‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 33 sur 50 · ACTE CINQVIESME · texte numérisé non relu

ACTE CINQVIESME

PHEDRE

Quoy , le tombeau prochain menace votre amant!

ARIADNE

De son trépas certain j’espic le moment.

PHEDRE

Apprenez moy qui c’est, est-il de cette terre?

ARIADNE

C'est vn Athénien que la prison enserre ,

Yn de ses innocens que l’injure du sort Et le courroux des Dieux vontliurer à la mort : Thesée au nom sacré, dont la foy referée Graue vne saincte image en mon cœur reuerée; Tlieséc, des beautez modèle précieux Que la rnere Nature a dérobé des Cieux ,

Et que l’Olympe mesme auoüroit de sa race Si les destins amis interinoient sa grâce ;

Qui viuroit immortel , si la gloire d’amour, D’enuie et de courroux ne l'exiloit du jour.

C’est luy, Phedre, c’est luy dont la celeste face Emprainte incessamment me renflammeet reglace. Ores m’eprend d’amour, et au mesme moment Me remet à l’horreur de son proche tourment.

Mais j’ay de quoy, ma sœur, lamenter ma miserez Mais j’ay de quoy blâmer ma fortune seuere.

PHEDRE

Rien ne seruent icy les soupirs et les pleurs.

Il faut avoir recours à des moyens meilleurs : L’amour ne manque point d’inuention subtile.

ARIADNE

Helas ! j’ay tout tenté , mais tout m’est inutile; J’ay roulé dans l’esprit mille et mille desseins

PAS1PHAÉ.

Qui tous ont auorté, tous sont demeurez vains.

J’ay vainement tendu ma trompeuse cordelle A l’âme du geôlier cruellement fidelle ;

Ces joyaux précieux je luy ay tous offerts Pourueu que mon amour fust arraché des fers.

Le tygre a fait le sourd, ma suppliante bouche N’a trouuéqu’vn rocher, rien qu’vne dure souche, Je n'ai rien obtenu que d’entrer seulement Au cachot tenebreux qui cache mon amant.

Là, débondant mes yeux en vn fleuue de larmes , J’ay donné de l’amour les premières alarmes,

J’ay, ma sœur, je vous prie... que cecy soit couvert

PHEDRE

■Ne craignez que par moy tel secret soit ouuert.

ARIADNE

J’ay mes feux allégez, j'ay soulagé mes peines En arrousant de pleurs les pesantes cadeines ,

En baisant ses beaux yeux dignes d’vne Cypris,

Qui d’amour mutuel se sont rendus épris.

Au mal que j’ay pour luy sa torture est égalé,

Il n’est fâché d’aller en la demeure pasle Que pour moy seulement, et en perdant le jour Il jure perdre moins qu’en perdant mon amour, Creue-cœur qui redouble en mes passions sainctes D’amour et de pitié les mortelles atteintes.

PHEDRE

Vrayment votre accident est digne de pitié :

Que ne puis-je assister votre saincte amitié !

Enfin, n’auez-vous rien inuenté de remede A toute extrémité qui bien ou mal succédé?

ARIADNE

Comme quand la tempeste et la fureur des eaux Demaine çà et là les naufragés vaisseaux ,

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