‹ La tragi-comédie de la République allemandeChapitre 27 sur 38 · EXTRAIT DE MON JOURNAL (20 JUILLET · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE MON JOURNAL (20 JUILLET

Je me suis habillé ce matin, devant d’assister à un enterrement. Un haut fonctionnaire distingué de la police criminelle doit être enterré à 3 heures de l’après-midi. Les événements de la journée ont fait apparaître mes vêtements comme tout à fait symboliques.

Les journaux de ce matin parlent de la nomination d’un commissaire du Reich en Prusse si ouvertement, qu’il semble que la mesure doive être prise dans la journée. Aussi, au lieu de me rendre à mon bureau, je vais voir d’abord Severing, au ministère de l’Intérieur, pour m’entretenir avec lui de la situation et convenir des mesures à prendre. En chemin, je réfléchis qu’il faut proposer à Severing de proclamer l’état d’exception en Prusse aujourd’hui même — s’il n’est pas déjà trop tard. Il faut enlever au gouvernement du Reich tout prétexte à proclamer lui-même l’état d’exception. Bien entendu, il faudra assumer les conséquences d’une telle décision. Mais la position de la Prusse serait bien meilleure et, surtout, l’exécution des mesures demeurerait entre nos mains ; elle ne passerait pas entre celles des militaires. Comme j’arrive au ministère, j’apprends que Severing est en conférence avec le docteur Klepper et M. Hirtsiefer — tous trois ont été convoqués pour 10 heures chez von Papen. Severing me fait dire qu'il ne peut me recevoir pour le

moment. Je continue donc mon chemin jusqu’à la préfecture de police.

À 11 h. 20, le général von Rundstedt, commandant la troisième région de la Reichswehr (Berlin), m’annonce au téléphone que « le président du Reich a proclamé l’état d’exception sur Berlin et la province de Brandebourg ». Le ministre de la Reichswehr l’a chargé lui, Rundstedt, du pouvoir exécutif. Il ajoute que je suis destitué, et qu’il a désigné comme mon successeur le docteur Melcher, préfet de police d’Essen. Le commandant des schupos de Berlin, Heimannsberg, et le vice-préfet de police, le docteur Weiss, sont également destitués. Pour succéder à Heimannsberg il a songé au colonel Poten. Gomme je lui demande qui doit remplacer le docteur Weiss, il me répond qu’il n’y a pas encore réfléchi. Il me dit encore que ces messieurs se trouvent chez lui et qu’ils peuvent venir me voir aussitôt ; il me prie de fixer l’heure de l’entrevue.

Heimannsberg est un officier de police sorti de la classe ouvrière. Il s’est élevé par la force de son travail et doit la position qu’il occupe à son seul mérite. Il a toujours résolument observé, dans ses fonctions, la Constitution de Weimar, ce qui lui a valu depuis longtemps la haine des adversaires de la République.Depuis quelque temps on a exigé, au Landtag aussi bien que dans la presse, sa révocation, ainsi que la mienne et celle du docteur Weiss. Son successeur désigné, le colonel Poten, a toujours été de cœur avec la droite. Cependant, ses sympathies n’allaient pas plus loin que le parti de Stresemann. Qu’il ait consenti à participer à cette action m’étonne, car jusqu’ici il avait toujours agi loyalement. Ses mérites professionnels ne sauraient être mis en doute. Cependant ils sont loin d’atteindre ceux de Heimannsberg. Le docteur Weiss était particulièrement détesté des nazis, non seulement pour des raisons antisémites mais aussi à cause de ses opinions démocratiques. Qu’il dût être écarté lui aussi n’avait

rien de surprenant. Il fut sans doute la première victime de l’antisémitisme actif.

