‹ La tragi-comédie de la République allemandeChapitre 12 sur 38 · AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

AU PARLEMENT

Je lisais déjà avec intérêt les nouvelles des séances du Parlement, alors que j’étais Jun tout jeune homme. Les débats sur le règlement m’intéressaient tout particulièrement. J’avais un immense respect pour le Parlement, bien que je n’aie jamais été crédule à l’égard des autorités ; mais les élus du peuple avaient la haute mission de rédiger les lois. Les débats sur l’application du règlement m’apprenaient la valeur du droit formel. Les dispositions de ce règlement, pour l’observation rigoureuse desquelles les sociauxdémocrates et les libéraux ont ardemment lutté au Reichstag dans les années 90, constituaient la sauvegarde de la minorité. Je les connus bientôt aussi bien qu’un député et je critiquais l’opposition lorsque, selon moi, elle n’avait pas mis en œuvre tous les moyens de procédure que le règlement mettait à sa disposition. Mais jamais je n’avais songé que je pourrais, un jour, devenir député moi-même. Cependant, la connaissance que j’acquis alors du règlement me rendit plus tard des services. J’ai eu à présider de nombreuses réunions, certaines fort tumultueuses : il me fut toujours possible de me tirer des situations les plus difficiles.

J’ai raconté plus haut comment j’avais posé ma candidature au Reichstag en 1912. C’était alors une candidature de pure forme, faite dans un but d’agitation politique, et qui n’avait à peu près aucune chance de

succès. Mais après la révolution de 1918, avec l’abolition de l’ancien cens électoral, mes chances de devenir député augmentaient considérablement. Je fus inscrit en bonne place sur la liste sociale-démocrate et posai ma candidature à l’Assemblée constituante prussienne et au conseil municipal de Cassel. Je préférais mener mon activité parlementaire à la Diète plutôt qu’au Reichstag, bien que la « grande politique » fût faite làbas. J’estimais qu’en tant que député prussien je pouvais entrer en contact plus étroit avec l’administration, avec laquelle je m’étais déjà bien familiarisé, et vers laquelle je me sentais attiré. Je fus élu au conseil municipal à cause des relations que j’entretenais déjà depuis de longues années avec la ville de Cassel. Au cours de la première séance, je fus élu président du conseil municipal. Je gardai ce poste jusqu’aux élections suivantes, en mai 1924. A ce moment-là, mes occupations à Berlin étaient déjà trop absorbantes et je ne reposai pas ma candidature.

Le 26 janvier je fus élu à l’Assemblée constituante prussienne, dans l’arrondissement électoral de Hesse- Nassau, et depuis lors je fus constamment réélu à la Diète. Le 22 mars 1933, lors de la première séance de la Diète élue le 5 mars, je fus exclu pour quatre-vingts séances pour cause d’absence, et je résignai mon mandat.

J’ai connu de nombreux parlementaires qui, à la suite des expériences faites après la guerre, ont condamné le parlementarisme. Ils ont ainsi donné raison aux agitateurs qui, à droite comme à gauche, ont mené une campagne systématique contre le parlementarisme démocratique. Certes, mon contact avec les milieux parlementaires m’a fait perdre maintes illusions. Néanmoins je n’ai jamais petrsé qu’il fallait jeter le manche après la cognée. Mon expérience m’a appris que même aux époques les plus troublées — et surtout à ces époques-là — le Parlement

pouvait être la soupape indispensable aux passions populaires, et il a effectivement joué ce rôle. Bien entendu je parle d’un Parlement librement élu par un peuple libre, et siégeant librement. Sans les parlements — et malgré leur nombre — les crises fréquentes qui ont éclaté en Allemagne après la guerre eussent conduit à des conflits beaucoup plus violents encore que ceux que nous avons vus, et elles auraient sans doute abouti à un démembrement du Reich.

Ce sont les éléments démocrates qui portent la principale responsabilité de l’indiscutable déchéance du Parlement. En effet, on ne pouvait attendre des adversaires de celui-ci qu’ils s’efforçassent d’accroître le prestige d’une institution qu’ils combattaient par principe. La liberté de parole dégénéra en liberté d’insultes et l’immunité parlementaire ne servit plus qu’à couvrir les délits politiques des députés. Les présidents des assemblées, et Paul Lœbe lui-même, avaient perdu le sentiment de la dignité que se doivent à eux-mêmes les représentants du peuple. Aucun de ces présidents ne s’éleva contre le ton grossier, et les basses insultes qui étaient déversées à chaque séance de la tribune du parlement et répandues par le moyen de publications parlementaires, alors qu’il eût été de son devoir de le faire et qu’il avait en main les pouvoirs nécessaires pour. s’y opposer. Le niveau, au Parlement, avait baissé dans des proportions effrayantes. Dans les dernières années, assister aux séances était devenu pour moi une torture physique ; et je sais que je n’étais pas le seul à sentir ainsi. Les membres du gouvernement et les principaux hommes politiques des partis démocratiques étaient en quelque sorte livrés sans défense aux calomnies des communistes et des nationauxsocialistes.

La disposition qui permettait aux députés de demander par écrit, sous forme de «petites questions», des renseignements au gouvernement en dehors des grands

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