‹ La tragédie du nouveau ChristChapitre 86 sur 114 · LES MENDIANTS · texte numérisé non relu

LES MENDIANTS

Oui, monsieur le Préfet, cela es! véritable...

LE PRÉFET avec un geste iTimpatience.

Bon! bon! je sais... Ce matin des hommes, venant de loin, des espèce- de -aiebonds... des chemineaux...Uu individu maig jaune semblait leur chef... Ils lui donnent le surnom de Christ, comme s'il L'était...

L'ESTROPIÉE virement.

11 lui ressemble un peu, ouï, monsieur le

préfet...

LE PRÉFET brusque et impétueux.

Il a en effet une barbe rouge... Mais vous y êtes... Ses compagnons sont des coquins... Lui est un gueux... Il y a avec eux une femme, une sorte de fille... Ils vous ont parlé un moment... Qu'est-ce qu'ils ont dit?...

LA FEMME ESTROPIÉE avec une irritation feinte.

Oui alors, ils nous ont causé!... Ils nous ont même bien embêtés... Ils nous ont empêchés d'exercer notre métier... Ils nous ont exhortés à être bons pour chacun...

LE PRÉFtET en sursaut.

Parbleu!... parbleu!...

LA FEMME ESTROPIÉE sans paraître voir l'indignation du préfet.

Ils nous ont dit qu'il ne fallait pas convoiter le bien dautrni, se montrer charitables, ne pas tenir aux choses... que les personnes qui possédaient de grands trésors seraient tôt ou tard accablées de maux immenses...

LE PRÉFET ricanant.

Nous y venons.... Et puis qu'est-ce qu'ils ont dit

encore?...

I [NQUIEME PARTIE 193

LA FEMME ESTROPIÉE après une pause

comme si elle cherchait.

Et puis?... c'est tout! I<* ne me souviens pas de

phrases notables... Ils revenaient toujours sur les mêmes idées... Ils avaient la manie de pérorer... Ils prétendaient nous persuader... mais sans succès!... Monsieur le préfei comprendra... nous sommes pauvres... nous manquons de tout... Il nous est difficile de croire qu'il est inutile d'être pourvu de quelque bien.

LE PRÉFET l'interrompant a?ec impatience.

Assez! Cette femme, cette vieille sorcière, elle vous incommoderait ^ans cesse de ses harangues i... Est-ce que tu sais quelque chose d'autre? Sois moins prolixe!... Ces hommes sont partis vers la Ville, à part leur chef... Quand sont-ils revenus?... Qu'ont-.ils fait?... Quelle allure avaient-ils? Réponds!... <il vite '....

LA FEMME ESTROPIÉE

Monsieur le préfei m'excusera... Je n'ai rien

LE PB il l'.T empli d'une fureui subite.

Infâme menteuse!... EJle se cache dans son ignorance comme dans un trou... .!<• t'en ferai

sortir à coup de triques!... Où étais-tu?... Elle persiste à dissimuler... Il t'en cuira!... Ah! ah! Il ne faut pas te foutre de moi!... (il se tourne vers l'aveugle, qui cherche à se faire le plus humble possible.) Et celui-là ! Pourquoi demeure-t-il silencieux?... (il le secoue de ses mains brutales, les soldats le poussent, le frappent même.) Holà ! Eh bien!... Je vais te réveiller comme un chien que son maître appelle et qui se terre ! . . .

LES SOLDATS frappant l'aveugle.

Rosse que tu es!...

L'AVEUGLE

Ah!... ah!... Ho!... ho!...

LA FEMME ESTROPIÉE montrant l'aveugle.

Monsieur le préfet ne sait pas. . . il est aveugle ! . . .

LE PRÉFET au. comble de la colère.

Ah!... lui aussi!... Au moins il ne ment pas comme toi !... (Aux soldats. ) Emmenez- les !. . Faites-les vociférer sous le bâton!... Lorsqu'on les prend par la douceur ils ne disent rien!... Avoir affaire à de telles gens ! . . . Allons ! dehors ! . . . Que peut-on tirer d'eux? Des plaintes! Des larmes!... Eh bien! n'y manquez pas!... Tas de coquins !...

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