‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 98 sur 113 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Et tes lèvres, à toi, ma lille, ne disent plus : — Je t'aime... Je promène la torche sur vos abîmes d'yeux, — Quatre gouffres jumeaux, où déjà l'éternel hiver A tendu sa toile de glèce. Ha, ha —

ELEKTRE frissonne

11 rit ?

ORESTE

Grand-père, je savais que tu viendrais aux funérailles. Mais attends : tout n'est pas fini : un peu de temps encore. Et je te suis. A côté d'eux, ne m'omets pas troisième.

ELEKTRE

O nourrice, j'ai peur maintenant.

GLAIA secoue la tête

Il est trop tard.

ELEKTRE

Ha,

Que vont-ils faire, ce vieillard sépulcral et cet enfant ?

GLAIA

Il n'y a plus qu'à pleurer, — et à l'aider, s'il est possible.

TANTALE

La mort sur l'amour. La folie sur la mort, — Toutes les morts. La mort appelait : Lionceau,

Il se penche sm* le ravin.

Elektre et Oreste

Tu es venu. La mort ai)pelle : entends-la, troupeau d'hommes, Entends, Mycènes ! Que vous faut-il de plus, misérables? Dans le fond, là-dessous, les flambeaux par la ville s'allument. Ils vont et viennent dans les maisons, les esclaves s'éveillent. C'est la rumeur du rêve ; elle crie en sursaut : debout ! Mais le songe est esclave en ces songeurs esclaves. Le bond retombe ; le sommeil reprend ; la rumeur s'apaise. A l'appel de la mort, tu réponds seul, Oreste.

ORESTE

Pas encore ! n'approche pas le feu de mon visage.

TANTALE

Tu recules ? Le festin est servi dans le palais. Va près d'eux, ils t'attendent; et moi, je me suis assis En d'autres temps, à des banquets plus somptueux Que celui-ci. — Ici, on mange la vie jusqu'à l'os.

CHŒUR

J'entends un grand soupir qui s'élève du précipice, L'âme rauque du vent, le fou qui souffle le délire.

ORESTE

Les pierres sur le roc, des crocs au crépuscule

Dans la gueule des tigres : j'attends la meute qui déchire.

CHŒUR

L'âme atroce de cet atroce lieu, c'est toi, Tantale.

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