‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 10 sur 50 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Qui désormais, ma Crette, ô toy Reyne des Isles,

Doit régir après moy tes populeuses villes ?

Mon Androgée est mort, et mon sang odieux Ne germe peruerty qu’vn fruict prodigieux.

Androgée, vn patron des princes magnanimes Que l’Ardenois poussa dans les nuicteux abismes.

Ha ! ce forfait m’emplit d’eternelle rancœur,

Et tousjours d’vn dépit m’en fait scigner le cœur ! Aussi, tant qu’vn soleil eclairera le monde.

Tant que sera mon régné enuironné de l’onde,

Ma vengeance funeste empreinte de terreur Les battra criminels du traict de ma fureur;

Flagellez par ma dextre en courroux estenduë,

Ils porteront la peine à leur offense deuë,

Ou Minos cessera de commander icy,

Ou Minos cessera de respirer aussi.

SILVRE.

Sire, leur crime est grand, vn supplice condigne Ne punira jamais leur trahison insigne ;

Ils ont trop outrageux forfait b l’équité Pour rendre leur méfait des peines acquitté.

Le bruict sanglant du meurtre enfle h tous le courage, Espoinct tous vos subjects de vengeresse rage,

Et le seul souuenir d’vn fait tant inhumain Leur met k tout moment les armes k la main.

Il n’est celuy de nous, tant ce rancœur nous touche, Qui son chef courageux n’expose k l’escarmouche.

Qui ne se porte ardent où plus sur les soldars Greslent de tous costez les fiâmes et les dards,

Qui n’espendit sou ôme, alors toute allégée,

Votre injure vne fois sur l’ennemy vengée;

Vous en auez temoings ceux qui jk deleguez Ont d’vn premier effort les traistres subjuguez ,

Ont fait couler du sang dans les valons d’Ardée Ainsi que d’vn torrent la vague débordée,

Ont eleué de morts vn monstrueux bûcher.

Ont fait plus d’ennemis en l’Orque trébucher Que de fleurs au printemps n’abbat dessus la plaine De l’Aquillon grondant la froidureuse haleine ;

Plus que dans l’Iberie au bois deray mourant N’arrache de cheueux l’automne deuorant ;

Plus qu’on ne voit au ciel de ces lumières sombres Quand la diue aux trois noms a fait venir les ombres.

Helas ! mais ce carnage aux armes mutuel Redonde jusqu’aux miens cgallcment cruel.

Desjà tant de milliers de valeureux geus-darmes Tombent à mon subject sous les contraires armes; Mon royaume desjà se comble d’orfelins :

O Mars, que tes effets nous ont esté malins !

SILVRE.

Reuangeant vn affront dont le sort nous afflige,

A vn second malheur notre malheur s’oblige ;

Nous ne faisons ainsi qu’exaler vn courroux Autant qu’à l’ennemy pernicieux à nous ,

Aueuglement poussez par le vent d’vne rage,

Sans amender le mal, sans reparer l’outrage;

Car mille et mille corps, pour quitter leurs esprits,

N’en sçauroient ranimer vn que la Parque a pris.

Tous vos subjects offerts en sanglante hécatombe Ne sçauroient Androgé r’apeller de la tombe :

On ne reuient jamais, ayant franchy ce pas,

Car notre jour eteint ne se ralume pas.

Ainsi le traict grondant élancé du tonnerre,

Quand le ciel dépité veut chastier la terre.

Ne se rappelle point, et son mortel effet Ne peut non par les Dieux jamais estre défait. Arrestons donc le cours des riuieres coulantes De tant de sang puisé dans nos troupes mourantes,

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