‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 95 sur 113 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ORESTE

Elle!

Je lui parlerai ; elle me fait signe... Elle veut Que je lui parle. Bien.

Hélas, à qui parlerais-tu ?

ORESTE, à demi voix

> Va-t'en, ou, j'y consens : ma mère, tiens, tue-moi.

ELEKTRE

Oublie, frère chéri : ce n'est rien, rien qu'une ombre coupable. Les hôtes des ténèbres aiment à errer sous les arbres. Par les espaces silencieux de la nuit.

ORESTE

Va-t'en. Ecoute, mère : ne me répète pas

Toujours ainsi que tu es ma mère, ma mère ;

Et pourquoi, d'un souffle méchant, murmures-tu toujours ;

Parricide ! — fils parricide ! — parricide !

Finis, ma mère. — Tu as tué ta mère. — Oui.

Mais de quoi devais-je donc te haïr, sinon

D'être ma mère? et pourquoi t'aurais-je tuée

Si tu n'étais ma mère ? Hé bien, tue-moi.

Il retombe épuisé sur les degrés.

ELEKTRE

Visions ! Oreste, c'est moi qui te tiens dans mes bras. Dors, ferme les yeux dans ma poitrine.

Elektre et O reste

ORESTE, il crie, puis de nouveau, à mi voix

Tu mens ! Mère, je n'ai pas bu ton sang. O dégoût.

ELEKTRE

O triste, triste soir, triste retour, triste victoire. Les ombres et les morts tourmentent les vivants. C'est leur XDlaisir souterrain d'empoisonner la terre.

ORESTE

Ha — Tu mens !

avec horreur

Ce n'est pas moi qui t'ai fait cette horrible blessure, O dégoût! Que de sang! Ce n'est pas moi.

^ ELEKTRE

La plaie est de ma main, je l'atteste ! n'y pense plus.

ORESTE

Elektre, comprends-tu ? Je suis nu dans le deuil. J'ai perdu à jamais le manteau de la joie ; Je ne suis plus vêtu que des haillons souillés De la détresse. A quoi bon vivre désormais ? * J'arrive le dernier, et malheureux plus que les autres. Tout passe, hormis la haine du destin qui n'oublie pas. Les hommes se succèdent : la mort les mène au pas ; Tous marchent sous le fouet, dans les traces les uns des autres Et les crimes des fils chaussent les crimes de leurs pères ; Le même pied, la même empreinte, la même boue.

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