‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 27 sur 114 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

• 1 imposer de môme... Il m'est beaucoup trop dur d'admettre que c'est cette nuit... Non ! Je ne peux pas dire la chose, parce que, pour l'instant, elle n'a point de vérité, parce qu'elle répond à une angoisse sans nul fondement, et parce qu'en La définissant je lui donnerais, peut-être la vie, <>h ! Dieu ! oh ! Dieu!...

Ici entre llarnabé, le père; il e>t vieux et cassé par l'âge. Il a l'air triste et cependant tranquille. Il revient du jardin. Il porte un trousseau de clés à la main.

BARNABE dun ton ba>.

Eh hirn.... Dites-moi? Y a-t-il du mieux?...

La mère ne répond que par l'expression de son visage accablé et se met à rrver sans paraitre entendre la suit»? de la conversation qui se poursuit d'ailleurs à mi-voix.

NATHALIE

Non !... non du tout!...

H \ K N A BÉ Bans révolte et douloureux pourtant.

Allons!... oui, c'esl bien pour cette nuit... Il n'y a donc rien à y faire. Il tant attendre... J'ai fermé la porte de la grange, <it j<i <ni< allé sur la route pour voir un peu... De grands nuages courent dans le ciel, pesant do pluie, enflé de tempête

et de vent, plein de tonnerre!... Je crois que la nuit qui commence sera terrible...

NATHALIE

As- tu mis les verrous partout?... En cette saison Il y a souvent des rôdeurs qui viennent de Join, suivant les chemins solitaires, à travers les plaines des campagnes, ici ou là !...

BARNABE

J'en ai aperçu justement qui s'en venaient par la grande route de la commune... Ils semblaient fatigués par le voyage... Ils n'ont sans doute pas de demeure, et ils ne savent pas où coucher pendant cette nuit... Et avec cela que l'orage s'apprête là-haut ! . . . (Subitement il fait un geste vers la fenêtre comme pour montrer quelque chose.) — Regarde ! les voilà qui

s'avancent sur le chemin !...

(Nathalie se tourne vers la fenêtre et regarde avec une attention inquiète. Sur la route obscure on voit distinctement des ombres passer, trois ou quatre hommes dans lesquels on reconnaît le Christ, ses compagnons, puis Marie la Pouille.)

NATHALIE avec étonnement.

Hé ! ne vois-tu pas qu'avec eux se trouve urje femme!... Ah! bien! ça doivent être d'étranges

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gens, de ces vagabond- misérables qui ae craignenl

rien!... \l< vont faire quelque mauvais coup dans

le p;i\

(Sous le coup de la surprise qu'elle éprouve, elle a parlé assez haut pour être entendue de la mère, qui relève la tète, brusquement saisie.)

LA M EUE

Taisez- voua!... Pourquoi parlez-vous de celte

façon?... Il ne faut pas faire tant de bruit près des

malades...

E le considère Nathalie et Barnabe d "un air de reproche et désigne là-bas la chambre dans laquebe dort la malade. Tou> se taisent Nathalie reprend s<-n ouvrage commencé. Barnabe vient s'asseoir près d'elle, et la mère poursuit «le nouveau sa rêverie inquiète, entrecoupée de prières, et à demi éclairée par le cercle un peu court de la lueur de la lampe. On entend par insl mt> le vent souffler dehors avec une violence contraire. Tout respire alors la mélancolie d'une attente qui De parait pas devoir finir. Au boni de quelques minutes c.pendant N.itha'ie se tourne vers le vieux Barnabe et recommence encore à causer s roi»

ba —

NAïll \u E désignant La mère qui ne l'entend pas.

La pauvre femme!... Je n'ose pas lui panier de sa douleur. Il me semble qu'elle ne pourrait pas être apais iree n'e-i pas ma Bile qui meurt,

mais c'est la sienne, celle qu'elle a composée elle-

même, dans laquelle elle s'est vue longtemps vivre et grandir, et qui aurait dû perpétuer son èireà elle!... Ah! que pourrions-nous donc lui

dire en ce moment?... (Elle fait un geste aecable.,

Est-ce que toutes nos consolatious ne sont pas vaines et inutiles, pour sa pauvre âme?

BARNABE

Le mieux est de rester ainsi sans rien lui dire 11 est bien préférable de ne pas lui parier, sinon afin de l'exhorter à se préparer à 1 inévitable, comme une servante qui lorsque la pluie doi tomber dispose des grands vases vides afin de la retenir... Qu'elle accueille la douleur prochaine sans amertume!...

NATHALIE

Elle se révolte contre ce qui l'attend... Elle ne veut rien admettre de la réalité... Elle croit qn un prodige aura lieu comme si c'était encore possible . . . Elle a toujours été ainsi, elle a toujours mis sa confiance ailleurs que dans la vie eUe-mème... Elle refuse d'accepter les choses... Elle les r pousse, mais sans pouvoir et sans espoir. Elle prétend que Christ la sauvera. Mais ou est-il?... Hélas! pour quelle raison faut-il que nous ne voulions pas comprendre que la mort, lorsqu elle entre, ne s'en va jamais seule?...

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