‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 25 sur 65 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

De la gentille Agnès à chasser son dédain ,

Et aussi de n'avoir son ame si ravie

D'un certain amoureux qu'elle nomme sa vie.

Censorin.

Vous sçavez doncques bien que son cœur est bruslé D'un autre amant que vous? qui vous l'a révélé?

Martian.

Elle mesme.

Censorin.

Comment , est elle si hardie?

Martian.

Que trop à mon malheur, et ceste maladie Qui me va tourmentant ne procède sinon Que de cet amoureux elle m'a teu le nom.

Censorin.

Quelqu'un m'avoit bien dit, sous paroles obscures, Qu'elle sentoit d'amour les aimables pointures , Mais le nom de l'amant il me retint caché , Dont je fus contre luy beaucoup de temps fasché.

Martian.

C'est d^oà vient mon tourment, c'est d'où vient ma misère; C'est ce qui fait, helas! que je me désespère: Car si le ciel bénin m'avoit tant bien heure Que du nom du galant je me visse asseuré ,

46 SAINTlv AGNÈS.

Avec le coutelas, au cœur d'une campagne,

Nous verrions qui de nous l' aurait pour sa compagne.

Censorin.

Ne vous affligez plus, pensez à vous guarir, Vous me verrez en bref vostre mal secourir ; Aidez-vous seulement , je vous promets et jure Que je sçauray son nom pour venger vostre injure.

Mariian.

Que vous me consolez! Je me sens soulagé. Puis que vous m'asseurez que je seray vengé De ce mien corival.

Censorin.

N'en ayez point de doute , Vous le verrez en bref par mon bras en déroute.

Martian.

Non, non , je vous supplie; il n'appartient qu'à moy De luy faire sentir le trespas plein d'effroy. Tant seulement sçachez qu'il est , de quelque race , Et puis vous me verrez rabattre son audace.

Censorin.

Puis donc que vous croyez estre plus satisfait De le voir par vos coups sur la terre deffait, Je me déportera) de le vouloir occire.

Page 1