SIMPHRONIE ET SAINTE AGNÈS
Simphronie.
Ainsi, ma jeune fille, estes-vous point changée!' Ne vous estes-vous point dessous nos loix rengée? N'avez-vous point quitté vostre religion Pour adorer les dieux de ceste région!' Parlez, rcspondez-moy.
Devant que je m'estrange De ramour de mon Dieu, nostre Tybre et le Gange Rebrousseront leur cours , et ce mont Aventin, Du vagueux Océan se verra le butin.
Simphronie.
Sçauroit-on vous réduire à quelque meilleur terme!
SAINTE AGNl'.S.
Sainte Agnès.
Ainsi comme un rocher je seray tousjours ferme.
Simphronie.
Ne parlez pas ainsi, car ces libres propos Vous pourraient avant temps faire voir Atropos ; Dequoy j'anrois regret plus que d'aucune fille Çnii réside en ce lieu , car vous estes gentille. Changez donc, ma mignonne, et d'humeur et d'advis, Et n'ayez plus les sens de la sorte ravis Pour ce faux Jésus Christ, que la gcnt Judaïque Fist mourir justement comme un meschant inique. Ce ne sont que les gueux, personnes sans honneur. Qui vont suyvant la loy de ce lasche imposteur ; Les gens de qualité , les plus grands de la terre , Adorent Jupiter qui lance le tonnerre.
Sainte Agnès.
0 le blasphème horrible ! 0 quelle impiété !
Quel infâme péché, quelle méchanceté!
En pourroit-on trcuver encore de semblable ?
Est-il peine en l'abisme à ce crime sortable^
Certes je croy que non. Ah ! je frémis d'horreur
D'entendre proférer ces mots plains de fureur,
Plains d'audace impudente et de forcenerie ,
Et, ce crois-je, sortis. du cœur d'une furie.
O Dieu saint et tout juste ! hé ! comment pouvez-vous
Si long temps retenir vos foudres de courroux.