ACTE TROISIEME
Le sang coule : que de sang!... Elle voulait vivre.
Rentre Glaïa. Elle pose la lampe sur un pilier. On voit les corps : Klytemnestre morte est tombée sur le côté ; sa tète touche à celle d'^gisthe. Elle est couchée en travers sur les plus hautes mai'ches. — Oreste lui jette un regard et frémit.
Elle est grande, elle est très grande... et d'un poids accablant.
Elle m'entraînait; je lui ai dit : Làche-moi!...
Voilà, c'est fait. Elektre prend son voile, et veut aller aux morts. Oreste la retient près de lui.
Elektre, reste près de moi.
Tes pieds sont pleins de sang, tu les y as trempés, là-bas ; Et tes pas sont pesants. Reste avec moi.
ELEKTRE, voix ferme et douce
Pourquoi, mon frère?
Le crime est expié ; ils ont soldé la dette. Et toi, ma mère, maintenant, je veux cacher ton corps Sous mon voile de vierge. A présent l'ombre te possède. Demeures-y en paix ; ne nous tourmente plus. La nuit te soit profonde ! Adieu, tu as payé.
Ne me quitte pas. Reste.
ELEKTRE
Qu'est-ce donc?
ORESTE
Voilà, Là,... là... loin d'eux! le plus loin,... loin des yeux.
Il recule à mesure, en tirant à soi Elektre.
Voilà ce que j'ai fait : c'est moi... Loin d'eux!... Ici!
Elektre et O reste
Est-ce qu'elle me voit, ici?... Elle se tait,
Elle si impérieuse... C'est moi, pourtant,
Qui ai fait ce silence. Un jour, un soir, et tout est dit.
Un jour,... un seul moment. Le soleil s'est couché,
Et comme s'il ne s'était jamais levé, c'est la nuit.
La lampe illuminait et j'ai éteint la lampe.
J'ai fait ce que je venais faire : mais où irai-je?
ELEKTRE, effrayée
Tu es le roi, frère chéri. Ordonne, et tous ici T'obéiront. Le palais l'attend.
ORESTE
Quel palais?
Le tien.
C'est l'heure d'y rentrer en maître.
ORESTE
Non, plus tard.
Loin, plus loin... Rien ne presse, mais où aller?... Dis-moi, Elektre : sais-tu ce que j'ai fait ?
ELEKTRE
Ton devoir, par tous les dieux, et justice.
ORESTE
Tu le crois ?