‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 37 sur 65 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

Martian.

Comment V entendez-vous ?

Censorin.

Je vous diray la ruse.

Si d'adorer nos dieux du tout elle refuse , La loy commande exprés qu'on la meine au bordeau, Et là vous jouyrez de son corps gent et beau.

Je nauroi nul plaisir d'en jouyr de la sorte.

Censorin.

Quoy que s'en soit, tousjours cela nous reconforte.

Martian.

J'aimerois beaucoup mieux l'avoir par la douceur, Afin d'en demeurer à jamais possesseur.

Censorin.

Mais de deuxmauxtousjours il faut choisir le moindre: Puis que vous ne pouvez autrement vous conjoindre , Ne vous vaut-il pas mieux d'estaindre ainsi vos feux Que d'en estre tousjours consommé langoureux.

Martian.

Je serois trop cruel, je serois trop barbare, De forcer de la sorte une beauté si rare.

70 SAINTE ACNÉS.

Censorin. m

Ce n^est point cruauté, puis que son cœur ingrat m

Ne fait de votre amour aucunement estât.

Martian.

Quoy que s'en soit , la force est iousjours odieuse.

Censorin.

Ouy bien qui forcerait une amc gracieuse , Mais une ingrate , non.

Martian.

Mais ceux qui ne sçauroicnt L'affaire comme nous bien fort me blasmeroient, M'appelant violeur , indiscret, impudique, Imitant de Néron la flame tyrannique.

Censorin.

Si vous ne rejetiez telles impressions , Vous ne parviendrez point à vos intentions. Doncques dechasscz-les , et n'ayez dans vostre ame Désormais autre soin que d'esteindre la flame Qui vous va consommant ; c'est le point principal, Si vous voulez guarir de vostre amoureux mal.

Martian.

Avant que d'en venir à ce remède extrême, Je veux encor la voir et liiy parler moy mesmc.

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