ACTE I
Allez vous ignorant que le plus grand bon-heur Ne se peut acquérir qu'avec un grand labeur /
Marlian.
Je ne l'ignore pas , car j'y suis passé maistre.
Censorin.
En ceste occasion faites-le donc paroistre ; Poursuivez constamment vostre amoureux dessain , Peut-estre quelque dieu vous prcstera sa main.
Marti an.
Je l'en vay suppliant.
Censorin.
Certes je le présage ; Mais dittes, je vous prie , est-ce pour mariage , Que vous allez aimant ceste jeune beauté , Ou si c'est pour jouir de sa pudicité?
Martian.
C'est pour le mariage ainsi que je V espère.
Censorin.
L'avez-vous fait sçavoir à monsieur vostre père?
Martian.
Non encore, je n'ose.
Censorin.
Et le sujet pourquoy?
Martian.
Pour ce, helas ! que je crain qiCil ne soit contre moy.
Censorin.
Comment, de rostre bien prend-il donc fâcherie?
Mnrtian.
Nonj mais il ne veut pas qa'encor je me marie.
Censorin.
N^ importe, ne laissez de liiy communiquer, Car jamais de respect il ne luy faut manquer.
Martian.
Me le conseillez-vous i'
Censorin.
Ouy, je vous le conseille.
Peut estre son humeur vous ne verrez pareille A celle du passé : i homme change souvent De vouloir et d'advis , ainsi comme le vent Va changeant de contrée et souffle son haleine Tantost dessus la mer et tantost sur la plaine. Les dieux seuls sont constants, et francs de changement, Mais les hommes mortels changent incessamment. Disent-ils, à r instant leur œuvre paroist claire; Mais des pauvres humains c'est bien tout le contraire.