ACTE
Martian.
Vous me ferez plaisir autant qu'on sçauroit dire : Car je suis d'une humeur qui mesprise celuy Qui venge son affront par les armes d'autruy, D'autant que cela sent son ame basse et flasque , Qui n'a de la vertu seulement que le masque.
SIMPHRONIE ET CENSORIN.
Simphronie.
Doncques est-il quelqu'un qui s'ose comparer En puissance à mon fils? Peut-il bien s'esgarer Si fort de lajaison? est-il hors de luy mesme , Ou bien ignore-t-il nostre grandeur supresme, Et comme sur ce lieu, du monde l'ornement , Mon bras, foudre de Mars, commande absolument? Ha! si je puis sçavoir comme c'est qu'il s'appelle , Je luy feray souffrir une peine cruelle. Je luy feray sentir un supplice pareil A sa trop folle audace, à son hautain orgueil ; Et pour mieux asseurer ceste fiere menace, Je jure de l'enfer le chien à triple face , Je jure le Cocyte et l'impiteux Nocher, Je jure l'Acheron et le pesant rocher Que Sisiphe remonte et puis après dévale ;
48 SAINTIÎ AGNKS.
Bref, je jure la soif de l'inique Tantale. Mais voyez l'impudence et la témérité ! Avoit-on veu jamais un temps plus éhonté? Certes je croy que non , voire fust-ce le mesme, Où Jupiter punit l'effronterie extrême Des superbes géants , lesquels audacieux Le voulaient dejetter de son thrône des cieux. J'ay plus de soixante ans , mais je n'ay souvenance D'avoir ouy parler de telle outre-cuidance , C'est un estrange cas : plus le monde parvient Au déclin de son âge, et tant plus il devient Horriblement fécond en audace , en malice FA , pour le faire bref, en tout infâme vice.
Censorin.
A vous ouyr parler et mesme regardant , Vos yeux pleins de courroux qui le feu vont dardant. Je croy certainement que vostre ame est blessée , Des traits empoisonnez d'une haine insensée. Dittes , n'est-il pas vray? parlez-moy franchement, N'estes-vous pas atteint d'un courroux véhément.^
Simphronie.
Hé! qui ne le seroit d'une telle impudence!
Censorin. Donc, quelqu'un a commis contre vous uneoffence?