‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 6 sur 50 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BERSYNTHE.

Hé ! Dieux , le cœur me fend , votre douleur me tué ! Madame, apaisez-vous, reprenez vos esprits,

On ne va que trop tost dans le nuicteux pourpris; Tousjours on est à temps sur ce riuage triste D’où jamais du retour nul ne trouva la piste.

Moy souffrir votre mort , et que ma propre main Se vint contaminer d’vn fait tant inhumain !

Ha ! plutost le trépas preuienne ceste envie ,

Jamais vn crime tel ne souillera ma vie :

Madame, vous mourant, je mourray donc aussy.

Mais, Dieux ! je vois Minos s’acheminer icy,

Retenez ces sanglots tcmoings de votre angoisse ,

Que cet œil plus serein à son abord paroisse.

MINOS

Te reuoyant delivre, or, Madame, je veux A la chaste Lucine appandre mille vœux.

A son honneur sacré trois genisses cornués Sur des autels nouueaux enfumeront les nuës.

Pourquoy pleurent ces yeux tous ternis de couleur? Tu recens quelque pointe encor de ta douleur ?

On y soutient le choc d’vnepcnible entoree;

Deux soleils suffiront h reparer ta force.

Reprend cœur, mon soucy, montre vn œil plus joyeux. Et me dis quel enfant nous ont donné les Cieux ,

Si quelque fruict naissant a bienheuré ta couche.

Mais quels profonds soupirs s’exalent de ta bouche? C’est vn nouueau surgeon de ton sexe produict,

Tu n’as pas accouché d’vn moins avmable fruict.

Sage autant que la mere et semblable de forme ,

Et d'vn esprit royal à tes vertus conforme.

Nous auons trop de quoy nous contenter heureux. Mais je voy qu’vn chacun lamante douloureux !

On ne me répond rien ! Quel funereux esclandre

M’annonce tant de pleurs que je vous voy répandre ? Mon esprit, étonné d’vn soubçonneux martel, Présagé de l’enfant l’accouchement mortel.

Pleust au ciel rigoureux qui fait que ma paupière , Honteuse, malgré moi regarde la lumière ,

Que la mere et l'enfant, sous vn mesme destin.

De l’Erebe gouffreux deuinssent le butin!

HINOS.

Quel desespoir vous tient? quel étrange manie Le frein de votre esprit si fièrement manie?

Et vous et votre fruict la tombe souhaiter!

On voit leurs fans hideux les ourses allaiter.

C’est offencer nature , et plus qu’vne lionne,

Plus qu’vn cœur de tygresse auoir l’ame felonne. Vous le deuez aymer, c’est votre propre sang,

Fust-ce vn prodige enorme eclos de votre flanc.

Helas ! vous l’auez dit, vn prodige farouche A diffamé naissant notre royale couche.

MINOS

Odieux! qu’ay-je entendu? C’est un songe trompeur Qui, vainement passé, m’emplit l’âme de peur.

Me dittes-vous au vray qu’vne engeance brutalle Dans votre lict poilu voit son heure natalle?

Le témoignage prompt, autant vray qu’odieux.

Ne pourra que trop tost vous en venir aux yeux.

MINOS

Mais quel monstre est-ce là? quelle force mêlée Rend du pourtraict humain la forme maculée ?

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