ACTE PREMIER
PASIPHAÉ , BERSYNTHE, MINOS.
Soleil qui fais tout voir et qui vois tout au monde , Cache , mon géniteur, ta flame dessous l’onde ,
Cesse de plus montrer le jour que j’ay polu ,
Couure , en couurant le tien , mon flambeau dissolu ; Cache aux yeux des mortels vn prodige difforme, D’vn monstre tant hydeux l’accouchement enorme ; Soit deluy la mémoire esteinte désormais.
Que nos futurs nepucux l’ignorent à jamais,
Que d’vn reproche tel jusqu’à la moindre trace Le soupçon odieux s’absente de ma race.
Seule je suis infâme , et seule auec mon fruict J’espouse le tombeau d’vne eterneile nuict.
Qu’on taise mon renom et l’histoire tragique Du plus horrible enfant que vit jamais l’Affrique. Qu’vne reyne vn prodige au monde ait apporté !
Que d'vn taureau beuglant mon ventre ait auorté !
O cieux ! vous l’auez veu sans me broyer en poudre ,
Sans consumer ce lict d’vn rouge traict de foudre. Fend toy, terre , englouty la mere auec l'enfant.
Et couure ma vergongne en ton gouffre étouffant,
Que le plancher croulé sous cette couche fonde ,
Que le ciel sur ce toit eclatte et le confonde!
O dieux ! si vous avez des feux comme l’on dit'.
Versez les maintenant sur ce couple maudit.
Vous m’estes sourds, cruels, vous n’auez point d’orage Capable d’assouuir ma forcenante rage.
Venez, Fureurs, venez, impitoyable essein ,
De vos noirs couleuureaux me déchirer le sein.
Vous me fuyez, Enfers, mon effroyable encombre Epouuante l’horreur de la cauerne sombre.
O mechef! ô desastre! ô comble de malheurs!
BERSYNTHE.
Madame , temperez cet excès de douleurs ,
Ne vous laissez dompter à la fureur maistresse , Opposez la raison aux coups de la detresse.
Voslre desastre est grand, mais ne doit on souffrir Tout ce qu’il plaist au ciel d’encombre nous offrir? Les malheurs enchaisnez le fil de nostre vie Rongent continuels tant qu’elle soit rauie;
C’est du Destin puissant l’irrcuocable loy Qui réglé egalement le champestre et le roy.
Le Sort aage ny sexe en sa fureur ne flatte,
D’en haut le traict du foudre indifférant eclatte,
Sinon que plus souvent il brûle décoché Le feste d’vn cyprès du ciel plus approché ;
Et l’orgueil d’vn sapin plutost ce feu terrasse Que des saulx riuagers la cheuelure basse ;
De mesme vos grandeurs, plus qu’vn peuple fangeux, Exposent votre chef aux foudres orageux.
Les Dieux , pour se montrer à l’uniuers suprêmes, Souuent comme enuieux frappent vos diadèmes ,
Car vos palais royaux, qu’ils font choir à l’enuers ,