ACTE PREMIER
PASJPHAÉ.
Helas ! n 'cliquerez plus ma langue sur ce point, L’effroy du souuenir qui furieux m’epoint Refuse le récit de ces piteux encombres.
Que ne suis-je déjà parmy les vaines ombres.
MINOS
Si veux-je voir que c’est ; qu’on me le montre icy.
O Dieu des Enfers ! quel prodige est cecy ?
Voila le dos d’vn bœuf joint à la face humaine ! Recteurs de l’univers, cohorte souveraine,
Dieux ! équitables dieux ! qu’auons-nous tant forfait Pour souffrir de votre ire vn si terrible traict?
Peres de la nature, impitoyables peres,
De quels si grands pechez se vangent vos coleres? Combien faites-vous voir que les plus fiers humains Fléchissent impuissants sous vos divines mains , Qu’un diademe d’or ne garantit nos testes ,
N’exempte point les rois des coups de vos tempestcs , Que vos fléaux sur tous s'étendent icy-bas !
Bien jugés, immortels, je n’en murmure pas,
Je souffre patient des malheureux desastres,
Exposé criminel à la fureur des astres.
Je sçay que dès le bers nos destins mal-faisans Deuident en péché la course de nos ans,
Que dans le large rond que l’Océan enserre Le chef du plus deuot est digne du tonnerre.
Balançant notre offence à la punition ,
C’est le soûlas vnique en notre affliction.
Diffamez d’vn forfait honteux à la mémoire ,
Qui jusqu’aux ans derniers aura sa tache noire,
Que sert de reclamer les Deitez des cieux?
Que sert d’vn vain soûlas le miel fallacieux!
Le mal est sans remcde, et quoy que l’on essaye,
On ne guarit jamais vne incurable playe.
De moy du seul trépas j’espere le confort.
Qui m’emporte, ombre vaine, aux rives de la mort. Cher epoux, par l’ardeur dont vous m’avez cherie, Ecoutez donc ma voix dolente qui vous prie,
Par tout ce que de moy vous eustes jamais cher,
Que votre bras me face en l’Orque trébucher.
On ne peut d’vn pardon flatter ma forfaiture,
J’ay blasphémé l’amour, j’ay violé nature,
Je m’expose au supplice ; helas ! supplice doux ,
Si désormais du ciel il calme le courroux !
Pourquoy m’epargne tant votre âine pitoyable!
MINOS
Il me faut donc mourir egallement coulpable.
Non, non! Pourquoy voudraient nous imputer les Dieux Ce que nature errant a fait de vicieux?
Outre qu’en desespoir se bourrcler soy-mesme C’est irriter des Dieux la majesté suprcsme ,
Offencer leur justice et volontairement Chercher d’vn Ixion le juste chastimcnt.
Les Dieux tiennent la vie et le trespas des hommes ,
En ce globe mortel par cette loy nous sommes Au sentier de nos jours borné de leur compas ;
Nous ne saurions haster ny retarder nos pas.
Témoigner à l’encontre un obstiné courage N’est que montrer sans fruict le fiel de notre rage, Enflammer leur courroux, et sous ombre de dueil Brauer l’arest diuin d'vn temeraire orgueil.
Tempera (mon soucy ) la colereuse enuie Qui te fait en fureur tant abhorrer la vie.
Vos propos tout confus de diuine faveur,
De mon esprit remis allentent la ferueur ;