SCENE II
Elektre sort du palais avec Glaia, la nourrice. Elles parlent bas. A tout instant, Elektre modère la bonne femme.
GLAIA
Est-il possible ? Oreste ?
ELEKTRE
Viens, tu vas le voir : là. C'est lui.
GLAIA
Béni soit-il, le jour qui me le rend.
Elle s'élance et appelle : ' •
Oreste !
Elektre la retient avec colère et lui met la main sur la bouche. ELEKTRE
Folle! Veux-tu le perdre, misérable? et le livrer? N'est-il pas déjà mort pour ceux qui sont ici? S'ils savaient, les tyrans, que le fils dort là, au pied Du tombeau paternel, sous nos yeux il^ous le tueraient.
GLAIA
Ne me maltraite pas. La joie égare mon vieux cœur.
Blektre et Or este
ELEKTRE, ardente, souriante
Pleure donc, si tu veux ; regarde-le en joignant les mains ; Mais prends garde : n'oublie pas les vautours, maîtres de l'air.
GLAIA
Oreste, mon Oreste!
Elle pleure. Œnops s'approche avec précaution.
ŒNOPS
Le laisserai-je encore dormir ?
ELEKTRE
Oui, nous sommes là. Nous allons le veiller à ta place. Va, Œnops, va guetter. Va prévenir les nôtres. Avertis-les ; enchaîne- les par un serment ; et tous, Soyez tous aux écoutes.
ŒNOPS Ils voudront tous le voir.
ELEKTRE
Ici, conduis-les tout à l'heure à leur maître : qu'ils viennent Lui rendre hommage, le défendre, le sauver, s'il le faut. Mais pas un mot : craignez jusques au son de votre voix.
Exit Œnops.
Ne sois pas irritée... Oreste, mon nourrisson, mon fils... Pourquoi me serres-tu la main, Elektre, à la briser ?