ACTE CINQVIESME
PHÈDRE, ARIADNE, THESÉE, MINOS, trovpe, DÆDALE, nocher.
PHEDRE
Dites moy, chere sœur, quel soucieux nuage Vous fait ternir les yeux et pâlir le visage;
D’où partent ces souspirs? Dites-le hardiment , Ma sœur, j’y trouueray possible allégement.
ARIADNE
Phedre , ma chere sœur, tu sondes une playe Contre qui vainement tout remede j’essaye.
Je trauaille d'vn mal qui traine clandestin Peu h peu dans l’Enfer mon malheureux destin ; Pauure je porte au flanc la fléché décochée Qui par la seule mort s’en peut voir arrachée; J’altere d’vne soif qui ne se peut tarir.
Je brûle d’vn poison qui ne se peut guarir.
PHEDRE
Jeune d’ans et d’esprit, d’cxperience nuë,
Telle sorte de mal encore ne m’est cognuë;
Mais si la conjecture icy ne me déçoit,
Vn euident martyre en yos yeux s’apperçoit ,
PAS1PHAE.
Comme d’vn mal secret ainsi que la figure ,
Vne douleur d’esprit , c’est cela que j’augure ,
Vn aueugle Arcbcrot dont le phantosme aislé Encor ne m'a jamais qu’à l’oreille volé,
Vn petit Dieu d’amour, un enfançon volage ,
Séjourne coutumier au printemps de notre aàge ; N'est-ce là votre mal? Vous changez de couleur?
ÀRIADNE.
11a! que tu trouues bien le lien de ma douleur!
J1 est vray, je mourray des passions bourclles Qui ragent là dedans au fonds de mes mouélles;
Je suis au desespoir, pauurettc, helas ! je suis Au précipice affreux d’vn océan d’ennuis !
PHEDRE
Amour n'est qu’vn tourment de chatoûilleuse braise Que bien peu de liqueur facilement appaise;
Je le dis pour l’auoir tant seulement ouy ;
Ce feu perd ce désir tant qu’il en a joüy.
Pourquoy ne tùchez-vous que telle rage allente D’vn réfrigéré doux son ardeur violente!
ARIADNE
La Parque tient captif le remede bénin Qui seul peut adoucir mon amoureux venin.
THEDRE.
Que dites vous, ma sœur? vous cherchez dans la biere L’embrassement d’vn corps qui n’est plus que poussière
ARIADNE
Il m’eust autant vallu dans la tombe choisir Quelque fantosme à qui se vouast mon désir.
Radamante, autant vaut, parmy les siens enrôle Le glorieux tyran qui ma franchise vole.