‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 5 sur 50 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Croulent plus euidents aux yeux de l’vnivers.

Vous le sçauez, Madame, et qu’à leur main inique L’escu de patience est le rcmede vniquc,

Le bouclier plus fort encontre tous malheurs ,

Et l’antidote seul offert à vos douleurs.

PASIPHAÊ.

Le remcde à mes maux, joint à mon infamie.

Ne se présente ailleurs qu’en la Parque blesmie. Helas ! qu’un traict du Ciel en foudre delaché N’a-t-il dedans l’Enfer mon opprobre caché!

Jupiter fut trop doux , et l'ayde de Lucine Coupable a releué ma honteuse gesine.

Quoy donc? viuray-je encor à fin que le remords De mon crime odieux me livre mille morts?

Non , non , plutost du sort j’accompliray l'ouurage ;

Vn juste desespoir doit ranger mon outrage,

Vn poignard acéré me percera le flanc ,

Pour ma honte noyer d’vn gros fleuue de sang.

BERSYNTHE.

Dissipez , immortels , ce tourbillon de rage !

Madame , refrenez ce furieux courage ,

Reuenez à vous mesme Helas! vostre cercueil Ne peut qu’en vous perdant rengreger notre dueil , Desesperer Minos et l’affliger au double.

PASITHAÉ.

Ha! ce nom de frayeur l’entendement me trouble ! Minos que je diffame aux races à venir Tant que l’âge mortel aura le souucnir,

Minos que maintenant (enorme vitupéré)

D’vn taureau mugissant je fais estre le pere ,

Pourrez vous le souffrir ? pourrez vous , l'ayant sçeu , Ne massacrer la merc et le monstre conccu ,

Cachant dans vn tombeau qui tous deux nous enserre

Le reproche du Ciel, la honte de la Terre?

Ha! je vous preuiendray, j’euiteray les dards Que me lancent déjà vos furieux regards ;

Vous ne me verrez point, à l’object de votre ire Ma mort rengregeroit son destiné martire.

Sus! qu’on m’apporte icy le monstre que j’ay fait. Qu’il soit d’vn mesme fer auecque moy défait.

Oblige mon amour de ce dernier office.

Tu me refuses donc, ingrate , ce service!

Las ! tu me fais souffrir, sous ombre de pitié ,

Et pire qu’vn bourreau je sens ton amitié.

Bersynthe, toy ma chere et ma fidelle amie,

Toy seule en qui ma foy tousjours s’est affermie,

Fay paroistre aujourd’hui l’amour que cy-deuant Ton cœur officieux m’a témoigné souuent ;

Couronne par la fin ta volonté fidelle ,

Prend, Bersynthe, vn poignard; ne crains d’estre cruelle. C’est m’estre pitoyable en m’offrant vn secours Qui seul de mes ennuis doit terminer le cours , Précipitant là-bas aux germaines furies Mes douleurs qu’aussi bien je ne puis voir gueries. Bersynthe, derechef, si mon amour t’epoint,

Prends vn fer, je te prie , et ne m’epargne point ;

Que je sois par ta main d’vn trespas salutaire Poussée avec le monstre en l’Orque solitaire ;

Tu n’auras pour cela les astres ennemis ,

Les dieux approuueront l’homicide commis.

Tu les vanges ainsi , mon offence punie ,

Tu vange autant ainsi leur propre ignominie :

Tu priueras Minos de l’object odieux

Que luy doit présenter mon fruict prodigieux ,

Et tu témoigneras de chérir ta maistresse.

Ne cherche point d’excuse où la raison te presse.

Quoy ? restiue , coüarde , à ce piteux deuoir Ne peut donc ma pitié, barbare, t’emouuoir?

Que veut ta face ainsi contre terre abbatue?

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