Dans la suite de ma conversation avec Rundstedt, je lui exprime mon étonnement qu’il me fasse une communication de cette nature par téléphone. Par ailleurs, je ne sais rien d’officiel, encoTe, au sujet de la proclamation de l’état d’exception ; je le prie donc de me confirmer la chose par écrit. Je vais donc interrompre la conversation et le rappeler plus tard. En effet, je désirais m’entretenir auparavant avec Severing, afin d’agir d’accord avec lui. Gomme je dispose d’un fil direct avec lui nous pouvons causer sans être écoutés. Cela n’est déjà plus possible avec le dehors. Les postes téléphoniques sont surveillés militairement, et c’est pourquoi j’ai renoncé à me mettre en rapports avec la direction du parti. Severing est revenu de la conférence tenue chez Papen et se trouve dans son bureau. Mais il n’est pas tout à fait d’aplomb. Il me dit qu’il a été révoqué lui aussi. Il ne veut pas me donner d’autres détails au téléphone. Je lui rapporte mon entretien avec Rundstedt et lui demande ce qu’il en pense. Nous ne pouvons pourtant pas accepter sans résistance les agissements de Papen et de la camarilla militaire. Il répond que nous ne pouvons pourtant pas, non plus, prendre la responsabilité d’une effusion de sang. La proclamation de l’état d’exception est une mesure qui peut se défendre. J’étais, certes, le dernier à vouloir provoquer une effusion de sang. Mais d’autre. part, il me répugnait de m’incliner, sans autre forme, devant la clique Papen-Bracht- Schleicher, sans oublier Oskar von Hindenburg. Je me sentais en cet instant-là comme responsable non seulement devant la classe ouvrière, mais devant toute la population républicaine. Mais en constatant que Severing prend cette position-là je renonce à m’entretenir plus longtemps avec lui ; je rappelle le général von Rundstedt et lui dis que je donne rendez-

vous aux personnes par lui nommées, chez moi, à midi et demi, mais qu’il doit leur remettre des pleins pouvoirs et le décret sur Vétat d'exception dont je n’ai pase ncore connaissance.

Entre temps, il est déjà midi moins le quart ; j’appelle mes chefs de service pour leur annoncer les nouvelles. Auparavant je me suis entretenu avec le vicepréfet Weiss et avec le commandant Heimannsberg. Mais, pour pouvoir discuter avec profit la situation, du point de vue du droit, il nous manque les pièces officielles ; par ailleurs, l’action entreprise contre nous est purement politique. A une heure arrivent le docteur Melcher et le colonel Poten ; un certain capitaine Berthold les accompagne, comme représentant de la chancellerie. Le docteur Melcher s’excuse déjà, sur le pas de la porte, que ce soit précisément lui (1) qui se trouve dans cette situation désagréable. Sans répondre je prie ces messieurs d’entrer et de prendre place. Le docteur Melcher reprend son discours d’excuses. Il n’a accepté cette mission qu’à contre-cœur, forcé (qui l’a forcé?), et seulement après qu’on lui a dit que le préfet de police Grzesinski serait en tout cas écarté de son poste , même si lui, Melcher, refuse. Un étrange collègue, ce docteur Melcher 1 Il est, en effet, président de l’Association des préfets de police de Prusse. Je comprends volontiers que dans la circonstance il lui soit quelque peu pénible de me prendre mon poste. Par ailleurs, en tant que ministre de l’Intérieur, j’étais il y a encore un an et demi son supérieur. Je souris un peu ironiquement en écoutant son discours et réponds que ces messieurs ne doivent pas se faire trop de soucis ; ainsi va la vie, et la lutte politique connaît des situation bien extraordinaires.

Le docteur Melcher me tend, ensuite, les lettres de Rundstedt et du docteur Bracht. Ce sont les lettres de « révocation » et de « créance ». Le docteur Bracht,

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Jîompfbti

Niemals verèessen! ,

S.P.D.-Grzesinski: .Man müfete Hitler mit der Hundepeifsdie aus Deutsdiland hinaustreibcnl*

CARICATURE DU « YÔLKISCHER BEOBACHTKR ».

organe officiel du national-socialisme, rappelant une phrase d’un discours prononcé par l’auteur à Leipzig :

N ; OUBLIEZ jamais

Giizesinski : Il faudrait chasser Hitler d’Allemagne à coups de cravache.

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