérité :

La tienne, la même qui coule dans tes veines et les miennes. Ce linge d'or sépulcral est le dernier manteau Qu'a porté notre père, le drap de la couche traîtresse, Où la mort l'attendait : H est teint de sa vie. Frère, il est fluide encore, ce sang, grâce à mes larmes.

ORESTE

Bien. Donne. Et maintenant, aie le courage de mourir, Oreste.

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