ACTE IIII
Je me voué à jamais à vous rendre service, Sçachant que c'est par vous que Jésus m'est propice. Mais, las! qu^est-ce quej'oy? qui bruit si hautement? Ha! c'est d'une trompette un douxfanfarement. 0 Dieu ! le cœur me bat et tout le corps me sue! 0 Jésus Maria I comme je suis émeué!
Las! on me vient quérir pour me prostituer ! Seigneur, assistez-moy , venez m' évertuer!
Le Trompette.
Ma belle , suivez-moy; je viens pour vous conduire En un lieu de plaisir où l'on ne fait que rire, Que chanter, que baller et prendre ses délices En offrant à Venus mille doux sacrifices. Comment, vous résistez!' Vous avez beau crier. Vous avez beau pleurer, vous avez beau prier, Il faut, il faut venir. Or sus, allons, menonne; Que vos yeux sont riants! Que vostre grâce est bonne ! Vous, braves champions qui joustez aux tournois De la belle Cypris , venez rompre vos bois Contre unfort beaufacquin, lequel est bien d'espreuve. Mais, premier, armez-vous de quelque lance neuve ; Autrement n'espérez d'en emporter le prix.
Un paillard dit à son compagnon :
Escoute, compagnon, escoute un peu ces cris.
Le 2" Paillard.
Et suis-je encor icy? Morbieu! c'est de la proye
8o SAINTE ACNÉS.
Qjie madame Venus ce jourd'hiiy nous envoyé. Sus rite, allons après, saisissons la devant Que les autres chasseurs en ayent eu le vent.
Le I»'' Paillard.
Quelle farce voicy? Ce n'est rien qu'une hcste Que ce drôle là meine en triomphe et grand' feste. Qu'est-ce qu'il en veut faire i' Allons luy demander.
Le 2« Paillard.
Corbieu , je ne voy pas ainsi me hazarder.
0 dieux ^ qu'elle est hideuse! Une longue crinière
Luy va couvrant le corps et devant et derrière.
Le Trompette joue encore , puis crie ainsi:
Qui veut, qui veut venir? le prix est grand et beau, Moyennant que l'on vise an milieu de l'anneau.
Venez donc, champions; venez, coureurs de lance , D'un brave cœur monstrer vostre force et vaillance.
Le i" Paillard.
Trompette , mon amy, qui vous vient esmouvoir De mener cestc beste et nous la faire voir?
Le Trompette.
Une beste? vrayment vous avez bonne vcnél Une jeune beauté , de cent grâces pourveue , Est fort bien faite en beste; ô que vous estes lours!