ACTE QVÀTR1ESME
Tous-jours accompagné de crainte et de péril , Attendant de mon roy l’attente redoutable ,
Et de ma perfidie vn salaire équitable.
En tout autre sujet mon seruice est à vous.
ARIADNE
Tu ne veux te commettre à mesme sort que nous ! Courir mesme aduanture, et receuoir commune ,
Après nos maux finis , la prospéré fortune !
Ouy, je jure le Ciel , tu auras mesme part Au bonheur aduenir.
GEOLIER
I’y vois trop de hazard.
ARIADNE
11 n’est rien plus aysé, sur tout, veu que personne D’entreprise pareille icy ne te soubçonne.
Ne l’oseroit penser ny croire le voyant.
Quand la nuict scs rideaux obscurs va déployant, Qu’au régné de Morphé tout taciturne et sombre On n’entend , on ne void , on ne touche que l’ombre, Tu pourras auec luy seerettement sortir.
De là , pour de nostre islc incontinent partir,
Vn nauire appresté sur la riue prochaine Sera prest à flotter par la vagueuse plaine.
GEOLIER
Voilà très bien pourueu. Si cela succedoit,
Si le vouloir du Ciel au vostre respondoit ,
Votre esprit tout le fait subtilement dispose.
Non qu’à cela pourtant mon courage s’expose,
Je suis vn peu timide. Adieu, je sens la faim Des captifs qui m’appelle à leur donner du pain.
ARIADNE
Tu m’econduis , barbare , au moins ne me decele.
GEOLIER
Vous me verrez secret autant comme fidellc.
ARIADNE
Et tu me permettras de voir ce prisonnier î
GEOLIER
Mon office ne peut cela vous denier.
ARIADNE
Que l'oreille du roy n’en soit point aduertie.
GEOLIER
Vous aurez en secret l’entrée et la sortie.
ARIADNE
Allons voir ce chétif, allons luy discourir.
Disons luy que mon ame auec luy veut mourir, Si quelque Dieu propice en si dure misere Ne s’offre de guérir mon mal qui desespere.